Une mesure pour lutter contre la déforestation dans le monde, excluant l’huile de palme des biocarburants, a été adoptée vendredi à l’Assemblée nationale, contre l’avis du Gouvernement.

A 22 voix contre 20, la mesure a été approuvée en première lecture du projet de budget pour 2019 : l’huile de palme sera bientôt bannie des biocarburants.« L’huile de palme, c’est plus nocif que l’essence » a déclaré vendredi 16 novembre Bruno Millienne, élu MoDem des Yvelines, à l’origine de l’amendement. En effet, l’importation massive d’huile de palme est responsable de déforestations fragilisant l’écosystème. La production mondiale d’huile de palme est aujourd’hui majoritairement assurée par deux pays, l’Indonésie et la Malaisie, qui totalisent à eux seuls 85 % des approvisionnements.

L’huile de palme, accélérateur de la déforestation

Une décision qui va à l’encontre de l’avis du gouvernement et du rapporteur général Joël Giraud (LREM). Amélie de Montchalin, la première vice-présidente de LREM a reçu une suspension de séance avant le vote de la mesure. Les groupes d’oppositions et 5 députés de LREM se sont joints au MoDEM et ont apporté leur soutien.

« Cela fait quinze jours que l’on se bat pour expliquer pourquoi on fait la transition énergétique, pourquoi on rajoute de la taxe carbone, pourquoi on augmente la taxe sur le gazole… Et quand on veut faire du carburant propre en France, on garde l’huile de palme », une situation qui n’a pas de sens selon les propos rapporté de Bruno Millienne. « Nous assumons de soutenir une politique impopulaire sur le gazole mais nous ne voulons pas être pris en flagrant délit d’incohérence », a confirmé Jean-Louis Bourlanges (MoDem). Jean-Luc Mélenchon, député marseillais de la France Insoumise, s’est rallié à la cause et a apporté son soutien à Bruno Millienne « favoriser l’utilisation de l’huile palme, c’est accepter que se poursuivent des déforestations ».

De son côté, Olivier Dussopt, secrétaire d’état auprès du ministre des Comptes publics, préconise que la lutte contre la déforestation soit encadrée au niveau européen et ne souhaite pas à ce stade modifier l’article du projet de loi de Finances. Les députés ont achevé l’examen du projet de budget vendredi soir dans le cadre de la suppression de l’huile de palme. Celui-ci fera l’objet d’un vote solennel mardi.

Huile de palme ou soja ?

Pour le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, cette décision n’a pas de sens. L’huile de palme bannie des biocarburants, entrainerait un report sur la consommation de soja, dont l’exploitation serait beaucoup plus dangereuse que l’huile de palme. « L’intention de Bruno Millienne est extrêmement louable mais l’effet est totalement contre-productif parce que la mesure va provoquer un report sur le soja, on considère que c’est pire pour la déforestation que l’huile de palme« , a déclaré le porte parole du gouvernement sur BFMTV.

« Nous, ce qu’on est en train de faire, c’est un plan global sur la déforestation. Il était présenté la semaine dernière par François de Rugy. Donc plutôt que de s’intéresser à un petit amendement d’un vendredi soir, je vous propose de regarder le plan global. » a poursuivi l’intéressé. Avant de conclure sur les enjeux en terme d’emplois, sur le territoire provençal notamment autour du projet de bioaffinerie de Total à La Mède, en bordure de l’Etang de Berre.

Des solutions existent en local pour le biocarburant, l’exemple des producteurs marseillais

Il y a quelques semaines, nous faisions un reportage sur les solutions alternatives à l’importation d’huile de palme, notamment au sujet de la Mède, en donnant la parole aux petits producteurs marseillais, qui ont trouvé des éléments de réponse en local, face à la déforestation d’ampleur mondiale.

Notre reportage par ici 

« La raffinerie de la Mède, haut lieu de la production pétrolière du géant Total en bordure de l’Etang de Berre, s’est récemment reconvertie dans le bio-carburant. Une nouvelle activité plus vertueuse ? Elle suscite pourtant la polémique concernant l’import massif d’huile de palme, responsable de déforestations fragilisant l’écosystème. D’autant qu’à Marseille, des petits producteurs d’huile recyclée en circuit-court existent. »


Article écrit avec Lisa Kassab

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