Depuis 2019, les trottinettes électriques en libre-service font partie du paysage marseillais et suscitent de nombreuses critiques. Suppression, régulation ou poursuite du service, les candidats aux municipales se positionnent.
Elles sont arrivées du jour au lendemain, en 2019, à Marseille. Le maire de l’époque, Jean-Claude Gaudin, a autorisé les opérateurs privés à occuper l’espace public pour y déployer leurs trottinettes électriques en libre-service. Dans une ville où l’offre de transports est toujours sous dotée, une partie de la population s’est ruée sur ces engins à roulettes, et les sociétés privées se battent pour accéder à ce marché toujours croissant.
Environnement, nuisance et sécurité
Avec un tel succès, les 3 000 trottinettes électriques en circulation semblent répondre à un besoin. Mais elles n’échappent pas aux critiques. D’abord sur leur nuisance dans l’espace public. Malgré de nettes améliorations, elles débordent régulièrement hors des zones de stationnement, sur les trottoirs ou la chaussée.
Chaque année, les associations environnementales en repêchent par centaines dans la mer et pointent « un désastre environnemental ». Les batteries en lithium-ion, « toxiques et chargées en métaux lourds », pourraient polluer « jusqu’à 10 millions de litres d’eau », estime 1 déchet par jour.
Enfin, l’accidentologie et la sécurité interrogent. Les utilisateurs, peu visibles, se faufilent sans casque ni protection dans la circulation. Décès, amputation, membres cassés, organes internes touchés… Des cas graves surviennent malgré des statistiques difficiles à se procurer. Selon des médecins urgentistes marseillais : « quand on nous annonce un accident de trottinette, on sait que ça va être grave ».
Après avoir renouvelé les trottinettes, Benoît Payan veut les exclure en 2027
Depuis 2020, la municipalité Printemps marseillais tente d’améliorer la situation en revoyant régulièrement le cahier des charges. Mais renouvelle les marchés, comme il y a quelques mois, jusqu’en octobre 2027, arguant « une compensation des transports en commun qui ne sont pas au niveau [compétence de la Métropole et non de la Ville]. Les chiffres édifiants d’usagers et d’abonnés montrent que ce système fonctionne et rencontre un vrai public », nous répondait alors Marie Batoux, adjointe au maire en charge de la mobilité.
Sauf qu’en pleine campagne électorale, le maire-candidat Benoît Payan semble avoir revu la position de son adjointe. Avec une annonce inattendue en janvier : le départ des trottinettes en libre-service à la fin du contrat des opérateurs, en octobre 2027.
« Si les opérateurs avaient fait ce que je leur avais demandé [avec des mesures sur les différents problèmes, Ndlr] on n’en serait pas là », nous répond-il lors de notre grande interview. Et ce, même s’il reconnaît, égratignant au passage la Métropole dirigée par son adversaire Martine Vassal (divers droite), que « dans une ville sous-dotée en transports publics, la trottinette fait partie des solutions ». Il préfèrerait compenser avec l’augmentation de la flotte de vélos en libre-service métropolitaine.
Martine Vassal veut poursuivre en sévissant, Delogu les réduire
Les candidats se positionnent sur les trottinettes, devenu sujet de campagne. La présidente de la Métropole Martine Vassal a réagi dans notre interview exclusive. Elle souhaite poursuivre ce service. « Comme [Benoît Payan] n’est pas capable de les réguler, il veut les interdire. Mais, il faut verbaliser. Si vous avez une trottinette et que vous n’utilisez pas les couloirs dédiés, que vous roulez sur les trottoirs et que vous n’avez pas un casque sur la tête, il faut vous verbaliser. Et laisser les gens qui ont envie d’utiliser les trottinettes ». La candidate estime que les moyens technologiques peuvent empêcher ou verbaliser plus sévèrement les mauvais usagers.
Le candidat LFI Sébastien Delogu semble se situer au milieu. « On va essayer de développer plus de vélos et moins de trottinettes. Mais je sais très bien que ça arrange beaucoup de monde, ces trottinettes. Et je ne veux pas non plus me mettre des gens à dos », nous répond-il. Il insiste toutefois : « Les trottinettes doivent être bien régulées. Je ne peux pas accepter qu’elles soient jetées dans la mer et qu’elles polluent ».
Franck Allisio et Erwan Davoux prônent un référendum
Pour Erwan Davoux, candidat sans étiquette aux côtés de Nora Preziosi, il faut un référendum municipal sur la question. « Parce que je vois bien qu’il y a des problèmes de sécurité. Mais je vois bien aussi qu’il y a un problème dans les mobilités à Marseille. Donc j’aimerais que ce soit les Marseillais qui tranchent ».
La tête de liste du Rassemblement national, Franck Allisio, va dans son sens. « Les trottinettes finissent bien souvent dans le Vieux-Port ou dans des endroits improbables à Marseille. Mais elles sont utiles pour beaucoup de personnes notamment les jeunes. Ça ne mérite pas une interdiction pure et simple, il faut un référendum sur l’utilisation ».
Enfin, Rémy Bazzali, tête de liste pour Lutte ouvrière, n’a pas souhaité s’attarder sur des mesures précises, souhaitant défendre avant tout la cause des travailleurs contre le système capitaliste. Avec son approche, la mobilité ne doit probablement pas être déléguée à des sociétés privées.

