Réunis à Marseille pour un échange avec la presse, les responsables de Klépierre ont détaillé la stratégie engagée sur trois sites majeurs du paysage commercial local : le Centre Bourse, Prado Shopping et Grand Littoral.

Autour de la table : Antoine d’Halloy, directeur régional de Klépierre, Agnès Panetta, directrice de Bourse et Prado Shopping, et François de Bonnières, directeur de Grand Littoral. Leur ligne commune : adapter les centres aux usages d’aujourd’hui, sans céder au « tout discount », en misant sur la diversité commerciale, les services, les loisirs et la sécurité.

L’épineuse question des Galeries Lafayette

Au Centre Bourse, le départ des Galeries Lafayette continue de susciter des interrogations. Le site présente une configuration particulière : six propriétaires se partagent l’ensemble. Citynove pour les anciennes Galeries, Klépierre, le musée d’Histoire, l’hôtel Mercure, Indigo pour le parking et le World Trade Center. Une copropriété complexe, dont la présidence du syndic est assurée par Agnès Panetta.

Cette organisation impose un dialogue permanent entre les acteurs pour toute évolution du site. « Le Centre Bourse n’est pas un centre commercial classique, c’est un îlot urbain intégré au centre-ville », rappelle la directrice.

Pour Klépierre, la priorité est de préserver le rôle du site comme pôle commercial de proximité, en lien avec les rues commerçantes alentours, tout en maintenant un flux constant de visiteurs grâce à son accessibilité très centrale (métro, tramway, bus, piétons).

« Il ne s’agit pas de discount, mais de répondre à un besoin de pouvoir d’achat »

L’arrivée d’enseignes à prix accessibles alimente parfois le procès en « tout-discount ». Une lecture que réfutent les dirigeants. « Il ne s’agit pas de discount, mais de répondre à un besoin de pouvoir d’achat », se défend Antoine d’Halloy. Cette ligne se traduit aussi par des refus : l’enseigne d’ultra fast fashion Shein, par exemple, n’avait pas été retenue pour y installer une boutique éphémère.

Au Centre Bourse, l’enseigne néerlandaise Action ouvrira fin mars 2026 sur 1 300 m², après la fusion de cinq cellules. Parallèlement, Lidl va s’agrandir de 300 m² pour atteindre, lui aussi, 1 300 m².

« Ces formats sont aujourd’hui très demandés. Notre force est de pouvoir réunifier des cellules pour créer de grandes surfaces attractives, qui génèrent du flux, mais l’objectif est surtout de faire circuler le client dans toute la galerie », explique Agnès Panetta, qui souligne le travail mené avec le service commerce de la Ville de Marseille.

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Le discounteur néerlandaise Action, en travaux, ouvrira ses portes d’ici quelques semaines.

Les chiffres clés

• Grand Littoral : 100 000 m² de surface commerciale, environ 2 000 emplois, 10 millions de visiteurs par an
• Centre Bourse : 50 000 m², une cinquantaine d’enseignes, 300 à 400 salariés, 6,5 millions de visiteurs annuels
• Prado Shopping : 30 000 m², 32 enseignes, 300 à 400 salariés, 4 millions de visiteurs par an

Réinventer les usages pour faire rester le client

La transformation engagée par Klépierre repose sur un constat partagé : le modèle du centre commercial exclusivement dédié au prêt-à-porter est révolu. « Aujourd’hui, le client ne vient plus seulement acheter. Il vient passer du temps, vivre une expérience », résume Antoine d’Halloy. En moyenne, un visiteur reste environ une heure dans un centre commercial. L’enjeu est donc d’allonger cette durée.

Cette stratégie passe par une diversification des fonctions : restauration, loisirs, services du quotidien, commerces éphémères, mais aussi par des actions sociales et culturelles. « Marseille est une ville cosmopolite qui a besoin de diversité dans ses commerces », insiste le directeur régional, qui défend une adaptation fine à chaque territoire.

Au Prado Shopping, cette mixité se traduit par un repositionnement opéré depuis 2024. Initialement pensé comme un centre à dominante premium, le site a élargi son offre pour intégrer davantage d’enseignes lifestyle, internationales, nationales et locales.

Douze nouvelles enseignes ont ouvert depuis 2024, parmi lesquelles le retour de Zara Home à Marseille ou l’installation de Grand Frais dans un format inédit pour un centre commercial urbain. Côté restauration et loisirs, l’ouverture prochaine d’Ephemera, restaurant immersif déjà testé avec succès à Montpellier, doit renforcer l’attractivité du site et inciter les visiteurs à prolonger leur passage.

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À Grand Littoral, la mixité des usages prend une dimension plus fonctionnelle. Outre l’arrivée annoncée au printemps de Royal Buffet, « le plus grand restaurant de Marseille », le centre développe un véritable pôle de services à destination des habitants des quartiers Nord. Après l’installation de l’Assurance maladie, une première à Marseille dans un centre commercial, et la présence d’une pharmacie, un projet de cabinet médical est en cours. Il doit permettre la création d’un pôle santé complet, regroupant médecins et professionnels de santé, sous réserve des autorisations de l’Agence régionale de santé (ARS).

« L’objectif est de faciliter l’accès aux soins, avec un site facilement accessible, du stationnement et des horaires élargis », explique François de Bonnières. Pour la direction, ce pôle répond à un besoin réel du territoire et participe à l’ancrage local du centre.

Insertion sociale et commerces solidaires

La mixité voulue par Klépierre est aussi sociale. Au Centre Bourse, l’association Frip’insertion occupe une cellule mise à disposition par la direction. Le lieu combine vente de vêtements de seconde main, ateliers d’upcycling, initiation à la couture pour le public et accompagnement vers l’emploi.

Les personnes en parcours d’insertion y sont formées aux métiers de la vente et du textile, avec pour objectif un retour durable à l’emploi. « On ne demande qu’une participation aux charges. L’enjeu est de donner une chance à ces structures et de proposer autre chose aux clients », explique Agnès Panetta.

À Grand Littoral, des dispositifs similaires existent, avec des boutiques dédiées à la réinsertion professionnelle, des actions de formation et des partenariats locaux.

La sécurité, priorité budgétaire

Autre pilier de la stratégie : la sécurité, qui représente jusqu’à 30% des budgets de fonctionnement. À Grand Littoral, 200 caméras intelligentes détectent les infractions en temps réel pour un budget de 1,2 million d’euros, et une convention lie le site à la préfecture pour assurer plus de patrouilles de police.

Une priorité donc pour Klépierre qui a aussi dû apaiser les tensions avec une cinquantaine de salariés de la société parisienne Triomphe, gestionnaire la sécurité du site, qui étaient montés au créneau sur leurs conditions de travail fin décembre 2025. « Je n’ai pas de problème d’insécurité à Grand Littoral, mais d’incivilité » balaye son directeur qui justifie que les interventions ont baissé de 19% entre 2024 et 2025.

Au Centre Bourse, la sécurisation du parking Indigo a profondément changé la donne. Fermeture des accès, installation de portiques, renforcement des équipes : les vols sont passés de 265 en 2023 à une dizaine en 2025. « L’objectif est la dissuasion, en augmentant la présence humaine et la coopération avec les forces de l’ordre », soulignent les dirigeants.

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