Clôtures, murets, bancs de pierre, nouveaux sentiers… Entre Luminy et Sugiton, de nouveaux aménagements tentent de protéger la biodiversité des Calanques du piétinement des promeneurs.

Le piétinement. Voilà le nouvel ennemi numéro 1 des calanques et de leur biodiversité unique et protégée. « Toute la végétation pousse sur une très fine couche de terre posée sur le calcaire. Elle met des millénaires à se regénérer », explique Pierrick Girardet, du service Espaces Naturels de la Ville de Marseille.

Qu’ils s’agisse des promeneurs, randonneurs ou baigneurs qui se rendent dans une crique, l’érosion d’origine humaine est devenue une menace bien identifiée. « Certains coupent à travers bois, d’autres se trompent de chemin. Quand il y a trop de monde, les marcheurs débordent hors des sentiers. Sans oublier ceux qui s’installent au pied des arbres pour des pauses », décrit Christine Juste adjointe municipale déléguée aux espaces naturels.

Ces « divagations » coûtent cher à la nature. Après avoir dégradé la couche végétale, c’est la terre qui disparait, emportant avec elle l’espoir d’un retour des plantes. En témoignent les sols dégarnis aux intersections des sentiers et sur les bords des chemins. Ou certaines racines d’arbre à l’air libre.

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Les racines des pins dénudées à Sugiton

« Mises en défense » de la biodiversité

Le phénomène est particulièrement visible sur les chemins fréquentés qui partent de Luminy vers la calanque très prisée de Sugiton et son belvédère à couper le souffle. C’est sur cette portion que la municipalité a décidé de réaliser des aménagements de « mise en défense » de la biodiversité.

Dans les faits, il s’agit principalement de clôtures avec poteaux en bois et fils pour délimiter des zones à ne pas franchir. Et contenir les flux de marcheurs sur les sentiers, dont certains ont été condamnés, et d’autres recréés.

Mais les travaux, réalisés par Par Ailleurs Paysages, ont également consisté à monter des murets de pierres sèches pour contenir des talus de terre qui s’érodaient.

Avant-après l’aménagement de protection (©Par Ailleurs Paysages) : 

Les anciens bancs en bois le long du chemin ont fait place à des blocs de calcaire. Ils permettent toujours aux promeneurs de s’assoir mais s’intègrent mieux au paysage. « La particularité de ce projet, c’est qu’il ne se voit pas », estime Pierrick Girardet, du service Espaces Naturels de la mairie.

Au total, ces aménagements, terminés en septembre 2023, auront coûté « 300 000 euros », précise Christine Juste. La Ville a pris en charge la majorité du budget, avec un apport de 20 000 euros de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL).

Des stratégies pour lutter contre la surfréquentation du parc

Ce projet est en réalité la continuité de nombreux aménagements de ce type que le Parc national des Calanques réalise depuis ces dernières années. Comme dans le fonds de la calanque de Sugiton, ou le sentier menant au site d’En-Vau. Ils visent tous à contenir le public sur les sentiers en rendant les itinéraires plus lisibles et plus confortables.

Mais, derrière le « piétinement » des Calanques, se cache une problématique plus difficile à gérer : la surfréquentation. Un serpent de mer de 3 millions de visiteurs annuels, que le concept de « démarketing » des dernières années ne semble pas vraiment atteindre.

Les mesures contraignantes se mettent donc en place dans les zones les plus dégradées, comme la calanque de Sugiton. Depuis 2022, l’accès au site est limité à 400 personnes par jour l’été (contre 3 000 à 4 000 avant). « On commence à apercevoir un début de régénération de la nature », note le directeur adjoint du Parc national, Laurent Scheyer. « Mais la reconquête de la végétation prendra encore des dizaines d’années », conclut-il.

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