Au lendemain des violences qui ont éclaté dans le centre-ville de Marseille, causant de sérieux dégâts, le conseil municipal a été écourté. La séance a été en grande partie consacrée à la situation consécutive au drame survenu à Nanterre, il y a trois jours. Le maire, Benoît Payan, appelle à l’unité.

Après les violences survenues la nuit dernière un peu partout en France, suite à la mort de Nahel, tué par un policier à Nanterre il y a trois jours, après un refus d’obtempérer, le conseil municipal de Marseille, qui se tenait ce vendredi 30 juin, a été écourté.

Le maire, Benoît Payan, en accord, avec la présidente de la Métropole, Martine Vassal, a décidé de ne soumettre que les rapports réglementaires obligatoires (budgétaires imposés par l’annulation par le tribunal de la taxe foncière). Les autres rapports seront débattus au conseil municipal de la semaine prochaine le 7 juillet.

La première partie de la séance a ainsi été marquée par différentes prises de parole et de positions, en lien avec les affrontements qui ont eu lieu la nuit dernière dans le centre-ville de Marseille entre la police et des petits groupes de manifestants très mobiles.

Une nuit d’émeute qui s’est soldée par 56 interpellations, 38 policiers blessés, des commerces pillés, du mobilier urbain incendié, des équipements publics et commissariats dégradés… « Les violences et les dégâts dans notre ville sont inacceptables » exprime Benoît Payan, en ouverture de séance, toute la nuit aux côtés des services de la préfecture de police.

Le souvenir de Souheil

« Rien ne peut justifier qu’on perde la vie, un petit matin. Aucun mot ne peut exprimer notre tristesse et notre refus de l’injustice. Nous nous tenons aux côtés de la famille et des proches touchés par la douleur insondable du deuil et par l’injustice de perdre un fils, tué lors d’un contrôle routier. Évidemment que d’autres affaires, et notamment à Marseille, remontent à notre mémoire », poursuit l’édile, en référence au jeune Souheil, décédé à la suite d’un tir policier à la Belle-de-Mai en 2021, après ce qui était alors présenté comme un refus d’obtempérer.

Les différents présidents de groupes et élus d’opposition se sont ensuite exprimés tour à tour. La parole est d’abord allée à Catherine Pila (LR), pour le groupe Une volonté pour Marseille, qui évoque des « scènes de guerre civile » et « un chaos urbain » en dressant un état des lieux.

L’élue annonce la création par la Région Sud, la Métropole Aix-Marseille-Provence et la chambre de commerce et d’industrie d’un fonds de soutien aux commerces sinistrés. Elle fustige l’extrême-gauche « qui a soufflé sur les braises » en incitant à la violence. « L’opposition municipale que nous incarnons sera toujours aux cotés de la République et jamais des casseurs ».

Le président du groupe Printemps marseillais, Joël Canicave, réaffirme le soutien de la municipalité aux familles qui ont vécu « avec stupeur une nuit difficile ». Faisant état des images « horrifiantes », il souhaite que la justice soit rendue rapidement. « La mort d’un adolescent ne peut et ne doit pas être acceptée ».

Il précise que « ce à quoi les Marseillais(es) ont assisté hier, ce n’est pas de la protestation », dénonçant « un déchaînement de violence s’apparentant plus à un pillage qu’à une légitime expression », et en particulier celle qui s’est exercée « contre un lieu de symbole du vivre ensemble, notre Alcazar ». Il appelle comme le maire avant lui à l’apaisement : « Les actes d’hier interrogent et bouleversent dans notre ville, peu connue pour ce type de débordements », tout en réaffirmant la nécessité de continuer à tisser du lien dans la ville en remettant le service public « au centre de nos objectifs ».

Pour le président du groupe écologiste, Fabien Perez « les forces de l’ordre dans notre pays font souvent un travail exemplaire et nécessaire à ce que nous puissions vivre sereinement ensemble. Toutefois, pour que les forces de l’ordre puissent faire respecter l’ordre, encore faut-il qu’elles-mêmes puissent respecter la loi. C’est pourquoi tout dérapage des forces de l’ordre est inacceptable ». L’avocat aussi « pense à Souheil, il y a deux ans » et condamne toutes les violences qui ont émergé lors des mobilisations d’hier soir.

Un drame et des douleurs

« Le mythe du multiculturalisme et du vivre-ensemble n’est plus » déclare, quant à lui, Stéphane Ravier (ex-RN passé chez Reconquête) en se lançant dans un discours anti-migratoire, tout en fustigeant la droite comme la gauche qu’il tient « responsables de la situation ».

Au nom du groupe Renaissance, le député Lionel Royer-Perreaut parle de « climat insurrectionnel », « les drames qui se sont produits à Nanterre ne peuvent en aucune façon justifier les scènes de chaos comme nous pouvons les vivre et les voir », tout en appelant « au respect de l’État de droit ». Le parlementaire a évoqué « deux drames qui se sont noués », mettant en parallèle la douleur légitime d’une mère « qui a le droit de crier sa douleur », tout comme celle de la famille et enfants du policier dont « le père est incarcéré ».

Condamnant « les pillages », l’élu appelle aussi à « l’apaisement et à l’unité », ainsi qu’au soutien des 38 policiers blessés et aux forces de l’ordre. « Notre responsabilité collective, c’est d’appeler au respect de la République que nous servons, que nous aimons et qui nous protège », conclut le député Renaissance.

Samia Ghali, présidente du groupe Marseille, ne considère pas qu’il faille mettre sur le même plan la famille de Nahel et celle du policier. « Le policier est là, présent. Nahel ne l’est plus pour les siens. Ce n’est pas la même chose », se référant aux propos du procureur de la République de Nanterre sur l’affaire. Et de recadrer dans la foulée Lionel Royer-Perreaut : « C’est justement parce qu’on tient ce genre de propos que malheureusement on laisse le champ libre à ceux qui veulent saccager de le faire ».

L’occasion aussi pour la maire adjointe de saluer dans l’hémicycle « les territoires qui n’ont pas bougé », à savoir les quartiers Nord. Mais aussi la solidarité à l’œuvre : « Les Marseillais qui ont apporté leur aide aux marins-pompiers qui ont éteint les incendies ». Elle ne manque pas non plus de rappeler que le cas de Nahel fait écho à « d’autres drames, d’autres meurtres », n’épargnant pas au passage l’élu d’extrême droite Stéphane Ravier. « C’est cette majorité qui a donné le nom d’Ibrahim Ali » à l’avenue où il a été abattu par des colleurs d’affiche du Front national. « Gardez pour vous vos remarques qui ne font qu’attiser la haine ». 

« Nous avons besoin de donner l’exemple » 

Au terme de prises de paroles, juste avant l’examen des quatre rapports réglementaires, Benoît Payan réaffirme ses propos. « Ce qui compte, c’est l’unité de Marseille. Il s’agit pour les Marseillais(es) de se montrer à la hauteur de leur histoire. Nous avons besoin de donner l’exemple ».

Puis d’appeler « au-delà de l’émotion légitime et des questions nécessaires à l’unité et au calme. Notre ville s’est toujours tenue auprès de ceux qui souffraient, qui en avaient le plus besoin. Ces dans ces moments que l’expression de la solidarité doit être la plus belle, la plus ferme et la plus forte », commente le maire.

« Je ne lâcherai rien sur l’unité de notre ville. Il est des moments dans l’histoire où c’est le rassemblement de différences qui fait la différence. Je n’accepterai plus des mots, des outrances et le non-respect de l’autre », a-t-il conclu pour poursuivre le conseil municipal dans l’apaisement. Les élus du groupe RN font alors leur arrivée pour prendre place dans l’hémicycle municipal, ne souhaitant visiblement pas prendre part au débat sur la mort de Nahel.

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