Renaud Muselier a annoncé, ce jeudi 29 Mars 2018, le gel de 120 millions d’euros d’investissements de la région Sud en attendant la réforme de l’apprentissage. Selon lui, si le projet de réforme présenté en février dernier par le gouvernement est validé, l’État diminuera drastiquement la taxe d’apprentissage de la région qui se verrait alors obligée de faire des choix d’investissements.

En attendant la version définitive de la réforme de l’apprentissage, Renaud Muselier a donc choisi de geler dès à présent l’investissement de la région Sud afin de ne pas se retrouver “déficitaire” avant même le lancement de certains projets. Parmi les projets impactés notamment, Campus A, l’université régionale des métiers dont le chantier est à l’arrêt.

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Au total, la région bloque 120 millions d’euros d’investissements en faveur de l’apprentissage. Si la réforme est adoptée telle que présentée, 33 CFA du territoire pourraient fermer du fait qu’ils sont adossés à de multiples branches professionnelles. Des établissement qui accueillent 65% du nombre d’apprentis de la région, soit plus de 20 000 apprentis.

“Je veux qu’on donne la possibilité aux régions d’organiser leurs formations au niveau des bassins d’emploi et de faire confiance aux organismes inter professionnels plutôt qu’à certaines branches spécifiques. On complexifie un système qui marchait plutôt bien dans la région Sud”, regrette Renaud Muselier.

Des mesures qui ne vont pas (toutes) dans le bon sens

Le gouvernement a ainsi présenté 20 mesures pour transformer l’apprentissage (à retrouver ci-dessous). Si Yannick Chenevard, vice-président (LR) de la région Sud en charge de l’emploi, considère qu’un « certain nombre d’annonces positives sont encourageantes », d’autres sont, elles, « très inquiétantes pour l’avenir de l’apprentissage ». « La reforme risque de se solder par l’arrêt brutal de la croissance de l’apprentissage en PACA », alarme-t-il.

Première mesure pointée du doigt, la n°2 qui concerne l’aide de 500€ pour les apprentis d’au moins 18 ans pour passer leur permis de conduire. « Notre mission et celle du gouvernement n’est pas d’inciter à utiliser l’automobile sauf dans certains territoires spécifiques. On devrait plutôt s’intéresser aux conditions de logement des apprentis », considère Yannick Chenevard rappelant que la région Sud a fait de l’environnement l’un de ses chevaux de bataille.

Autres bémols sur les mesures n°8 et n°18. La première ouvre l’apprentissage aux jeunes jusqu’à 30 ans, contre 26 ans aujourd’hui. Pour la région Sud, cela est insuffisant : il ne devrait pas y avoir de limite d’âge. « Il faut déverrouiller l’âge d’entrée à l’apprentissage. On doit pouvoir, quelle que soit la vie que l’on a menée, devenir tailleur de pierres, ébéniste ou boucher si c’est ce que l’on a envie de faire », prône l’élu.

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Concernant la mesure n°18, elle stipule que l’embauche d’apprentis pourra se faire tout au long de l’année, et ne sera donc plus cantonnée à la période septembre-décembre. « Oui, mais ensuite il faut organiser les examens. Une session d’examens supplémentaire coûte à la région 400 000€ donc il faudra réfléchir à tout ça », précise Yannick Chenevard.

La région Sud relève toutefois des points positifs dans les mesures présentées par le gouvernement. Notamment la n°4 qui permettra aux apprentis de ne pas perdre leur année si leur contrat de travail est interrompu en cours d’année ou encore la n°20 qui souhaite instaurer un système de certification de qualité des formations dispensées par les CFA. Un label que l’institution, à l’échelle régionale, a déjà mis en place de façon indépendante.

PACA bonne élève de l’apprentissage en France ?

Au 31 décembre 2017, la région Sud comptait 30 000 apprentis des dires de Yannick Chenevard. À titre de comparaison, à l’arrivée de la gouvernance LR à la tête de l’institution en décembre 2015, les apprentis étaient au nombre de 27 594. La majorité a souhaité faire de l’apprentissage une des priorités pour son mandat et s’est fixée comme objectif d’atteindre les 50 000 apprentis d’ici 2021.

Au total, la France enregistre 400 000 apprentis, qui représentent 7% des jeunes de 16 à 25 ans. En comparaison, l’Allemagne compte 1,4 million d’apprentis, soit 15% de ses jeunes.


Les 20 mesures du gouvernement pour transformer l’apprentissage

  1. Tous les jeunes de 15 à 17 ans en apprentissage verront leur rémunération augmenter
  2. Tous les jeunes d’au moins 18 ans en apprentissage percevront une aide de 500 € pour passer leur permis de conduire
  3. Tous les jeunes en apprentissage bénéficieront des mêmes avantages (culture, sport, transport…) que les étudiants
  4. Tous les apprentis dont le contrat de travail est interrompu en cours d’année ne perdront plus leur année
  5. Tous les jeunes qui souhaitent s’orienter vers l’apprentissage, mais ne disposent pas des connaissances et des compétences requises, auront accès à des prépa-apprentissage
  6. Toutes les familles et tous les jeunes bénéficieront d’une information transparente sur la qualité des formations en apprentissage qu’ils peuvent choisir
  7. Tous les jeunes bénéficieront de plusieurs journées annuelles d’information sur les métiers et les filières en classe de 3ème, 2nde et 1ère
  8. L’apprentissage sera ouvert aux jeunes jusqu’à 30 ans, au lieu de 26 ans aujourd’hui
  9. Tous les contrats d’apprentissage seront financés
  10. 15 000 jeunes en apprentissage par an pourront bénéficier du programme Erasmus de l’apprentissage pour effectuer une partie substantielle de leur formation dans un autre pays d’Europe
  11. Les partenaires sociaux co-écriront les diplômes professionnels avec l’État
  12. Les aides à l’embauche seront unifiées et ciblées sur les TPE et PME et les niveaux bac et pré-bac
  13. La rupture du contrat d’apprentissage sera clarifiée
  14. La réglementation des conditions de travail sera revue afin de faciliter l’insertion des jeunes apprentis dans l’entreprise
  15. La procédure d’enregistrement du contrat d’apprentissage sera réformée
  16. La durée du contrat d’apprentissage pourra rapidement et facilement être modulée pour tenir compte du niveau de qualification déjà atteint par le jeune
  17. La certification d’apprentissage, par voie de formation ou de reconnaissance des acquis de l’expérience, sera encouragée
  18. L’embauche d’apprentis pourra se faire tout au long de l’année, et ne sera plus cantonnée à la période septembre-décembre
  19. Les CFA pourront développer rapidement et sans limite administrative les formations correspondant aux besoins en compétences des entreprises du territoire
  20. La qualité des formations dispensées par les CFA sera renforcée par un système de certification

Publié le 26 février 2018, mis à jour le 29 mars 2018

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