Fraîchement réélu à la tête du Club de la Croisière Marseille Provence, Jean-François Suhas garde le cap d’une trajectoire verte pour l’économie bleue. L’impact environnemental de l’activité, tant au port qu’à terre, est une priorité des actions de l’association.

Depuis 2015, Jean-François Suhas tient la barre du Club de la Croisière Marseille Provence. Réélu président de l’association, c’est l’occasion pour le pilote de rappeler les grands enjeux de l’activité, au premier rang desquels celui de son verdissement.

L’escale inaugurale à Marseille, le 6 mars dernier, du nouveau géant des mers de la compagnie italienne Costa, illustre les efforts du monde de la croisière et du Grand port maritime de Marseille (GPMM) pour verdir leur modèle. Le Costa Toscana est un paquebot de 337 mètres de long. Il peut embarquer 6 730 passagers avec à son bord un équipage de 1 646 personnes. Mais surtout, il est propulsé au gaz naturel liquéfié (GNL), pour réduire son impact sur l’environnement et sur la qualité de l’air.

Le GNL permet de réduire presque totalement les émissions d’oxyde de soufre et de particules fines (de 95 à 100 %) et d’oxyde d’azote (85 %). Quant aux émissions de CO2, elles ont diminué de 20 %, constate la compagnie.

« Être le plus exemplaire possible »

Depuis 2019, Marseille accueille des paquebots propulsés grâce à cette énergie. En 2021, le Costa Smeralda de Costa Croisières a effectué 21 escales dans le cadre de la charte Bleue, signée par treize armateurs, aux côtés du GPMM, du ministère de la Transition écologique, de la région Sud et de la Métropole Aix-Marseille Provence. Le 28 avril prochain, le premier navire GNL fera son entrée dans la flotte de MSC Croisières. Ses escales sont prévues à partir du printemps 2023. La compagnie a d’ailleurs signé un partenariat avec Total pour l’avitaillement de son bateau, directement depuis le terminal croisière.

Depuis peu, Marseille-Fos est devenu l’un des rares ports au monde à proposer une offre d’avitaillement au GNL, grâce à un nouveau navire de soutage dédié. Un développement attendu par la CMA CGM qui disposera d’une flotte de 44 porte-conteneurs au GNL d’ici 2024. Il fait partie des trois ports au monde dans lesquels le groupe opère ses opérations de soutage. « Se faisant, sur tous les segments d’activités, dont la croisière, nous avons à Marseille une offre d’avitaillement au gaz naturel liquéfié. C’est important pour une place portuaire d’être capable de proposer avant les autres ces solutions », avance Hervé Martel, président du directoire du GPMM et vice-président du Club de la Croisière Marseille Provence.

Loin d’être « un groupe de lobbying », pour lui, l’association est « indispensable pour structurer la filière », avec les près de 70 partenaires publics et économiques qu’il compte aujourd’hui. « Même si les navires sont infiniment plus propres, ça ne suffit pas et le port de Marseille a l’ambition d’être le plus exemplaire possible ».

L’électrification à quai se poursuit

Depuis 2015, le port de Marseille-Fos s’est engagé dans un programme ambitieux d’électrification des navires à quai. « L’un des premiers d’Europe, poursuit Jean-François Suhas, également président du conseil de surveillance du GPMM. Cela fait 10 ans que le club de la croisière est dans cette stratégie de transition énergétique ».

Si seules quatre connexions sont installées à l’heure actuelle, Marseille-Fos reste le seul en Méditerranée et l’un des 14 ports au monde, à proposer aux compagnies maritimes le branchement électrique à quai en haute tension. Les travaux pour l’équipement des quais ferries internationaux du nouveau terminal du Cap Janet à destination ou en provenance du Maghreb ont débuté en janvier 2022 pour une livraison prévue par phases entre cet été et le printemps 2023.

En images – Coup d’envoi du chantier de la future gare maritime du Cap Janet cet été

En images – Coup d’envoi du chantier de la future gare maritime du Cap Janet cet été
Club de la Croisière, Le Club de la Croisière Marseille Provence mise sur des escales plus vertes, Made in Marseille

« La croisière de demain ne peut pas être ce qu’était la croisière d’hier »

Le port a également entamé les travaux pour la création de la sous-station électrique qui permettra la conversion de l’électricité de 50 à 60 Hz destinés à la connexion électrique des paquebots à quai. Il installe également des centrales photovoltaïques sur les toitures de 6 hangars portuaires dans les bassins marseillais, pour une production de 9 MW.

Avec le soutien des collectivités locales, notamment celui de la Région Sud, et son plan « Escale zéro fumée », 50 millions d’euros ont été investis dans ce programme. « C’est considérable, rappelle Hervé Martel. On partage cette conviction avec les différents acteurs que la croisière de demain ne peut pas être ce qu’était la croisière d’hier. C’est au prix de ces efforts que nous considérons, de même que les opérateurs eux-mêmes, qu’on a un modèle viable, en termes d’activité économique, d’emploi et de valeur ajoutée avec la légitime préoccupation du port vers de l’économie bleue ».

Des navettes électriques pour aller à la Grotte Cosquer ?

Parmi les autres enjeux, la gestion des flux relatifs à la croisière en centre-ville de la cité phocéenne. Si l’accès à Notre-Dame de la Garde a été régulé avec 4 autocars par compagnie et par demi-journée, Jean-François Suhas insiste que la nécessité de développer des navettes décarbonées pour découvrir la cité phocéenne. « Il faut changer de modèle. Je préfère amener les croisiéristes en bateau électrique dans la darse du Mucem pour aller à la future réplique de la Grotte Cosquer. On ne peut pas transporter tout le monde par bus, taxi… ».

D’ailleurs, c’est à la reconstitution de la grotte que se réuniront à l’automne prochain, les acteurs de l’économie bleue à l’occasion du Bleu Maritime Summit. Un événement a dimension internationale qui vise à « renforcer les actions autour de la question de la transition éco-énergétique du secteur maritime du bassin Marseille-Fos ». Par ailleurs, l’association a apporté son soutien « concret », à la candidature de Marseille pour décrocher le label européen « 100 villes neutres en carbone en 2030 ».

Même si la Ville a coupé sa participation financière, au printemps dernier, pour marquer son désaccord avec la stratégie de développement du Club de la croisière, Jean-François Suhas affirme que le dialogue est présent, notamment avec les élus écologistes, mais aussi avec le maire de Marseille. « Il y a toujours un lien bien sûr, et si la Ville veut revenir, la main est tendue ».

En chiffres

En 2021, 250 000 croisiéristes ont été accueillis. 50 navires ont fait escale à Marseille, depuis le début de l’année, soit 50 000 passagers.

Pour cette année, le secteur ambitionne de renouer avec les niveaux de fréquentation d’avant-crise, soit 1,8 million de passagers en 2019. Avril et mai affichent déjà des taux de réservation comparables à 2019, avec 130 escales prévues sur ces deux mois. Période qui sera également marquée par le retour d’une clientèle américaine après deux années d’absence.

Le milieu de la croisière représente 3 000 emplois dans la région. 2 500 rien qu’à Marseille. En 2020, l’arrêt de l’activité croisière a impacté plus de 2 000 emplois directs et généré un manque à gagner de près de 400 millions d’euros pour le territoire.

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