Inondation, sécheresse, canicule, déversement des eaux usées dans le milieu naturel… L’artificialisation ou bétonisation des sols par les villes a entraîné son lot de conséquences sur la sécurité, la qualité de vie et l’environnement. À l’heure où il faut inverser la tendance, la Métropole Aix-Marseille-Provence est en quête de solutions.

La métropole d’Aix-Marseille-Provence a connu des épisodes intenses en 2019, entre fortes canicules et épisodes pluvieux de type méditerranéen. « Ils témoignent autant des conséquences du changement climatique sur le territoire que du développement urbain récent ». C’est le constat dressé par les urbanistes de l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise (Agam) dans un dossier intitulé « Ville perméable, ville désirable » publié en mars 2020.

L’imperméabilité des sols, résultante d’une urbanisation croissante, est une problématique phare du développement de la ville moderne. À Marseille, qu’il s’agisse du béton, du goudron et autres surfaces artificielles, les eaux de pluie ne sont quasiment plus absorbées par les sols.

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Le cours Belsunce noyé par la pluie en septembre 2020

Les limites de la politique du « tout tuyau »

Comme la politique du « tout voiture », la politique du « tout tuyau », telle que la qualifie l’Agam, est un héritage du vingtième siècle qui a montré ses limites. Au-delà de la gestion des risques d’inondation, c’est particulièrement dans la gestion des eaux usées qu’elle pose problème à Marseille. En effet, eaux de pluie et eaux usées partagent en grande partie le même réseau d’évacuation dans la ville. Résultat : lors des épisodes pluvieux, la station d’épuration métropolitaine sous le stade Vélodrome est engorgée.

Elle “déborde” et des eaux usées sont rejetées dans le milieu naturel, entraînant des fermetures de plages du Sud de la ville, que les Marseillais connaissent bien. La création du gigantesque bassin de rétention Ganay, en service depuis janvier 2018, a réduit ces rejets sans les empêcher complètement.

Redonner aux sols leur fonction d’éponge

C’est donc vers des solutions en amont que se tournent les regards aujourd’hui, afin de déconnecter les eaux usées des pluviales : désimperméabiliser les sols et « leur redonner leur fonction d’éponge ». « La ville perméable répond, en effet, à de nombreux enjeux interconnectés », affirme l’Agam : « confort thermique [face aux îlots de chaleur issus de la bétonisation, ndlr], nature en ville et valorisation des milieux aquatiques. Elle apporte également des solutions pour mieux gérer l’alternance des épisodes de sécheresse et de pluie torrentielle, qui fait la singularité du climat méditerranéen ».


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Infiltrer au lieu d’évacuer : les solutions sont multiples

Au lieu de lutter pour évacuer les eaux pluviales avec des réseaux complexes, et de les contenir avec d’immenses bassins de rétention, l’agence d’urbanisme prône un aménagement global qui favorise l’infiltration naturelle. De multiples sites de « micro-stockages à ciel ouvert dans l’espace urbain ».

Car la rétention de l’eau de pluie peut être conciliée avec d’autres usages dans la ville, petits ou grands. Des pieds d’arbres aux terrains de sports, jeux d’enfants, promenades et places, mais aussi les ronds-points et axes de circulation. De multiples espaces peuvent être mieux pensés afin de stocker l’eau.

Les bâtiments, dont le toit est en première ligne pour capter l’eau de pluie, peuvent aussi jouer un rôle. Pour l’Agam, il s’agit d’« exploiter cette cinquième façade ». Soit en la végétalisant, avec les bénéfices thermiques et d’agriculture urbaine que cela entraîne, soit « en l’aménageant comme un petit bassin de rétention ». Ils permettraient notamment l’utilisation de l’eau collectée pour l’usage non alimentaire des habitants (WC, nettoyage des sols, du linge…). La surface que représentent les toitures à l’échelle d’une ville en font un enjeu considérable de la déperméabilisation.

Enfin, lors d’aménagements de nouveaux lotissements, l’Agam encourage également à « réhabiliter les noues ». De simples fossés végétalisés le long des bâtiments et des voies de circulation, qui permettent de « collecter l’eau pluviale, de la retenir temporairement et idéalement de l’infiltrer. Sa mise en place est peu coûteuse, de l’ordre de 10 à 15 €/m3 (hors végétalisation) »

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L’ensemble des sols de perméabilisation dans la ville © Agam

Des bénéfices économiques

Car si l’on en croit l’agence marseillaise d’urbanisme, “reperméabiliser” les sols représente aussi des bénéfices économiques. Les coûts d’aménagement « des systèmes d’infiltration ne sont pas plus onéreux que les systèmes classiques [d’évacuation, ndlr] ». La gestion alternative des eaux de pluie se traduit même « le plus souvent par une baisse des coûts », car au lieu de créer des aménagements, on en supprime : moins de bassins de rétention, de réseaux hydrauliques souterrains, de caniveaux et grilles…

Sans compter les « coûts évités », comme l’arrosage naturel des espaces verts ou la lutte contre les îlots de chaleurs. En France, moins de 10% de l’eau potable est utilisée pour être directement consommée. « Le pluvial est donc un gisement intéressant pour les 90% restants », explique l’Agam.

Enfin, les projets de désimperméabilisation « peuvent bénéficier de financements de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée (11e programme) à hauteur de 50% maximum ».

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Infographie de l’Agam

La perméabilisation entre dans les règlements d’urbanisme

Car les ambitions de désimperméabilisation des sols sont portées par le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Rhône Méditerranée. Une stratégie élaborée pour 2016-2021 à laquelle doivent se conformer les documents directeurs d’urbanisation comme le Schéma de cohérence territoriale (SCoT) métropolitain et le Plan Local d’urbanisme (PLUi).

Derrière ces successions d’acronymes et de processus administratifs complexes, des objectifs concrets doivent être atteints dans l’aménagement du territoire. Le SDAGE introduit un principe de compensation : « la surface cumulée des projets de désimperméabilisation devra atteindre 150 % de la nouvelle surface imperméabilisée ».

Dans sa traduction sur le PLUi du territoire Marseille Provence, approuvé en décembre 2019, la proportion des espaces de « pleine terre », perméables donc, sont doublés. « Dans les tissus collectifs discontinus, ils doivent désormais s’étendre sur au moins 40% des terrains, contre 20% auparavant », précise l’Agam.

Le nouveau Plan local d’urbanisme favorise également « l’aménagement d’aires de stationnement éco-aménagées constituées de revêtements poreux et d’arbres plantés dans des espaces de pleine terre ».

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Infographie : Agam

La Métropole fait son benchmarking

C’est dans le cadre du SDAGE, afin de déperméabiliser les sols, que la Métropole Aix-Marseille-Provence « souhaite lancer les réflexions nécessaires pour engager les travaux à la fois de requalification des espaces publics, des opérations d’aménagement et de construction, à la requalification des espaces majoritairement minéralisés ».

Pour cela, elle vient de lancer un appel à solutions intitulé : « Recherche de solutions techniques innovantes pour permettre de désimperméabiliser les sols, ouvrages et aménagements ».

Les porteurs de solutions innovantes ou alternatives de perméabilisation sont donc invités à les proposer pour : « les voiries et tous les espaces en lien, les aménagements de berges des cours d’eau, les ouvrages pluviaux enterrés et à ciel ouvert, les systèmes de gestion pluviale des bâtiments, abords de bâtiments et aménagements extérieurs, les aménagements paysagers et les espaces publics ».

Derrière cet appel à projet, la collectivité engage un véritable “benchmarking”. Son objectif est d’entrer en relation avec des structures « ayant eu des expériences réussies de lutte contre les inondations sur d’autres territoires ou territoires similaires méditerranéens plus particulièrement touchés par les intempéries (Nord de la France, autres départements méditerranéens DOM TOM…) ».

Les candidats ont jusqu’au 30 janvier 2021 pour répondre à l’appel.

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