Alors que le ministre de la Santé, Olivier Véran est arrivé à la Timone cet après-midi, ce matin, les professionnels de la restauration, élus locaux et monde économique se sont mobilisés devant le tribunal de commerce de Marseille. Un mot d’ordre : « Laissez-nous travailler ».

C’est un cri de colère et de désespoir qui retentit soudain devant le tribunal de commerce de Marseille. « Ça fait sept mois ! hurle un restaurateur, des sanglots dans la voix. Sept mois ! Comment je fais pour manger ? Qu’on me le dise ».

Le masque sur le visage ne dissimule pas sa douleur. Sa situation de détresse, c’est celle que vivent depuis plusieurs mois les professionnels du secteur de la restauration. « Voilà ce qui arrive quand on nous ferme, qu’on nous oublie et qu’on nous humilie », réagit avec fermeté, Bernard Marty, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), son mégaphone à la main. « C’est aujourd’hui que commence la révolte marseillaise ».

Ce matin, ils étaient nombreux à avoir répondu à l’appel lancé par cette organisation professionnelle des cafés, hôtels, restaurants, établissements de nuit et indépendants, impactés par les récentes mesures du ministre de la Santé.

Associés à ce mouvement de contestation, les élus locaux, qui depuis mercredi soir, font entendre leur voix, pointant l’absence de concertation avec le gouvernement. Le lieu du jour a été choisi symboliquement, car il est l’ultime étape. « Quand il ne nous reste plus rien et qu’on doit déposer le bilan, c’est là qu’on vient », lâche un restaurateur du Vieux-Port.

L’injustice

« Tout le monde ici est en faillite, c’est tout un corps de métier qui est menacé, les restaurants, les employés, les fournisseurs, on est des milliers… , confie Anthony Beloque, patron du Délicatesse, dans la cité phocéenne. On nous demande de relancer l’économie, et chaque fois qu’on essaie, on nous ajoute des conditions, on les accepte, on les applique et à la fin on se retrouve encore fermé ! Comment voulez-vous relancer l’économie comme ça, c’est n’importe quoi…. », poursuit-il.

Tous se sentent injustement punis : « On a tout mis en place, le protocole sanitaire, la distanciation, on perd même des couverts, tout notre personnel a le masque, ça suffit, c’est injuste », lâche une restauratrice du Cours Julien.

« Le virus, il circule autant chez nous que dans un cinéma, ou dans un théâtre…, ajoute Anthony Beloque, qui reste néanmoins solidaire de ces activités. Nos sociétés peuvent tenir parce qu’on a serré la vis, mais on ne peut plus manger. C’est une réalité. Je ne vais pas travailler pour donner à d’autres et ne rien avoir à la fin. On a quand même un vrai problème, car ceux qui ne sont pas employés de leur propre structure n’ont rien. Nous, ça fait des moins qu’on ne peut pas se payer ».

« On n’a pas peur, on reste ouvert »

Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, a annoncé le renforcement du dispositif d’aide aux gérants de restaurants et bars de la métropole d’Aix-Marseille. Parmi les mesures, une prise en charge à 100 % des salariés ainsi qu’une annulation des charges sociales et fiscales. Mais ces aides ne semblent pas rassurer. « Il y a toujours tout un tas de critères à respecter. Et 1500 euros d’aide comme durant la période de confinement, ce n’est pas suffisant », avancent des cafetiers inquiets.

Mais qu’importe les aides, tous n’aspirent qu’à une chose : continuer à travailler. C’est bien là le mot d’ordre scandé par tous « laissez-nous travailler ! » « On veut surtout que les politiques nous laissent travailler. On ne veut pas d’une mesure injuste. On veut pouvoir travailler, faire travailler nos salariés, et offrir la même qualité de service à nos clients dont certains ont également fait le déplacement pour venir nous soutenir », explique Delphine Godard, gérante d’un établissement dans le quartier de la Plaine.

Quelques minutes plus tôt, elle criait dans son mégaphone « On n’a pas peur, on reste ouvert ». Elle ne souhaite pas braver l’interdiction, mais d’autres préfèrent écoper d’une amende, plutôt que de baisser le rideau une nouvelle fois.

, A Marseille, les restaurateurs en colère contre Véran, veulent « continuer à travailler », Made in Marseille

La police municipale ne verbalisera pas les établissements ouverts à Marseille

Pour organiser la résistance, certains murmurent vouloir travailler avec la police municipale afin d’éviter les verbalisations. Et c’est Samia Ghali qui leur a offert une porte de sortie. Au milieu des manifestants, la deuxième adjointe à la Mairie de Marseille a déclaré ne pas appeler à la « désobéissance », mais « simplement à la résistance civique », avant d’annoncer que la police municipale ne verbalisera pas les établissements qui décideront de rester ouverts dans la deuxième ville de France.

Un combat commun à d’autres filières

D’autres professions sont venues se joindre à cette manifestation par solidarité, comme des représentants de la filière événementielle : « On est là pour soutenir, car on a un combat commun. La filière a été la première à fermer et sera la dernière à rouvrir. On a perdu 85% de chiffres d’affaires depuis mars 2020. Nous partageons les mêmes problématiques : on répète depuis des semaines qu’on a besoin de nous laisser travailler, on a prouvé que l’on savait intégrer les règles sanitaires à la gestion de nos événements. C’est nous, entreprises qui créeront de la valeur, des emplois. Laissez-nous bosser », déclare Cédric Angelone, co-fondateur du Syndicat des activités événementielles.

Renaud Muselier, président de la région Sud, également sur place pour apporter son soutien, a réitéré sa volonté de déposer un recours, une fois l’arrêté publié.

« On ne veut pas que le Covid tue à la fois les personnes et les entreprises » 

À ses côtés, les présidents de la Chambre de commerce et d’industrie Jean-Luc Chauvin, de l’UPE13, Philippe Kocia, de la CPME13, Alain Gargani et la présidente de la Métropole Aix-Marseille Provence : « Nous sommes là unis pour lutter contre le Covid. C’est dans notre ADN. Nous l’avons fait pendant le confinement. Nous avons été en avance sur ce virus, nous voulons être entendus. Ce n’est pas une solution que de fermer les bars et les restaurants. Il y a d’autres choses à faire, a-t-elle déclaré.

Le Premier ministre nous a fait confiance il y a une semaine, en nous disant « prenez vos responsabilités », nous les avons prises. Nous devions avoir 15 jours d’essais, nous avons une inflexion du taux, c’est une bonne chose, il faut que l’on continue. Nous sommes aussi aux côtés des hospitaliers, parce qu’il manque du personnel dans les hôpitaux, on le dit depuis des années, et on comprend qu’aujourd’hui, ils soient anxieux, on l’est tous, mais on ne veut pas que le Covid tue à la fois les personnes et les entreprises ».

Les restaurateurs, cafetiers… se retrouveront cette après-midi devant l’hôpital de la Timone, où le ministre de la Santé, Oliver Véran est attendu de pied ferme !

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