Les Rencontres internationales de l’éolien offshore flottant (FOWT) se tiennent actuellement au Palais du Pharo à Marseille. Cette 7e édition témoigne des enjeux de la filière dans le cadre de la relance économique de la France, de la transition énergétique et de sa présence à l’international. Objectifs en région Sud : 2 GW en 2050 et un investissement de 100 millions d’euros dans le secteur d’ici à 2030.

À l’heure où le secteur énergétique peine à se relever du choc de la Covid-19, l’éolien offshore apparaît plus que jamais comme une filière d’avenir, fer lance de la transition énergétique et de la relance économique du pays.

Sa capacité devrait atteindre 450 GW (gigawatts) en 2050, 234 GW d’ici à 2030, contre 29 GW fin 2019. Un secteur en pleine croissance, dominé à 75% par l’Europe, et en France, les régions entendent bien mettre un coup d’accélérateur. « Cette industrie du futur est en train de devenir celle du présent. La France a tout pour mener une révolution énergétique indispensable grâce à l’éolien flottant, et la Méditerranée, le Grand Sud s’y prépare », affirme, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée, en ouverture de la 7e édition de FOWT qui se tiennent jusqu’à demain, au Palais du Pharo, à Marseille.

Ces Rencontres internationales de l’éolien offshore flottant, nées dans la cité phocéenne il y a quelques années, s’inscrivent comme un événement mondial majeur, marqué par le soutien collectif des Régions Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Bretagne, l’Occitanie Pyrénées-Méditerranée et Pays de la Loire. Une union qui permet de réaffirmer le « leadership français dans le monde ». Et pour cause.

Les atouts de la région pour développer la filière

La France possède la deuxième plus grande zone économique exclusive (ZEE) du monde, le deuxième littoral d’Europe (11 millions de km2), derrière le Danemark, et quatre façades maritimes en Métropole. L’Hexagone dispose donc d’un potentiel considérable pour développer l’éolien offshore flottant dans les prochaines années. « On a raison de pousser cette filière, car on a les compétences et parce que ce mix énergétique, il faut le réussir », lance  Maurice Wolff, président de la Communauté économique et financière méditerranéenne (Cefim). « On est aussi dans le bon timing. Cette période de crise économique et sanitaire nous montre que les enjeux écologiques sont là ».

Une vision confortée avec le fléchage par le gouvernement de 30 milliards pour le verdissement des secteurs d’activités, sur les 100 destinés à la relance du pays. « Et on a raison de pousser ces filières qui vont nous donner de nouvelles solutions parce que les conditions de la réussite sur notre territoire sont réunies », poursuit le vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille Provence, partenaire de l’événement.

En région Sud, l’éolien flottant dispose de sérieux atouts pour constituer l’un des piliers de cette transition énergétique : « Une ressource en vents exceptionnelle, avec une vitesse moyenne des vents supérieure à 40 m/s grâce notamment au Mistral ;  des conditions de sols très favorables permettant un ancrage optimal, des conditions météocéaniques « simples », avec une hauteur de houle très limitée, et très peu de courant », détaille Renaud Muselier, président de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La région Sud peut également s’appuyer sur son réseau économique, industriel et universitaire, ses aménagements portuaires [les quais du GPMM ont, par exemple, été adaptés aux infrastructures pour l’éolien flottant, ndlr], ainsi que sur le savoir-faire. Elle peut compter sur une chaîne de compétences techniques allant de l’expertise à l’exploitation, en passant par la conception, l’ingénierie (flotteurs, ancrage, éoliennes), la fabrication et assemblage, l’installation, la mise en service et la maintenance… 

Puis un écosystème dynamique doté de nombreuses start-up, à l’instar d’Ideol. La société marseillaise est à l’origine de la conception de l’éolienne flottante « Floatgen » de 2 MW, installée depuis l’automne 2018 sur le site d’essai de Sem-Rev au large du Croisic (Loire-Atlantique). L’expérimentation menée donne satisfaction. En 2019, l’éolienne a montré sa résistance face au vent, aux vagues et plus que doublé sa production : 6 GW au premier semestre soit la consommation électrique du Croisic (plus de 4 000 habitants) pendant un an.

, La filière de l’éolien en mer flottant a le vent en poupe !, Made in Marseille

Autres pépites provençales : Eofil, pionnier de l’éolien flottant, spécialisé dans la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables ; Principia, à La Ciotat, expert en ingénierie offshore. Ses services couvrent la conception, l’expertise, la formation et la fourniture de produits monitoring et logiciels.

2021 : l’ère de la commercialisation

Pour 2021, l’enjeu réside dans le passage de l’expérimentation à la commercialisation. « C’est un marché émergeant, sur lequel il y a eu pas mal d’essais, notamment en France, comme au large de Croisic, et on rentre aujourd’hui, dans une phase pré-commerciale, avec des projets pilotes dont un va voir le jour sur la façade méditerranéenne », rappelle Nicolas Wolff, président de France Énergie Éolienne, à savoir la ferme pilote Provence Grand Large.

Portée par EDF, elle sera la première ferme pilote en Méditerranée. Composée de trois éoliennes de 8 MW, elle sera installée au large de Port-Saint-Louis du Rhône, sur la zone de “Faraman”. A moyen terme, ce projet permettra d’augmenter d’environ 8% la production régionale d’électricité ENR (hors hydraulique) et de doubler la production éolienne en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le but est d’acquérir un retour d’expérience opérationnel er de faire preuve de la faisabilité technique et économique d’une production d’électricité à partir d’éoliennes flottantes. La mise en service est attendue pour début 2022.

Le projet initié il y a huit ans a accusé du retard en raison de recours d’associations. « Nous attendons la décision de la Cour Administrative d’Appel de Nantes pour qu’enfin ce projet puisse voir le jour. Ces recours pénalisent de tels projets structurants pour nos territoires », regrette Renaud Muselier.

« L’étape suivante sera probablement le déploiement d’un vrai projet », poursuit Nicolas Wolff, via un appel d’offre pour 250 MW au large de la Bretagne Sud, dans le Morbihan. « On est en train de mettre en place cette nouvelle filière, c’est un marché mondial, majeur, car dans l’éolien offshore on est souvent limité par les fonds, et le flottant nous apporte une solution pertinente pour travailler sur l’ensemble des mers ».

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De g. à d. Jean-Miche Lopez, de la Région Bretagne, Maurice Wolff, vice-président CCIAMP, Renaud Muselier, président de la Région Sud, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, Nicolas Wolff, président de France Energie Eolienne et Patrick Baraona, directeur général du Pôle Mer Méditerranée.

Entrer dans la compétition internationale sans perdre de temps

Des atouts que les régions entendent exploiter pour rivaliser avec la Corée du Sud, Taiwan, le Japon ou encore la Norvège très actifs dans le secteur. Sur le pourtour méditerranéen, d’autres pays voisins s’intéressent de près à cette technologie comme l’Espagne, la Grèce, l’Italie et la Turquie. Les États-Unis et notamment la Californie s’y penchent désormais sérieusement.

Pour être au rendez-vous de la compétition internationale, « il faut éviter de reproduire l’erreur commise sur le photovoltaïque », prévient la présidente de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée : « Aujourd’hui, le photovoltaïque est très présent, mais la problématique c’est que la fabrication, la valeur ajoutée et l’emploi, sont à l’autre bout du monde, alors que là nous sommes encore dans la compétition mondiale pour que ces savoir-faire restent sur notre territoire français et en Europe, car derrière il y a de la création d’emplois ».

Pour relever le défi, il convient également de permettre à la filière de se structurer. En ce sens, « le pôle des régions est essentiel, que ce soit à travers les investissements dans les infrastructures, les appuis dans les écosystèmes d’entreprises ou encore le soutien politique indispensable », ajoute Renaud Muselier.

« Il faut absolument partir avec le premier train », insiste Nicolas Wolff, qui espère différentes mesures pour éviter de perdre des années de retard sur les projets : une simplification législative des procédures de participation du public dans le cadre notamment des débats publics ; le traitement des recours et contentieux « de la manière la plus efficace possible. On aimerait que le Conseil d’État soit désigné comme compétent en premier et dernier ressort » et enfin la mise en œuvre par l’État d’une planification à long terme. « Il nous faut de la visibilité, que l’on puisse identifier des zones sur 10-15 ans, et les préparer, avoir une concertation ».

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Négociations à Bercy pour défendre le secteur

Pour booster et stabiliser la filière, la région Sud a décidé d’investir 100 millions d’euros d’ici à 2030 « qui se démultiplieront avec les fonds européens qui s’intégreront dans le contrat de relance du gouvernement ». Objectif : avoir une puissance installé en région Sud de 750 MW effective à l’horizon 2030-2031. Et de 2 GW en 2050.

Par ailleurs, le Comité régional de programmation Feder du 17 juillet 2020 a donné un avis favorable pour une subvention de 5 millions d’euros à la société Provence Grand Large, pour le projet de ferme pilote. La première pierre pour la mise en oeuvre d’un site d’essai dédié à l’éolien en mer flottant.

D’autre part, la Région Sud, en coordination avec les Régions Occitanie, Bretagne, Pays de la Loire et les syndicats professionnels (SER et FEE) ont permis d’entériner, dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (actée en 2019) deux appels d’offres commerciaux de 250 MW en Méditerranée seront attribués en 2022. Un nouvel appel d’offre commercial de 500 MW est attendu en 2024-2025.

Pour continuer dans cette voie, dans le cadre de la « relance verte » à 30 milliards d’euros, les régions entendent « négocier âprement avec Bercy », pour que la filière de l’éolien offshore flottant ne soit pas oubliée. Les présidents des régions doivent rencontrer, la semaine prochaine, le Premier Ministre, Jean Castex, pour défendre leurs projets respectifs.

L’année prochaine direction la Bretagne pour une nouvelle édition du FOWT !

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