[Reportage] Quel avenir pour les commerces du centre-ville de Marseille ?

Quel avenir pour le commerce en centre-ville ?

Le centre-ville de Marseille rencontre depuis quelques années une période assez difficile sur le plan commercial. Baisse de la fréquentation, commerces aux aboies… Un constat assez paradoxal avec le doublement du nombre de touristes qui fréquentent le centre-ville depuis trois ans et une augmentation considérable du chiffre d’affaires.

Quels sont alors les solutions et projets envisagés par la mairie, mais aussi par les commerçants qui travaillent dans le centre-ville de Marseille ?

Qui n’a jamais prononcé ou entendu cette phrase : « je descends en ville » ? A Marseille, le centre-ville c’est un peu le repère de tous. Chacun y a ses petites habitudes, ses souvenirs, son attachement. Le centre-ville, c’est la Canebière, la rue St Fé, la rue de Rome, la rue Paradis et bien d’autres.

Malheureusement, ces dernières années, la santé financière de certains commerces devient de plus en plus critique. Plusieurs raisons sont évoquées et reviennent régulièrement dans les médias : l’ouverture récente de plusieurs grands centres commerciaux aux portes du centre – Les Terrasses du Port, les Docks, l’extension de la Valentine, la rénovation du Centre Bourse, la rénovation de Bonneveine – mais aussi la qualité parfois douteuse des espaces publics.

Les centres commerciaux marseillais en chiffres en et images

Une situation préoccupante qui peut être solutionnée

La mairie de Marseille, souvent accablée par ses habitants pour avoir voulu construire trop de centres commerciaux dans un délai très restreint fait aujourd’hui machine arrière, avec une volonté affichée : reconquérir le commerce en centre-ville. C’est un enjeu vital pour Marseille, à la fois pour la survie du coeur de la métropole mais aussi pour être à la hauteur de l’ambition touristique.

« Il y a un malaise dans le centre ville. Nous sommes la deuxième ville de France dans une région porteuse comme la Provence. Il n’est pas normal que Marseille ne soit pas la capitale du commerce » déplore Arnaud Pellegrin, pdg de la célèbre enseigne Pellegrin présente à Marseille depuis 1840.

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Pointés du doigt : le manque de propreté, de sécurité et l’état de la voirie. Les efforts entrepris par les collectivités concernant ces sujets ne semblent pourtant pas suffisants. «Il faut une vraie dynamique générale, une réflexion globale et rapide entre la Métropole et la mairie. Elles font des choses mais d’un côté de la ville, puis d’un autre… » souligne Guillaume Sicard, président de la Fédération Marseille Centre. « Regardez Noailles ! C’est le vrai melting pot marseillais… Les touristes en recherche d’authenticité doivent pouvoir aller dans ce quartier. Mais il faut absolument que la propreté et la voirie soient prises à bras le corps ».

Travaillant conjointement avec Solange Biaggi, adjointe au maire déléguée au Commerce, à l’Artisanat et aux Professions libérales, Arnaud Pellegrin ou encore Guillaume Sicard, sont tous deux d’accord quant à l’urgence de la situation. « Il faut que les choses bougent véritablement avant l’ouverture du centre commercial du stade Vélodrome. Sinon, je nous donne deux ans… » s’inquiète Arnaud Pellegrin.

Le projet vu de l'intérieur © Benoy / Didier Rogeon Architecte
Le projet vu de l’intérieur © Benoy / Didier Rogeon Architecte

Entre 2006 et 2014, le chiffre d’affaires est passé de 450 à 750 millions d’euros

Côté mairie, le constat de la situation commerciale du centre-ville se veut plus tempéré. « Depuis l’année 2015, nous avons constaté que 50 commerces avaient ouvert dans le centre ville. Nous sommes conscients que la situation est difficile. Mais, il ne faut pas toujours montrer du doigt les commerces qui ferment. Nous avons par exemple l’ouverture d’un grand H&M à la place du Virgin, l’ouverture du Petit St Louis, l’hôtel C2, d’une deuxième boutique de la Maison Empereur » souligne Solange Biaggi,.

« Entre 2006 et 2014, le chiffre d’affaires est passé de 450 à 750 millions d’euros. Nous faisons tout pour ramener en ville, les Marseillais et autres consommateurs qui partaient à Aix ou Plan de Campagne pour faire leur shopping ». Les projets de rénovation et de ravalement de façades sont également prioritaires. « Nous voulons revaloriser nos immeubles, ravaler les façades, agrandir les appartements pour faire revenir les populations car il y a de la demande. Nous allons nous attaquer à la rue Paradis, la rue de Rome, la rue Saint Ferréol ».

Curieusement, si l’ouverture des gros centres commerciaux a eu une certaine influence sur le commerce du centre ville, ils ne sont pas pour autant désignés comme responsables. « Nous avons fait les Terrasses du Port pour attirer de la clientèle mais aussi pour faire revenir ceux qui partaient en dehors de Marseille. Ce que nous voulons c’est faire un grand centre-ville en adéquation avec la Métropole qui irait du noyau du centre, jusqu’à la Joliette, Capitaine Gèze et le Prado » indique l’adjointe au maire.

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Arnaud Pellegrin ne pointe pas non plus du doigt ces gros centres commerciaux car lui-même a ouvert une de ses boutiques aux Terrasses du Port.

«  Les Terrasses du Port sont un bon projet. C’est un acte de foi. Il y a eu des investisseurs étrangers pour ces centres commerciaux, pourquoi pas dans le centre ? De grandes enseignes de luxe comme Nespresso, Hermès sont dans le centre ville et n’iront jamais dans ces centres commerciaux ! En revanche, il nous faut un vrai positionnement haut de gamme dans le centre-ville. Surtout avec la Métropole, il faut créer la demande, attirer les investisseurs et faire monter les enchères ! Je reste quand même confiant » précise-t-il.

« Il faut sans arrêt repenser l’offre »

Pour Guillaume Sicard, il faut également savoir s’adapter à une nouvelle situation. « Marseille est une ville monde ! Nous avons de l’or entre les mains, à nous aussi de dépoussiérer tout ça. Nous avons la chance d’avoir un centre commercial à ciel ouvert. Il faut en tirer tous les avantages et aussi savoir se remettre en question ».

Le mode de consommation, à l’échelle nationale, a changé avec l’arrivée d’internet. « Aujourd’hui, un commerçant doit être vendeur, acheteur, community manager et avoir un vrai site internet. L’offre doit être constamment repensée ». Et c’est ce qu’il a fait.  Le créateur de Marseille en vacances s’est doté d’un triporteur bleu et sillonne les rues de la ville.

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« En faisant cela, nous ne voulons pas sortir du centre-ville mais c’est avant tout une façon de nous adapter et de faire connaître notre commerce. Nous avons également su répondre à une demande fréquente. Désormais, nous imprimons directement, à la demande, des phrases, expressions d’ici sur des produits ».

Dans cette même dynamique, Guillaume Sicard tient à souligner que Toinou, vraie institution depuis 50 ans pour les coquillages et crustacés, a su repenser son offre et augmenter son chiffre d’affaire de 30%.

Sans minimiser la difficulté de la situation mais aussi le rôle déterminant que la mairie doit jouer, pour le Président de la Fédération Marseille Centre, les commerces doivent également savoir s’adapter à la situation, faire de jolies vitrines, repenser l’offre.

« Il faut mettre d’urgence un plan d’action pour redresser la situation. Nous allons mettre en place un guichet unique pour les locaux vacants. Il faut tous les répertorier et discuter avec les propriétaires des fonciers pour faire baisser les prix. Pourquoi ne pas faire venir des cabinets d’architectes pour donner de la vie aux rues, redynamiser la consommation, redonner le goût du shopping de plaisir ? Il faut tout envisager et tout faire pour que les rideaux restent ouverts ! ».

« Le centre ville de Marseille a besoin d’une vraie identité »

Un autre élément est soulevé et reste une vraie piste pour le futur : trouver une identité pour le centre-ville. « Il faut absolument que le centre-ville de Marseille ait une vraie identité. Pourquoi pas un code couleur, des décorations rue St Ferréol, de la végétalisation, du mobilier urbain ? Travaillons avec des urbanistes pour redynamiser notre centre-ville. Marseille va être Capitale européenne du Sport en 2017, après elle accueillera peut être les Jeux Olympiques de 2024. Tout bouge et il faut que ça suive dans le centre ! » explique Arnaud Pellegrin.

Etant l’instigateur de la semi-piétonnisation de la rue Davso, il est bien conscient de l’importance que cela joue sur la consommation. « Nous avons enlevé une trentaine de places de stationnement. C’est vital pour donner un nouveau visage à cette rue, à la ville. Il y a moins de pollution, c’est bien plus agréable pour s’y balader et donner envie aux personnes de faire du lèche-vitrine et consommer. Maintenant, l’urgence c’est la rue Paradis. Il faut absolument agrandir les trottoirs. Pour y marcher, c’est impossible ! On traverse cette rue, on a pas envie d’y rester » ajoute-t-il. Ca tombe bien, la rue Paradis est le prochain chantier de la Métropole, comme l’explique plus haut Solange Biaggi mais aussi la maire de secteur Sabine Bernasconi ici.

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Des solutions pour les prochaines années

Parmi les pistes évoquées pour améliorer le confort des clients dans le centre-ville, quelques une se détachent comme la semi-piétonnisation de certaines rues structurantes qui permettra d’élargir les trottoirs et diminuer le trafic automobile, la mise en place de plantes pour rendre plus agréable la promenade en ville, la « spécialisation » de certains axes pour rendre l’offre plus claire : le luxe autour des rues Paradis – Grignan, le prêt à porter quotidien sur la rue Saint Ferréol, le bon marché rue de Rome, les restaurants rues Sainte – Davso – Axo, pourquoi pas les créateurs rue de la République, etc.

« Je suis en contact régulier avec Monique Cordier qui fait tout pour redonner de la couleur et de l’attractivité à nos rues. Nous souhaitons mettre de grands pots de fleurs et des arbres pour donner un côté plus agréable, un peu comme c’est le cas derrière la mairie. Et qu’on ne nous parle pas de coût et de temps d’entretien. Aujourd’hui, on fait des plantes qui s’auto-gèrent ! » explique Solange Biaggi (Ndlr : Monique Cordier est adjointe au maire aux Espaces Naturels, Parcs et Jardins).

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Des pots de fleurs ont été installés rue Saint Ferréol en fin de semaine dernière © Mathieu Grapeloup

De plus, pour Arnaud Pellegrin, le manque de restaurant fait défaut dans le centre-ville «  Nous avons des cabinets d’avocat, des professions libérales dans le centre, mais après ? Où vont-ils pour déjeuner ? Nous n’avons rien. Je pense à la rue d’Axo qui pourrait devenir la rue des restaurants avec une réelle identité méditerranéenne, latine, des tables en terrasses… »

Que ce soit du côté des commerçants ou de la mairie, les idées ne manquent donc pas pour redresser la situation. Reste maintenant à savoir comment tout cela va s’articuler pour redonner envie aux Marseillais de se réapproprier leur centre-ville, mais aussi et c’est primordial, attirer de plus en plus de touristes, car avec les changements d’habitudes des habitants qui consomment beaucoup plus sur internet qu’il y a quelques années, nul de doute que le tourisme sera la solution pour faire rayonner ce centre.

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  1. […] Made in Marseille vous en parlait il y a un mois à l’occasion d’une analyse approfond…, les professionnels du centre-ville se questionnent sur leur avenir. Face à l’ouverture de nouveaux centres commerciaux toujours plus modernes et attrayants et au développement de la vente sur internet, les commerces du centre-ville cherchent de nouveaux atouts. […]

  2. […] Made in Marseille vous en parlait il y a un mois à l’occasion d’une analyse approfondie, les professionnels du centre-ville se questionnent sur leur avenir. Face à l’ouverture de nouveaux centres commerciaux toujours plus modernes et attrayants et au développement de la vente sur internet qui font déserter les clients, les commerçants du centre-ville cherchent de nouveaux atouts. […]

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