Entretien exclusif avec Yves Moraine : « être maire de Marseille, c’est un rêve »

Yves Moraine, président de la majorité municipale (LR et UDI) au conseil municipal de Marseille et maire des 6e et 8e arrondissements, se livre sur le second tour de l’élection présidentielle, sa candidature aux élections législatives dans la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, et son ambition plus intime à la tête de la ville de Marseille…

Il se confie également sur son attachement pour Jean-Claude Gaudin, maire (LR) actuel de Marseille, qui lui a donné envie d’entrer en politique. L’occasion de faire un tour des grands projets, positifs ou non, qui ont marqué les mandats municipaux de Jean-Claude Gaudin, à la tête de la Cité Phocéenne depuis 1995.


Yves-moraineMade in Marseille – Bonjour Yves Moraine. Tout d’abord quel est votre sentiment à l’approche du second tour ?

Yves Moraine – Meurtri de l’absence du candidat de la droite républicaine et du centre. Je pense que l’élimination de notre candidat n’est pas le rejet du programme de la droite et du centre ou de ses valeurs, mais la conséquence des affaires qui ont pourri notre campagne et qui nous ont empêché de développer le programme et de discuter sur le fond.

Qui voyez-vous remporter l’élection ?

Quand on fait partie des Républicains, c’est-à-dire cette réunion des familles gaulliste, démocrate-chrétienne, sociale et libérale, on ne peut pas apporter de voix à l’extrême droite de Madame Le Pen. Ensuite les autres choix sont ouverts : l’abstention, le vote blanc, le vote pour Monsieur Macron.

Pour ce qui me concerne, je l’ai déjà dit et la mort dans l’âme, je voterai pour Macron à cause de l’histoire sulfureuse du Front national, de son antisémitisme larvé ou assumé et de son projet fou de sortie de l’Euro. Je pense que Macron sera élu et j’espère que nous aurons une majorité de la droite et du centre à l’Assemblée nationale pour éviter qu’il nous fasse « Hollande saison 2 » pendant cinq ans.

Vous êtes candidats aux législatives, surement face à Maurice Di Nocera (UDI) pressenti pour représenter le mouvement d’Emmanuel Macron dans cette circonscription…

Non, je suis candidat surtout face à la députée sortante socialiste Marie-Arlette Carlotti, qui a été ministre de François Hollande pendant deux ans, qui est donc comptable du quinquennat catastrophique de François Hollande et qui n’a guère été présente sur le terrain de la circonscription pendant cinq ans. Je suis également candidat face à l’élu désigné par le Front national, parce que je considère que ce ne serait pas du tout une bonne chose qu’un député Front national soit élu dans ces quartiers des 4e, 5e et 6e arrondissements.

Je serai candidat, enfin, contre le candidat qui sera désigné par Emmanuel Macron et qui ne l’est pas encore. Après, il y aura plusieurs autres candidatures, on annonce près d’une dizaine de candidats qui ont choisi un candidat de gauche au premier tour de la présidentielle, dont quatre qui se réclament d’Emmanuel Macron. Moi je suis le seul candidat de la droite républicaine et du centre, puisque je suis le seul à avoir reçu l’investiture des Républicains, de l’UDI, d’écologie bleue et du centre démocrate républicain.

« Je crois que les électeurs sont méfiants vis-à-vis des appareils politiques, par contre ils ont tendance à faire confiance aux élus qu’ils voient constamment sur le terrain […] avec mon équipe, on est constamment sur le terrain. »

Pensez-vous que la partie s’annonce compliquée, notamment par rapport à la méfiance des électeurs envers les partis dit traditionnels (LR – PS) ?

Votre remarque est juste. Je crois que les électeurs sont méfiants vis-à-vis des appareils politiques, par contre ils ont tendance à faire confiance aux élus qu’ils voient constamment sur le terrain. Et dans les 4e et 5e arrondissements, l’équipe de Bruno Gilles avec Marine Pustorino, qui est ma suppléante, et dans le 6e arrondissement avec mon équipe, on est constamment sur le terrain.

On a attaqué cette campagne il y a 18 mois, en étant tous les jours présents sur le terrain pour écouter, résoudre des problèmes, travailler, entendre, participer, organiser dans toutes les associations sportives, caritatives, culturelles, dans tous les clubs de boules, les centres qui reçoivent les seniors… Je crois que nous ne pâtirons pas de cette défiance car tout simplement nous sommes là et les gens nous connaissent.

Si vous êtes élu député en juin, la loi sur le non cumul des mandats va vous obliger à quitter votre poste de maire de secteur… 

Oui, et je vais réutiliser l’expression déjà utilisée tout à l’heure, la mort dans l’âme, je quitterai la mairie des 6e et 8e arrondissements. C’est un déchirement parce qu’on a fait avec mon équipe, en quatre ans, beaucoup beaucoup de choses. On est extrêmement présent sur le terrain, le contact avec la population est très bon, cela se passe vraiment bien. Donc, vraiment c’est un déchirement. Je quitterai également mes fonctions de conseiller départemental. Je resterai simplement conseiller municipal et je continuerai de présider le groupe de la majorité municipale Les Républicains et UDI au conseil municipal et je garderai mes fonctions de député.

« J’ai encore l’espoir qu’on puisse emporter les élections législatives et avoir une majorité absolue à l’Assemblée nationale pour mettre en œuvre, derrière François Barouin, le programme qui a été défendu pendant la campagne présidentielle. »

Pourquoi ce choix de devenir député ?

Pour deux raisons essentielles. D’abord, c’est un choix qui a eu l’unanimité de ma famille politique : Jean-Claude Gaudin, Brune Gilles, Renaud Muselier, Martine Vassal ont souhaité que ce soit moi qui essaye de combattre pour ramener cette circonscription, qui nous a échappé en 2012, dans notre famille politique. C’est un challenge qui a été validé par tout le monde, donc je n’avais pas de raison de refuser.

Deuxièmement, je pense que les cinq années qui viennent sont vraiment cinq années de très très grand défi. Le pays va mal sur le plan économique, social, il est menacé à l’extérieur, et aussi à l’intérieur par des fractures très violentes… Je pense qu’il y a vraiment besoin d’une grande œuvre réformatrice, ambitieuse et courageuse. Et ça m’intéressait beaucoup d’y participer.

À l’époque où je me suis lancé, je pensais que la droite pouvait emporter l’élection présidentielle. Fort heureusement, je n’ai pas attendu la vague, puisque ce n’est finalement pas le cas, et j’ai fait campagne sur le terrain. Mais j’ai encore l’espoir qu’on puisse emporter les élections législatives et avoir une majorité absolue à l’Assemblée nationale pour mettre en œuvre, derrière François Barouin, le programme qui a été défendu pendant la campagne présidentielle avec quelques aménagements, notamment envers les classes moyennes ou envers les Français les plus défavorisés.

Si vous remportez les législatives, qui va vous remplacer à la mairie des 6e/8e arr. ?

On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Par ailleurs, Jean-Claude Gaudin et moi sommes un peu superstitieux, comme beaucoup de responsables politiques, et donc nous déciderons tous les deux après les élections législatives. Il y a déjà beaucoup de gens de qualité dans l’équipe des élus des 6e et 8e arrondissements qui peuvent prétendre me succéder. C’est une discussion qu’on aura, le maire de Marseille et moi.

Vous ne pensez pas que ça rassurerait les électeurs de savoir dès maintenant qui vous remplacera si vous êtes élu député ?

De toute façon, quoi qu’il arrive, élu député, je ne déserterai pas le terrain car je considère que le terrain est ce qui est le plus important dans la vie politique. Comme je le disais, c’est parce qu’il y a des élus qui sont sur le terrain qu’on peut éviter cette défiance vis-à-vis des appareils politiques. Pour le choix du maire, le problème se posera le 19 juin si je gagne. Nous aurons le temps de réfléchir pour le résoudre.

 

L’après Gaudin se prépare aussi… Martine Vassal nous a annoncé à l’occasion d’un entretien sa candidature pour la prochaine présidence de la métropole, une annonce d’autant plus légitime qu’Emmanuel Macron, favori des sondages, envisage la suppression des départements dotés d’une grande métropole.

D’un autre côté, la plupart des observateurs politiques vous annoncent comme le successeur de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille en 2020, d’ailleurs lui-même s’est prononcé en faveur de votre succession à l’occasion des vœux. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je vais vous dire : j’ai été passionné par la politique à l’âge de 13 ans, en 1983, par fascination pour Jean-Claude Gaudin qui menait la campagne des élections municipales contre Gaston Defferre. J’ai été fasciné par son charisme, le combat de David contre Goliath puisque Defferre était maire de Marseille depuis 30 ans et ministre de l’Intérieur de François Mitterrand. Je suis entré en politique pour Jean-Claude Gaudin et mon ambition n’a été que de travailler avec lui. C’est mon mentor, mon maître, mon ami comme dit la chanson, et je ne suis absolument pas, pour ces raisons personnelles, pressé de la succession, au contraire.

En outre, Jean-Claude Gaudin, c’est un talisman pour gagner les élections car il a une capacité d’empathie naturelle, un charisme, une capacité à parler à tous les Marseillais quel que soit leur quartier, leur classe sociale, qui est unique dans la vie politique. Et ce sont des choses qui ne s’achètent pas ou ne s’apprennent pas. Donc le jour où on perdra le talisman, où Jean-Claude Gaudin ne sera plus notre candidat, ce sera difficile pour notre famille politique de gagner à Marseille sans lui.

Qu’est-ce qu’il faudra alors ?

Quand on aura perdu ce talisman, nous ne pourrons gagner, sans garantie toutefois, que si nous sommes tous unis. Ce n’est pas sûr de gagner si on est tous unis, mais c’est sûr de perdre si on n’est pas unis. Donc le moment venu, lorsque Jean-Claude Gaudin aura décidé d’arrêter, il faudra que nous décidions entre nous celui qui a le plus envie, celui qui a le plus de capacités, celui qui semble être le plus fait pour le job, si je puis dire, et tous les autres devront être avec lui, sans quoi la victoire serait impossible.

La loi sur le cumul des mandats conduira de toute façon chacun à faire des choix et se regarder soi-même. Je veux dire, c’est dur d’être maire de Marseille, d’abord c’est dur d’être élu et c’est dur d’exercer cette fonction, c’est un sacerdoce. Moi, je ne prétends pas avoir toutes les qualités, toutes les capacités pour y arriver. J’en ai sûrement certaines, mais je ne les ai sûrement pas toutes et je continue mon apprentissage. Est-ce qu’un jour je serai mûr ? Ce sera d’abord aux membres de ma famille politique de le dire et surtout aux Marseillais qui ont le dernier mot.

« J’ai l’habitude de dire que celui qui fait de la politique à Marseille et qui vous dirait les yeux dans les yeux qu’il ne rêve pas d’être maire de Marseille est un abominable menteur. »

Est-ce toutefois un poste que vous envisagez, peut-être pas pour 2020, mais pour après ?

J’ai l’habitude de dire que celui qui fait de la politique à Marseille et qui vous dirait les yeux dans les yeux qu’il ne rêve pas d’être maire de Marseille est un abominable menteur. Parce qu’évidemment, être maire de Marseille, c’est un rêve. Mais il y a souvent loin du rêve à la réalité.

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Yves Moraine entouré de Renaud Muselier, président délégué (LR) de la région PACA, et de Jean-Claude Gaudin, maire (LR) de Marseille.

Pour revenir sur le bilan de Jean-Claude Gaudin auquel vous allez peut-être succéder, avec le recul, si vous deviez nous donner trois projets positifs marquants de ces 20 dernières années, quels seraient-ils ?

Plutôt que trois projets, je veux vous citer trois réussites : la baisse du chômage. En 1995, le chômage à Marseille est à 23%, il est aujourd’hui à environ 13%-13,5% ce qui est une baisse substantielle. Plus important encore : la comparaison avec le reste du pays. Quand on est à 23% en 1995, on est à 10% en France ça veut dire que Marseille accuse un retard de 13 points sur le reste du territoire. Aujourd’hui, le pays doit être vers 11%-11,5%, donc on a plus que deux points de retard sur le reste du territoire. Donc en 20 ans, les municipalités Gaudin ont comblé le retard sur le reste du territoire en matière d’emploi.

Deuxième réussite : la reconquête urbaine qui va de l’Hôtel de Ville jusqu’à la Tour CMA CGM. Il y a 20 ans, c’était des friches, personne n’y allait. Aujourd’hui, le Fort Saint-Jean a rouvert, il y a eu le MuCEM, le J4, les Voûtes de la Major, la fondation Regard de Provence, les Terrasses du Port, le Silo, tous les immeubles d’Euroméditerranée, les Docks, la tour CMA-CGM…  Donc là où il n’y avait que des friches, il y a aujourd’hui la culture, le commerce, le logement, l’emploi, les bureaux, les entreprises. Il y a de la vie là où il n’y avait rien et cela continue avec la tour la Marseillaise qui est en train de monter par exemple.

Mais le secteur d’Euromediterranée avait été impulsé par le prédécesseur de Jean-Claude Gaudin, Robert Vigouroux (PS)…

Si on veut entrer dans cette polémique politicienne bidon, soyons précis. Rien n’avait été impulsé. Le décret créant Euroméditerranée date d’octobre ou novembre 1994, lorsque Robert Vigouroux est maire, Gaudin président de région qui est signataire en tant que tel, et Edouard Balladur, Premier ministre, qui le fait pour son ami Jean-Claude Gaudin car il est d’origine marseillaise.

Mais en juin 1995 (date d’entrée en fonction de Jean-Claude Gaudin en tant que maire de Marseille, ndlr), il n’y avait pas un brin de rien du tout. Il y avait le décret, mais il n’y avait rien de fait. Tout ce qui a été fait, l’a été sous les municipalités Gaudin. Et d’ailleurs tout n’est pas Euroméditeranée : le MuCEM, l’ouverture du Fort Saint-Jean, la Tour CMA-CGM, les Terrasses du Port… Et ainsi de suite. Donc je crois que la polémique politicienne que certains ont essayé d’initier n’est pas justifiée.

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« L’une des réussites des municipalités Gaudin, c’est l’essor du tourisme. Le Vieux-Port, le soleil, la bouillabaisse et l’âme de cette ville existent depuis 26 siècles et, pourtant, il n’y avait pas ou très peu de tourisme avant 1995. »

Et la troisième réussite ?

C’est le formidable essor du tourisme à Marseille. Pour les yeux marseillais, c’est ce qui a le plus changé peut-être dans cette ville. Le Vieux-Port, le soleil, la bouillabaisse et l’âme de cette ville existent depuis 26 siècles et, pourtant, il n’y avait pas ou très peu de tourisme avant 1995. Donc, l’essor du tourisme est le véritable fruit d’une politique volontariste en la matière qui est passé notamment par le développement de la croisière – 80 000 croisiéristes en 1995 pour près d’un million aujourd’hui – le développement de l’offre hôtelière avec par exemple la formidable réussite de l’hôtel Intercontinental, des investissements très puissants qui ont été faits sur le centre-ville même si celui-ci souffre encore.

Marseille est devenue aujourd’hui une vraie capitale pour tous les touristes : de séjour, de loisir, des congrès. Les événements internationaux ont permis de valoriser l’image de la ville de Marseille comme par exemple la Coupe du Monde 1998, l’Euro 2016, la Coupe du Monde de rugby, Marseille Capitale de la Culture en 2013 et du Sport en 2017.

Voilà les trois réussites principales mais je pourrais en citer d’autres : la requalification complète du quartier du Stade Vélodrome, la création du parc du 26e centenaire, du Parc national des Calanques et tant d’autres choses…

Et en termes de projets ? Nous aimerions votre vision sur des projets que, vous, vous voyez comme positifs…

Je dirais Marseille Capitale Européenne de la Culture en 2013, parce que, d’abord ça a attiré beaucoup de monde à Marseille, et ça a participé du changement d’image de Marseille. On parlait alors de la « movida » marseillaise et c’est mieux de parler de ça que des kalachnikovs. Et c’est quelque chose auquel personne ne croyait. La réussite a été sur le fait que, d’abord, on a été choisi face à quatre autres grandes villes françaises, et ensuite l’année a été une réussite et a laissé des choses ici comme le MuCEM par exemple qui est une réussite architecturale, cet objet monde dont Marseille avait besoin pour marquer son renouveau d’une signature urbaine forte.

Ensuite la reconfiguration complète du quartier du Stade Vélodrome. On a réussi non seulement la rénovation du Stade Vélodrome, qui est aujourd’hui merveilleux tant sur le plan architectural que sur le plan de l’utilisation, mais aussi la revivification de tout un quartier avec deux hôtels, des résidences seniors et étudiantes, des bureaux, des logements, une clinique de sport et tout un quartier qui a été magnifiquement rénové.

Enfin la magnifique rénovation de l’Hôtel Dieu qui est devenu l’Intercontinental. Là aussi je me rappelle que nos adversaires s’y opposaient violemment et considèrent aujourd’hui que c’est une réussite.

L'Hôtel-Dieu
L’Hôtel-Dieu

Il faut que le centre-ville de Marseille mute vers des activités plus ludiques, plus culturelles, plus festives, plus artisanales, du coworking… C’est en train de se faire. Il y a des difficultés mais l’espoir est tout à fait permis.

Et, à l’inverse trois erreurs ou projets qui ont impacté négativement le territoire et que vous regrettez ? Certains observateurs vous accusent par exemple, l’absence d’une politique forte pour dynamiser le centre-ville.

Là, je ne suis pas d’accord car il y a eu une très forte politique de dynamisation du centre-ville, avec un investissement public extrêmement important : les travaux de semi-piétonisation du Vieux-Port, le tramway sur la Canebière et la rue de Rome, la bibliothèque de l’Alcazar, la faculté de droit sur la Canebière, le commissariat de police sur la Canebière, la semi-piétonisation des rues Grignan, Sainte, Davso, les travaux rue de Rome et Saint-Ferréol, les travaux rue Paradis qui ont démarré depuis quelques semaines… Il y a un effort extraordinairement important.

Après, qu’il y ait des difficultés dans le commerce de centre-ville c’est une réalité qui échappe complètement à la puissance et au pouvoir de la ville de Marseille. Le commerce dans les centres villes, partout en France et en Europe, vit une mutation qui n’est pas liée à la création des centres commerciaux, qui sont apparus dans les années 1960, mais qui est liée notamment au développement du commerce sur internet et à la crise économique.

Donc les centres villes connaissent une mutation qui crée des difficultés, des tiraillements aux coutures. Il faut que le centre-ville de Marseille mute vers des activités plus ludiques, plus culturelles, plus festives, plus artisanales, du coworking, des choses comme cela. C’est en train de se faire. Il y a des difficultés mais l’espoir est tout à fait permis. Donc non, je ne vois pas d’échec de la municipalité dans la gestion du centre-ville.

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Vous parlez du tramway. Est-ce que ce n’était pas une erreur ce doublement du métro avec le parcours du tramway justement, comme le reprochent souvent les habitants ?

C’est tout sauf une erreur ! D’abord, la chanson du doublon est une rengaine frelatée et inexacte. Deuxièmement, il y a des gens qui prennent le tramway qui ne prendront jamais le métro de leur vie. Il n’y a qu’à voir la formidable réussite commerciale de la ligne de tramway de la rue de Rome qui a connu un succès immédiat contre tous ceux qui nous disaient qu’il ne fallait pas le faire.

Et on ne peut pas nous accuser, à la fois, de ne pas nous occuper du centre-ville et d’avoir fait le tramway dans le centre-ville ! Car le tramway dans le centre-ville participe justement à cette requalification urbaine qui permet de donner un peu moins de place à la voiture et de pouvoir bénéficier d’un transport ludique, facile, simple, écologique qui plaît aux gens qui aiment fréquenter les centres villes.

Pour revenir sur la situation commerciale, quel est votre sentiment sur la recrudescence des projets de centres commerciaux partout dans Marseille et près du centre-ville ? 

Les centres commerciaux, c’est vrai que ça a été un choix difficile. Dans le premier mandat, Jean-Claude Gaudin avait refusé ces centres commerciaux et on s’est aperçu que les Marseillais dépensaient près d’un milliard d’euros à l’extérieur et qu’ils continueraient à les dépenser. Donc, il valait mieux créer des centres commerciaux à Marseille pour que les Marseille dépensent à Marseille et que les opérateurs commerciaux payent des taxes et embauchent à Marseille.

Donc, ça a été la création des Terrasses du Port, qui en plus a participé de la reconquête urbaine et à l’attrait des touristes et des croisiéristes qui apprécient de trouver un centre commercial à proximité. C’était un choix assumé qui n’était pas un mauvais choix. Encore une fois, ce ne sont pas les centres commerciaux qui tuent le petit commerce, car ils existent depuis les années 1960 et ils ne l’ont pas tué.

Votre sentiment sur le Partenariat Public Privé (PPP) du stade Orange Vélodrome qui a fait exploser le coût initial du projet du simple au double ?

Ce PPP n’est pas un échec et au contraire, c’est un exemple. Le coût du projet n’a pas augmenté d’un brin puisque, justement, le principe du PPP est de signer un contrat et qu’ensuite il n’y a d’augmentation. Ce PPP a d’ailleurs été copié par de nombreuses autres villes qui ont, elles, eu des difficultés sur leur PPP y compris avec la justice, ce qui n’a pas été le cas de la ville de Marseille.

D’ailleurs si vous rapportez le coût de la place à Marseille à celui d’autres stades qui ont été créés, par exemple à Lille ou Lyon, vous verrez que ça a coûté beaucoup moins cher. À Lyon, ils ont carrément réussi l’exploit de payer l’enceinte sur fonds privés, mais comme c’est à l’extérieur de la ville, il a fallu créer des accès et cela a coûté 200 millions d’euros de fonds publics. Donc Marseille n’a absolument pas à rougir de son PPP sur le stade Vélodrome.

L’inauguration de l’Orange Vélodrome en images
L’inauguration de l’Orange Vélodrome en images

Je pense qu’il n’y a pas de clivage quartier nord/quartier sud […] Je crois que la différence est entre les cités et le reste de la ville.

Pensez-vous que les années « Gaudin » ont accentué le clivage entre quartiers nord et quartiers sud ?

C’est une discussion intéressante sur le fond. Moi je pense qu’il n’y a pas de clivage quartier nord/quartier sud, mais je veux préciser ma réponse pour que ce ne soit pas aussi abrupt que ça. Je pense d’abord que, dans toutes les villes du monde, à partir de 3 000 habitants, il y a des quartiers plus favorisés que d’autres. À Paris, Lyon, New York, Montréal, Berlin, Madrid, Barcelone, Nice, Toulouse ou Montpellier, pour des villes plus proches aussi, partout, il y a des quartiers qui sont plus favorisés que d’autres, qui fonctionnent mieux. C’est partout pareil et Marseille n’échappe pas à ce constat.

Est-ce qu’ici, la différence est entre quartiers sud et quartiers nord ? Je ne crois pas. Je crois que la différence est entre les cités et le reste de la ville. Il se trouve que sur les 13 cités marseillaises, 11 sont dans les quartiers nord. Mais c’est la problématique historique de Marseille qui fait que les cités sont à l’intérieur des frontières de la ville. Et les cités marseillaises souffrent très exactement des mêmes problèmes que les cités de Vénissieux, de Seine-Saint-Denis, etc. Ce sont les mêmes problématiques qui relèvent essentiellement du pouvoir de lutte de l’État qui, de droite comme de gauche, n’a pas trouvé de solutions pour améliorer nettement et durablement la situation.

Mais on ne peut pas réduire les quartiers nord à la pauvreté ou aux problématiques des cités, car il y a de nombreux endroits dans les quartiers dits « nord » où les choses fonctionnement parfaitement bien. On peut citer, l’Estaque, un certain nombre de quartiers du 13e arrondissement voire même du 14e, les petits villages du 16e comme Saint-Louis ou les Crottes. Voilà ma vision. Je ne veux pas être aussi brutal que ceux qui disent qu’il y a la fracture en disant qu’il n’y en a pas, mais je pense que c’est à cette aune-là qu’il faut l’analyser.

Il y a quand même bien des projets négatifs en 20 ans de mandature…

Des choses qui n’auraient pas marché ? Bien sûr, il y a toujours des choses qui marchent plus ou moins bien. Par exemple, il y a une idée absolument formidable mais qui ne fonctionne pas pour l’instant, mais je ne désespère pas qu’elle fonctionne à l’avenir, c’est le Mémorial de la Marseillaise. C’est une magnifique idée et réalisation et qui correspond, au fond de moi, à la nécessité de partager ensemble le roman national et ici le roman local de la naissance de la Marseillaise. C’est très réussi en termes techniques et pour autant ça ne rencontre pas le succès public. Pourquoi ? Je ne sais pas, c’est un constat.

Mais je n’ai pas trois échecs, des choses qui dépendent uniquement de nous et qui auraient échoué, je n’en vois pas tellement…

Merci Yves Moraine !

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