Aujourd’hui, Marseille compte 850 000 habitants. La 2e ville de France doit faire face à un triste constat, parmi eux, elle compte 12 000 personnes sans-abri, qui dorment dans les rues et chaque jour affrontent des situations dramatiques.

Pour contrer cette situation d’urgence permanente, une initiative appelée « Un chez soi d’abord » a été lancée en 2016 par le laboratoire LABZéro. Fort de son succès, ce laboratoire d’innovation sociale propose désormais de nouvelles solutions concrètes à tester dans la cité phocéenne pour sortir les sans-abri de la rue. Dans le même temps, l’État dépense en moyenne 150 000 euros par an et par bâtiment pour entretenir son patrimoine immobilier vacant*.

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© www.lelabzero.fr

Le LABZéro en deux mots

Si certains ne préfèrent pas voir les sans-abris, d’autres se penchent sur leur situation et tentent de trouver les outils utiles pour loger et accompagner ces personnes dans leurs démarches administratives, professionnelles, sociales, et leur apporter un soutien psychologique.

Parmi ces acteurs solidaires, il existe la structure LABZéro. LAB comme Laboratoire, et Zéro comme zéro sans-abris d’ici 10 ans. Créé en 2017, le LABZéro est un laboratoire d’innovation sociale que l’État, après un appel à projets, a choisi de financer, comme une dizaine d’autres sur le territoire. Le LABZéro propose désormais six solutions différentes, qui s’adressent tant aux propriétaires de biens vacants, qu’à des investisseurs solidaires et citoyens. Ces solutions ont été énumérées par Marthe Pommié à l’occasion de la Journée du Club Immobilier, le 7 juin dernier. Elles sont classées ci-dessous de la plus rapide à celle qui peut demander le plus de temps.

1. PAP’S : de Particuliers à Particuliers Solidaires

Le plus simple, c’est un dispositif monté par les services de l’État et qui s’appelle le SIO. Vous êtes propriétaire d’un bien et vous pouvez le louer à des personnes en difficulté (à la rue ou sur le point de l’être), à un loyer modéré. Vous avez alors accès à tout un dispositif de l’État pour vous accompagner et vous garantir le loyer de la personne. Des dispositifs étatiques garantissent des assurances, les impayés de loyer.

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Schéma présentant le modèle de location solidaire, de particulier à particulier – © cohesion-territoires.gouv.fr

2. Le Smart Social

Si vous êtes gestionnaire du bien ou un promoteur d’un ensemble immobilier, vous pouvez consacrer une petite partie de cet ensemble à du logement à loyer modéré pour ces personnes. On appelle cela de « l’intermédiation locative » et elle est réalisée par des professionnels, comme par exemple l’association Soliha. Ces associations ou entreprises sont chargées de mettre en relation avec ces logements à loyers modérés, et qui les accompagnent durant plusieurs années, le temps qu’elles rétablissent leur situation et se réinsèrent dans la société, notamment en trouvant un travail. Cette solution est d’une part possible, mais elle est également avantageuse pour chaque partie, puisque les propriétaires bénéficient d’une certaine défiscalisation et d’aides financières pour aider ces personnes

3. Occupations temporaires mutantes

Si vous êtes propriétaire d’un bien qui est transitoirement vacant, le projet consiste à vous aider dans l’occupation de ce bien de façon temporaire, pour des activités mixtes. Il y a une partie qui est de l’hébergement de sans-abris, mais aussi d’autres projets comme de la location de bureaux (déjà expérimenté à la Porte d’Aix à Marseille), des activités économiques (restauration, artisanat, etc…). L’idée est d’ouvrir les espaces vacants aux personnes dans la rue, mais sans stigmatisation, et en leur permettant de vivre dans un environnement où il y a déjà une dynamique positive en place. Cela permet une ouverture sur le quartier, des liens et une solidarité avec les voisins, et l’encouragement au retour vers la vie active. Il s’agit d’un des premiers projets de la structure. Ce projet a été monté en 2017 avec les services immobiliers de l’État. Il s’agissait d’un bâtiment lui appartenant, comprenant 3600 m2 d’anciens bureaux, situé rue Bernard Dubois (1er). Porté par Yes We Camp, l’ouverture est prévue à l’automne 2018 pour héberger environ 100 personnes. Ce projet peut donc s’appliquer autant à des bâtiments publics que privés, l’idée étant, à moyen terme, de développer une forme d’archipel et d’impliquer le plus grand nombre d’acteurs possible.

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Ici, le centre d’hébergement d’urgence rue Bernard Dubois (1er)

4. La Friche 2.0

Inspirée de leur première expérience et de leur arrivée en 2017 à La Friche, cette solution est un peu moins temporaire et plutôt à long terme. Ici, vous êtes propriétaire d’un bien qui n’a pas d’usage et on vous accompagne dans l’utilisation de ces bâtiments. Des projets mixtes vous sont proposés. Ils concilient l’hébergement des personnes à la rue et d’autres types d’activité.

5. La récupération solidaire d’équipements

Vous êtes maître d’ouvrage, constructeur ou bailleur et vous payez généralement pour que l’on enlève dans votre bâtiment tout ce qui a été détruit, ou sera rénové (meubles, sanitaires, menuiseries, déchets du bâtiment, etc.). La solution proposée par les associations appelées « ressourceries » est de vous proposer exactement le même type de service, mais plutôt que de les jeter, elle les réutilise pour remeubler des logements pour ceux qui n’ont que peu de moyens. C’est une solution facile, solidaire, économique et même écologique.

6. L’engagement sur-mesure

Il s’agit d’une solution « bonus » et à la carte. Le LABZéro a un grand nombre de projets en préparation dans son laboratoire qui nécessitent des collaborations avec des architectes et experts en immobilier pour effectuer par exemple des études et devis. Il recherche aussi des investisseurs prêts à participer à leur aventure, pour monter un projet avec eux. S’ils le souhaitent, les professionnels peuvent participer via « mécénat de compétences », pour une heure, une semaine ou un mois ; ou bien participer au financement de certains projets.

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Leur second projet phare : les urgences sociales

Pour atteindre son objectif, le LABZéro a également prévu une association entre les équipes du SAMU 115, de la maraude de l’AP-HM (les hôpitaux de Marseille) et du SIAO 13. Ce partenariat vise à tester un nouveau mode de prise en charge sur cent personnes appelant pour la première fois le 115. Ces personnes devraient être immédiatement prises en charge et mises à l’abri durant 72h via l’utilisation du dispositif « Nuit + ». « Nuit+ » va devoir centraliser l’orientation, mettre à l’abri en priorité des personnes en situation de 1ère rupture ou “d’instant critique”, identifier une réponse durable et adaptée à chacun en 72h, tout en boostant l’offre de solutions d’hébergement et logement. Cette solution a pour objectif d’éviter une augmentation exponentielle des demandes ainsi  que  les coûts d’accompagnement qui sont proportionnels à la durée et aux problématiques des personnes restées durablement sans domicile.


*informations données par le LABZéro

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