Fiche métier – Concepteur/conceptrice d’effets spéciaux, créateur d’imaginaire

Fiche métier – Concepteur/conceptrice d’effets spéciaux, créateur d’imaginaire

Découvrez, dans cette fiche métier, quelles sont les études et formations à faire ainsi que les compétences et qualités à avoir pour devenir concepteur/conceptrice d’effets spéciaux. Avec le témoignage de Thibault Gauriau, qui travaille actuellement et depuis 2010 dans la société de production Lucasfilm à Singapour.

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Le métier de concepteur d’effets spéciaux est, comme d’autres métiers du cinéma, très peu connu du grand public. Son travail est différent selon qu’il intervient pendant la phase de pré-production d’un film ou au cours de la postproduction.

« En pré-production, on prépare ce qui va servir pour le film, donc l’artiste va travailler sur des concepts 2D, dessiner un effet magique, prévisualiser une séquence lourde d’effets visuels ou préparer l’explosion d’un objet… En postproduction, par contre, on travaille directement sur ordinateur et l’on exécute tout le travail préparer en pré-production, c’est-à-dire retoucher les images qui ont été filmées, y insérer les divers effets visuels ou crée des images de toute pièces », explique Thibault Gauriau.

Travail sur les effets spéciaux en pré-production

« Les gens ne le savent pas, mais on finit généralement un film deux semaines avant sa sortie au cinéma ! », Thibault Gauriau, concepteur d’effets spéciaux chez Lucasfilm.

Études ou formation

De nombreuses voies sont possibles en fonction du domaine que l’on souhaite exercer. Pour la création d’effets spéciaux numériques, il faudra aller voir du côté des écoles d’infographie (ENSAD, Supinfocom) ou de cinéma (La Fémis, école Louis Lumière, ESRA). Quelques exemples de formation :

  • Bac +3 : école de cinéma comme l’ESRA (École Supérieure de la Réalisation Audiovisuelle) avec une spécialisation en troisième année « Option Montage et Effets Spéciaux »,
  • Bac +4 : EMCI (École des Métiers de la Création Infographique) à Angoulême,
  • Bac +5 : Chef de projet 3D & Effets spéciaux sur les campus ESMA de Montpellier, Toulouse, Nantes et Lyon.

Compétences

Hormis le fait d’être autonome, il n’y a pas de réelles compétences particulières pour exercer le métier de concepteur d’effets spéciaux. Pas même la maîtrise de logiciels spécifiques de retouche d’images ? « C’est bien si vous avez ces compétences comme le dessin ou la maîtrise de certains logiciels de retouche d’image ou de 3D, mais ce n’est pas une compétence première car chaque entreprise a souvent ses propres logiciels qui ne sont pas vendus ou disponibles dans le commerce. Donc il faudra réapprendre un logiciel en partant de zéro à partir du moment où vous prendrez un nouveau poste », prévient Thibault Gauriau.

Pour l’expert de chez Lucas Films, l’important est d’avoir une bonne méthodologie de travail afin de pouvoir s’adapter. « Pas besoin de savoir coder dans tous les langages du monde, ni de peindre comme Rembrandt. Ce qu’il faut, c’est être un artiste qui peut s’adapter, c’est-à-dire être intéressé, apprendre vite et découvrir vite », ajoute Thibault Gauriau.

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Qualités

La qualité première pour être un bon concepteur d’effets spéciaux est de savoir travailler en équipe. Un profil trop solitaire risque fort de ne pas trouver preneur. « Ça a l’air de rien mais c’est essentiel car, par nature, un artiste est quelqu’un de solitaire et dans les écoles de cinéma, la plupart des étudiants progressent de façon solitaire et en rivalité. Ce n’est malheureusement pas la bonne philosophie ! Très tôt il faudrait apprendre à ne pas être perso mais équipe », explique Thibault Gauriau.

Autre qualité requise : la flexibilité. L’imprévu, dans le domaine du cinéma, est courant. Lorsqu’un film est en train d’être créé, les choses changent souvent soudainement et de façon importante. Il ne faut donc pas être caractériel et, au contraire, être calme et s’avoir s’adapter aux changements rapides.

Enfin, avoir une sensibilité artistique est également indispensable. Il faut pouvoir apprécier et lire les images ainsi qu’avoir des références d’images en tête, pour trouver de l’inspiration et de nouvelles choses à créer. Des références qui s’acquièrent avec le temps et l’expérience.


L’interview

Travailler en Provence a rencontré Thibault Gauriau, « FX artist » dans la très réputée société de production Lucasfilm. Après des études au sein du campus rennais de l’école de cinéma ESRA, il a rapidement quitté la France pour tenter de se faire une place dans le monde restreint des effets spéciaux. Et ainsi réaliser son rêve : travailler pour Georges Lucas. Il a contribué à de grands blockbusters comme Star Wars 7, Transformers 3 et 4 ou encore Tortues Ninja 2.

Travailler en Provence – Bonjour Thibault. Tout d’abord, qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler dans le domaine des effets spéciaux ?

Thibault Gauriau – C’est venu dès le lycée. En plus des cursus standards, dans mon lycée à Angers, des modules étaient proposés sur certaines technologies ou métiers. Et il y en avait un de design sur ordinateur pour créer des pièces d’usine. Ça a été pour moi la première fois que je construisais des choses en 3D avec un ordinateur !

J’y ai tout de suite vu derrière le jeu vidéo, construire des personnages en 3D et les faire bouger comme les films de Pixar à l’époque. J’ai eu une espèce de déclic et je passais tout mon temps à modéliser des personnages de jeux vidéo, des tanks et des dragons mais pas les pièces d’usine ! J’ai gardé ensuite cette envie de continuer là-dedans, dans les jeux vidéo ou les effets spéciaux.

Aujourd’hui vous êtes « FX artist » ou « FX supervisor » au sein de la société de production Lucasfilm à Singapour. En quoi consiste exactement votre métier ?

J’interviens un peu pendant la phase pré-production des films puis surtout en postproduction. En phase pré-production je prépare des idées et des solutions en fonction de ce que veut le réalisateur. Par exemple, s’il souhaite qu’un personnage se transforme en un autre personnage à un moment du film, je vais concevoir de manière simplifiée l’idée pour obtenir des plans simples mais suffisamment détaillés pour déjà se rendre compte des possibilités visuelles. Cette phase de travail s’appelle le « blocking » et elle est essentielle pour ne pas perdre de temps ou se perdre dans trop d’idées diverses lors de la postproduction. C’est ensuite en postproduction que je rassemble une équipe d’artistes et, ensemble, on travaille les images en tant que produit final.

Le « FX artist », ou « FX supervisor », intervient, à un moment très particulier de la fabrication des images de synthèse. La fabrication d’images de synthèse, c’est commencer de zéro pour, à la fin, se retrouver avec des images qui forment un plan et puis des séquences. La première étape est de modéliser l’objet, lui donner des couleurs et textures. La deuxième de le faire bouger – c’est ce que l’on appelle l’animation – et la troisième est le « FX » : le moment où tout est en place et où il faut, pour rester dans mon exemple, transformer le personnage en un autre. On utilise alors nos techniques et logiciels divers pour le faire changer de façon à ce que ce soit le plus réaliste possible.

Parallèlement, il existe deux autres étapes cruciales de la production d’images de synthèse : le rendu et le compositing. Ces étapes sont là pour calculer les images et ensuite les composer tout en un. En effet, le travail d’image de synthèse consiste souvent à séparer chaque élément visuel les un des autres. Par exemple, on travaille un robot puis on travaille un nuage de poussière puis on travaille un arrière plan et ensuite chacun de ces éléments est rendu puis composé ensemble pour donner l’illusion d’un tout uni et cohérent qui forme chaque image de chaque plan d’un film.

« Quels que soient les diplômes ou les expériences passées, il faut commencer en bas de l’échelle. L’industrie des effets spéciaux est assez petite et ce n’est pas facile de percer ces cercles ».

Comment en êtes-vous arrivez là où vous êtes aujourd’hui ?

Ça a été un travail de longue haleine car, dans ce métier-là, les cercles sont fermés et l’industrie est assez petite. Au bout de 10 ans d’expérience à changer de boîte, vous avez finalement rencontré tout le monde et tout le monde se connaît. Et ce n’est pas facile de percer ces cercles. Quels que soient les diplômes ou les expériences passées, il faut commencer en bas de l’échelle en tant que « junior » et faire les tâches qui facilitent celles des « seniors ».

Il faut donc faire preuve de stratégie. Pour moi, mon but était de travailler avec Georges Lucas. Je savais que pour y arriver, je devais rentrer dans certaines boites précises pour postuler ensuite chez Lucasfilm. Cela a impliqué très vite, dans ma carrière, de quitter la France. Je suis allé à Londres, qui est un des pôles incontournables du cinéma pour avoir de la crédibilité dans ce milieu, à l’instar de Vancouver (Canada) et Wellington (Nouvelle Zélande). Puis, avec le temps, j’ai eu le background, les connexions, et les images à montrer pour travailler dans une boîte comme Lucasfilm.

Thibault Gauriau a réussi à réaliser son rêve : rencontrer et surtout travailler avec Georges Lucas.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

Le fait de travailler avec des gens extraordinaires, des artistes d’un talent et d’un éveil formidables qui me tirent vers le haut. Je dirais aussi le fait de travailler sur des gros films, qui prennent souvent un à deux ans pour se faire, avec leurs centaines d’anecdotes et leurs kilomètres d’images dont la plupart ne se retrouvent ensuite pas dans le film !

Ce qui est aussi agréable aujourd’hui, c’est que je suis arrivé à un moment de ma carrière où je peux dire que « C’est moi qui ai fait tel ou tel moment de ce film ! » alors que quand la scène m’a été demandée trois ans auparavant, elle n’était qu’une ligne un peu floue écrite sur une feuille de papier. Je n’ai plus l’impression d’être un spectateur mais un acteur du cinéma et ce que je fais est réel, les gens le voient et si ça peut les aider à aller mieux pendant deux heures, je suis comblé !

« C’est agréable de pouvoir dire que l’on a fait tel ou tel moment d’un film alors que, lorsque l’on a commencé à travailler dessus des mois auparavant, ce n’étaient que quelques lignes floues écrites sur une feuille de papier ».

À l’inverse, quels sont les aspects que vous aimez le moins ?

Les métiers comme ceux du cinéma et la postproduction sont très demandeurs et on est amené à faire beaucoup d’heures de travail. Ça a un vrai impact sur la vie quotidienne. Je n’ai pas aujourd’hui la vie sociale ou la vie de famille que j’aurais rêvée d’avoir. Mais ça ne se passe pas toujours comme ça, j’ai des collègues qui ont des femmes et des enfants, mais ça nécessite des compromis. Il faut donc un vrai degré de dévotion, mais je ne m’en plains pas tant que ça !

Bande démo, ou « show reel », des réalisations de Thibault Gauriau.

Dans votre vidéo de présentation ci-dessus, on voit que vous réalisez souvent le même type d’effets spéciaux : la mer, des explosions, des fumées… Est-ce qu’il faut se spécialiser dans la réalisation d’un certain type d’effets spéciaux ou est-ce que l’on peut rester généraliste pour exercer ce métier ?

On peut rester généraliste et il y a même énormément de concepteur d’effets spéciaux qui le restent. Pour ma part, j’ai fait le choix d’être spécialisé. Je fais partie des 5% ou 10 % qui font ce type d’effets spéciaux-là, mais la quasi-totalité des autres artistes sont des généralistes qui sont capables de faire du touche à tout.

Les effets spéciaux d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux d’avant en termes de qualité et de rendu. À quoi peut-on s’attendre encore dans le futur ?

Les idées sont infinies et il y a beaucoup de choses qui sont en train de se passer autour des effets spéciaux et des formats de diffusion. Aujourd’hui, le cinéma n’est plus le seul format de diffusion, il y a les Smartphone, les plateformes de streaming, la réalité virtuelle et toujours les jeux vidéo bien sûr. Tous ces métiers sont doucement en train de trouver des ponts numériques entre les uns et les autres. Je pense que l’étape suivante est que beaucoup de ces choses-là vont se mettre ensemble et il va falloir surprendre avec de nouveaux moyens de diffusion car tout a déjà été fait en termes de réalisation.

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