Pour faire face à la crise sanitaire, la Ville de Marseille a voté des mesures de soutien aux commerces. Dans ce contexte économique « exceptionnel », l’opposition estime que la majorité ne va pas suffisamment loin, alors qu’une nouvelle mobilisation se prépare pour alerter les pouvoirs publics sur la situation économique.

Avec pour fil conducteur la solidarité, la majorité espérait une séance du conseil municipal apaisée, considérant que par « temps de crise, il vaut mieux nous rassembler », a déclaré Michèle Rubirola, dans son propos introductif. « Aujourd’hui, je souhaite qu’on donne aux Marseillaises et aux Marseillais une image d’une majorité et d’une opposition au travail ». Au regard des échanges qui ont animé l’hémicycle ce lundi 23 novembre, la notion de solidarité, selon qu’on soit un élu de droite ou de gauche, n’a pas la même définition, surtout lorsqu’il s’agit d’actions en faveur du monde économique.

Quand la Ville plaide sa volonté de « faire plus », pour les commerçants impactés par la crise sanitaire, sans faire peser de risques aux finances de la ville déjà fragiles, l’opposition, elle, juge que les mesures ne sont pas « à la hauteur des enjeux ».

« Nous voulions envoyer un signal fort »

En cause d’abord, l’exonération de la redevance d’occupation du domaine public pour les commerces pour le mois de novembre ; déjà votée pour le mois d’octobre. « Tout le monde ici est conscient de la situation catastrophique. Il était important dans cette crise d’agir directement pour les commerçants. Même si nous ne sommes pas chefs de file en la matière, nous voulions envoyer un signal fort », déclare Yannick Ohanessian, adjoint en charge de la sécurité et de l’espace public.

Si « Une volonté pour Marseille » s’est engagée à voter le rapport, le groupe d’opposition a toutefois déposé un amendement au motif que cette exonération est « insuffisante ». Pierre Robin, conseiller municipal de droite, relève d’ailleurs que la Ville, qui prévoyait un dégrèvement d’un trimestre, a revu sa copie à la baisse. L’élu réitère ainsi sa demande du 27 juillet d’exonérer les commerçants sur la période d’avril à décembre, soit sur neuf mois, mais aussi de la taxe locale sur la publicité (TLPE). Une redevance dont les commerçants ont été exemptés lors du premier confinement, sous l’ancienne majorité.

Le développement économique « n’est pas la compétence de la Ville »

Rappelant que le développement économique n’est « pas la compétence de la Ville », Yannick Ohanessian renvoie Pierre Robin aux soutiens des autres collectivités : « les 14 000 entreprises marseillaises attendent surtout des actes forts de la Région et de la Métropole ».

La gauche consent que son aide pourrait être plus conséquente, notamment en permettant aux entreprises de bénéficier d’un dégrèvement à deux tiers de la cotisation foncière des entreprises (la CFE), pour l’année 2020, comme le prévoyait l’article 3 du troisième projet de loi des finances rectificatif pour 2020. « Mais pour ce faire, encore aurait-il fallu délibérer en séance du conseil métropolitain avant le 31 juillet 2020 », insiste l’élu du Printemps Marseillais. Si la situation reste aussi critique pour les commerces, la Ville devrait délibérer pour une nouvelle exonération lors du conseil municipal de décembre.

Quant à la TLPE. Le discours est incisif : « Vous vous gargarisez d’avoir permis une exonération de celle-ci au mois de mars », reprend Yannick Ohanessian. « Dans le cadre de cette exonération, vous avez également exonéré les grandes enseignes, les grandes surfaces qui elles étaient restées ouvertes durant le confinement. Et par cette décision, qui a coûté au passage au contribuable marseillais près de 2 millions d’euros, vous avez mis davantage en péril les comptes de la Ville, dans une période où la Cour régionale des comptes tirait le signal d’alarme ».

« Nos commerces sont en détresse depuis des mois » 

Il n’en reste pas moins que pour Isabelle Campagnola-Savon, ces mesures arrivent avec un « train de retard. Nos commerces sont en détresse depuis des mois ». La conseillère municipale d’opposition et conseillère régionale déléguée à l’économie et aux entreprises est revenue sur la mise en place de la plateforme « Consommons local ». « Une initiative louable pour nos commerçants », estime-t-elle, pointant toutefois le fait que le site de la Ville ne met en évidence que les aides du gouvernement, mais pas celles de la Métropole, ni de la Région, notamment dans le cadre de la transition numérique.

Des propos qui résonnent pour Yannick Ohanessian comme un discours pré-électoraliste. Taxant Isabelle Campagnola-Savon d’être la « VRP de Renaud Muselier » à l’approche du prochain scrutin régional ; l’élu de gauche l’interpelle vivement en lui intimant de cesser « de donner des leçons ». « Vous étiez où pendant 5 ans ? Pendant que les commerçants alertaient sur des situations difficiles en dehors de la période de crise sanitaire, alors que vous avez la compétence d’agir en chef de file sur la question du développement économique dans cette région, depuis 2015 et la loi NOTRe, et depuis la suppression de la clause de compétence générale, vous êtes responsables de la situation des entreprises dans cette région et donc sur la ville de Marseille… ».

Lionel Royer-Perreaut, maire (LR) des 9-10, vient préciser à son tour que la Métropole et la Région sont mobilisées face à la crise sanitaire. Il ne « reproche » pas à la Ville ses actions en matière de solidarité, mais dit regretter « que face à une crise exceptionnelle », la majorité « apporte des réponses de droit commun. On ne dit pas que vous n’agissez pas, mais nous aurions pu imaginer une réponse encore plus exceptionnelle ».

« Vous refusez 90% des permis de construire »

Le cri de colère vient d’Alain Gargani, lors du rapport sur l’ouverture dominicale « alors que les commerçants sont toujours fermés », exprime l’ex-binôme de Sabine Bernasconi dans le 1-7e qui s’est interrogé sur « l’idéologie » de la Ville en matière économique. « Je ne m’explique pas votre manque de soutien à l’économie, aux commerçants, aux artisans qui représentent 95% du tissu économique local et génèrent 80% des emplois dans la deuxième ville de France ». Et d’ajouter : « Madame le maire, vous n’êtes pas au rendez-vous du combat que le monde économique mène dans votre ville ».

Alors qu’une nouvelle mobilisation des commerçants est prévue ce jeudi 26 novembre, (une marche du Vieux-Port de Marseille à la préfecture) pour alerter les pouvoirs publics sur la situation économique des commerçants, le président de la CPME Sud s’est fait le porte-parole des TPE-PME soulignant, lui aussi, au passage l’effort financier de la Métropole et de la Région. « Les commerçants auraient aimé que vous souteniez la digitalisation des commerces, avec ardeur et conviction, non pas en bricolant une pseudo plateforme digitale ».

Alain Gargani met en avant « l’incompréhension totale des professionnels, car vous refusez 90% des permis de construire. Mais au moment où l’économie est à terre, où des entreprises meurent, où des emplois sont définitivement perdus, vous devez accélérer et ne pas rajouter des contraintes supplémentaires que vous savez impossibles à tenir. Le bâtiment compte sur la municipalité pour sauver l’emploi ! », plaide-t-il, sans pouvoir poursuivre son propos. Le temps de parole est écoulé.

Dans ce contexte de crise, le soutien à la vie économique marseillaise alimentera sans doute les débats du conseil municipal de décembre. En attendant, l’amendement LR sur l’exonération a été rejeté et les rapports liés à ces questions ont tous été adoptés.

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