Et si les marins-pompiers de Marseille avaient la solution pour repérer au plus tôt les clusters de Covid ? Grâce à l’analyse des eaux usées, ils peuvent détecter le virus « six jours avant les premiers symptômes physiques » et anticiper les évolutions de l’épidémie à plus grande échelle.

Ce vendredi matin à l’école élémentaire Botinelly (5e), des marins-pompiers effectuent des prélèvements sur les surfaces des classes. Poignées de porte, interrupteurs, tables, « tout ce qui est susceptible d’être en contact avec une ou plusieurs personnes », explique Alexandre Lacoste, ingénieur chimiste au bataillon des marins-pompiers de Marseille (BMPM). « On n’est pas des chercheurs, on est de trouveurs ».

Il dirige la cellule Comete (Covid Marseille environnemental testing expertise) qui, à Marseille, est en première ligne dans la lutte contre la Covid-19. Grâce à un protocole élaboré avec la start-up C4Diagnostics basée à Luminy, « en moins d’une heure on a les résultats pour savoir si le virus est présent ». Des « tests surfaciques » effectués avant l’ouverture des classes, évidemment, afin d’enclencher immédiatement une décontamination des lieux s’ils sont positifs. Les élèves et professeurs ne reviennent qu’une fois que de nouvelles analyses sont négatives.

« En septembre, on est monté à 18 écoles testées par jour », explique le pompier chimiste. La cellule est passée de 12 personnes au début de la crise, à 30 aujourd’hui « car elle a su prouver sa pertinence. Les masques, c’est bien, mais c’est sur les surfaces que les risques de contaminations sont les plus élevés ».

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Analyser les eaux usées pour repérer les clusters

La cellule Comete poursuit sa tournée matinale 500 mètres plus loin, dans l’Ehpad “Les jardins d’Haïti” (13012). « Nous faisons des prélèvements depuis 10 jours dans les établissements regroupant des personnes âgées, à une moyenne de 10 par jour », précise le contre-amiral du BMPM, Patrick Augier, « car elles sont les plus fragiles face au virus ».

Ici, ce ne sont pas les surfaces mais les eaux usées qui intéressent les marins-pompiers. Ils prélèvent un échantillon dans la bouche d’égout à la sortie de l’établissement. « Ce qui nous permet d’éviter de rentrer dans ces lieux à risques », explique Alexandre Lacoste. « Avec ou sans symptôme, tout le monde rejette le virus. On le retrouve donc dans les eaux usées ».

L’échantillon est analysé sur place avec un laboratoire mobile et donne les résultats en 45 minutes. Une technique qui permet de détecter la présence de la Covid-19 « six jours avant les premiers symptômes physiques » selon l’ingénieur chimiste. Pour le contre-amiral Patrick Augier, « cela nous permet de donner l’alerte précocement, notamment à l’Agence régionale de santé (ARS) et de repérer les clusters très tôt ».

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Les analyses sont faites immédiatement dans le laboratoire mobile

Un protocole unique qui permet d’anticiper les vagues

« Une technique que personne ne fait ailleurs en France », s’étonne Alexandre Lacoste « alors qu’il suffit d’ouvrir une bouche d’égout et de faire un prélèvement ». Marseille est en effet « la seule ville du pays à tester les eaux usées », s’enorgueillit le premier adjoint de la mairie, Benoît Payan « et on le doit au Bataillon des marins-pompiers et leur implication exceptionnelle. Nous sommes ouverts à proposer et montre le protocole ailleurs ».

Car la technique permet d’avoir un temps d’avance sur les tests individuels et les vagues d’hospitalisations selon les marins-pompiers, qui l’utilisent à la station d’épuration centrale de Marseille. « Cela nous permet d’avoir une image de la progression de l’épidémie à l’échelle de la ville avec plus d’une semaine d’avance sur les autres indicateurs » explique le contre-amiral du BMPM. « Le 24 juillet, nous avons détecté la vague qui allait se déclarer début août. Puis, fin août, nous avons constaté la baisse qui s’amorçait et que l’on constate aujourd’hui ».

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Le contre-amiral du BMPM, Patrick Augier, explique le protocole aux élus

Un indicateur pour influencer les décisions du gouvernement

Le premier adjoint de la Ville de Marseille insiste sur la précision de cet indicateur. Car à l’heure où les mesures contraignantes s’intensifient à Marseille, en zone « d’alerte maximale », et que le monde économique et politique local est vent debout contre la fermeture imposée des bars et restaurants, les analyses des eaux usées deviennent un argument pour remettre en cause la cohérence des mesures de l’État.

Benoît Payan raconte : « On a alerté le centre interministériel de crise en fin juillet avec ces analyses. Mais les décisions n’ont pas été prises du côté du gouvernement. Les analyses des eaux usées nous permettent aujourd’hui de dire qu’on a atteint un plateau, et même une baisse. Il faudrait se concentrer sur les lieux de contamination importants, comme les écoles, les crèches, les Ehpad… C’est là qu’il faut agir ».

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Benoît Payan, premier adjoint à la maire de Marseille devant le laboratoire mobile des marins-pompiers de Marseille

Comme d’autres élus locaux, il s’entretient ce vendredi après-midi avec le ministre de la Santé, Olivier Véran concernant les mesures en vigueur à Marseille, et de potentielles adaptations. Il ne manquera pas de mettre en avant ces indicateurs.

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