Pour cette première interview des candidats au municipales à Marseille, entretien avec Rémy Bazzali, tête de liste pour Lutte ouvrière avec Isabelle Bonnet. Pour ces militants, il s’agit avant tout de porter la voix des travailleurs face au système capitaliste.
Lutte ouvrière, le parti politique français trotskiste classé à l’extrême gauche, présente une liste à Marseille pour les municipales 2026. Et c’est la première fois depuis 1977. « On a toujours présenté des listes dans les secteurs. La réforme du mode de scrutin nous permet de présenter une liste pour le mairie centrale », explique Rémy Bazzali.
L’ouvrier aéronautique chez Airbus Helicopters figure en tête de la liste Lutte Ouvrière, avec Isabelle Bonnet, enseignante au Lycée pro Camille Jullian (11e). Le binôme nous reçoit en haut de la Canebière, dans le bistrot chez Léon, ce mardi 27 janvier, après le travail.
Pour la mairie centrale comme pour les trois listes de secteurs où ils se présentent (2-3, 13-14 et 15-16) « nos listes sont uniquement composées de travailleuses et des travailleurs, en activité ou non (sans emploi ou retraités compris, Ndlr). On y tient », insiste-t-il.
Logement, écoles, insécurité : « les conséquences d’un système global »
En effet, la condition des travailleurs et le système capitaliste demeurent le nerf de la campagne de Lutte ouvrière à Marseille. C’est à travers ce prisme politique qu’ils abordent les municipales. Du logement aux écoles en passant par la sécurité, il ne faut pas s’attendre à un programme local contrairement aux autres candidats. Les problématiques « sont les conséquences d’un système global », appuie Rémy Bazzali.
« On ne revendique pas de programme local », assume Isabelle Bonnet. « Même sur l’éducation, le bâti scolaire est sous responsabilité du maire, mais il n’y a pas de solution à l’échelle locale pour résoudre le manque de profs, des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), des médecins scolaires, de la souffrance psychologique des jeunes ».
Et si la redynamisation du centre-ville fait parler les autres candidats, principalement via des projets d’urbanisme et de sécurité, ce n’est pas la démarche de Rémy Bazzali. « S’il y a autant de misère dans les rues du centre de Marseille, c’est que les travailleurs sont payés au lance-pierre, que le travail est mal réparti dans une logique de profits. Ce sont les conséquences du système capitaliste, qu’il faut changer. Et ce changement de société passera par la lutte et l’émancipation des travailleurs, plus que par un conseil municipal ».
Même son de cloche pour l’insécurité, thématique qui prend une grande place dans la campagne marseillaise. L’ouvrier aéronautique dénonce « ceux qui disent que plus de caméras, plus de policiers, plus de répression ou saturer les prisons allait résoudre l’insécurité. Nous on dit que la première cause de l’insécurité, c’est l’insécurité sociale. L’absence de perspective, le chômage, la misère : c’est ça le terreau de la criminalité, et des idées racistes qui servent à diviser les travailleurs et servir l’intérêt des patrons qui font leur beurre pendant ce temps ».
« Être le point d’appui pour la lutte des travailleurs » à la mairie
Voilà qui résume l’angle d’attaque de Lutte ouvrière pour ces élections. Toutefois, « on se présente aussi pour avoir des élus », assure la tête de liste. « Mais pas pour raconter des histoires, qu’on va faire le bonheur des gens et désendetter la Ville. Ce sont des problèmes systémiques, pas de choix de gestion ».
Alors quel serait le rôle d’élus municipaux de Lutte ouvrière ? « Être le point d’appui pour la lutte des travailleurs. Répercuter et organiser ces luttes dans l’hémicycle municipal. Comme dans un autre hémicycle ou dans une usine. Ce sera ça notre rôle ».
Et si les militants n’imaginent pas que cette élection renversera le système, « on veut aussi utiliser le moment d’une campagne pour parler plus largement que d’habitude de la cause des travailleurs, locale, nationale, internationale. Cette politique, on la défend dans le cadre des élections, et tout le temps en dehors. On la défend car on y croit. Et les solutions passeront par les luttes du monde du travail, le combat collectif et la lutte des classes ».
Lutte Ouvrière présentera également des listes pour les élections des mairies de trois secteurs. Isabelle Bonnet et Victore Léon se lancent dans les 2e-3e. Frédéric Gourc et Danièle Pécout dans les 13e-14e. Enfin, François Roche et Annabel Ros dans les 15e-16e.