Devenu star du ring à 18 ans, Kid Francis, boxeur marseillais, a connu un destin tragique sous le régime de Vichy. La bande dessinée de Grégory Mardon et Marius Rivière retrace l’histoire de ce sportif oublié.

Une nouvelle bande dessinée biographique retrace le destin hors norme de Kid Francis, star marseillaise du ring. Grégory Mardon et Marius Rivière signent une œuvre de plus de 230 pages, parue en janvier 2026. Elle plonge le lecteur dans le parcours atypique du boxeur.

Kid Francis, Kid Francis, le destin tragique d’un champion de boxe marseillais raconté en bande dessinée, Made in Marseille
© Bibliothèque Nationale de France

De son enfance à cirer des chaussures sur le Vieux-Port à sa fin tragique près de Trassen, en Allemagne, les planches suivent le périple d’un petit homme aux grands rêves. Sous son vrai nom, Francesco Buonagurio, il conquiert la France et affronte les plus grands noms de la boxe jusqu’aux États-Unis.

L’histoire ressuscite un Marseille de l’entre-deux-guerres. Pour cela, les auteurs esquissent avec précision la Canebière, les ruelles d’Endoume et le Vieux-Port. Le récit trace ensuite la frénésie des années Folles à Paris, puis la démesure de New York et l’ombre grandissante du régime nazi, le tout sur une toile de fond où le crime régit Marseille.

Retour sur un minot du Vieux-Port devenu champion

Né en 1906 à Marseille, François Buonagurio, dit Kid Francis, a connu une ascension fulgurante. Il devient champion de France poids coq à 18 ans, champion d’Europe à 19 ans, et bat même le champion du monde en titre à 20 ans. Sa carrière de boxeur, qu’il mène jusqu’à ses 30 ans, affiche un bilan impressionnant : 104 victoires pour seulement 16 défaites et 14 matchs nuls sur près de 130 combats.

À sa retraite des rings, il se reconvertit alors en manager dans le quartier d’Endoume, où il a tout appris. Mais le champion se fera arrêter par les autorités de Vichy. François Buonagurio sera victime de l’antisémite rafle oubliée, le 24 janvier 1943, dans le quartier de Saint-Jean. Plus de 20 000 personnes seront emportées, 6 000 seront arrêtées, et 1 642 déportés, dont 782 juifs. Déporté au camp de Fréjus, puis transféré dans les camps en Allemagne, il meurt à 37 ans, près de Trassen.

Un travail d’archive pour retrouver les traces de ce boxeur disparu

Ex-journaliste à La Marseillaise, c’est en 2018 que Marius Rivière est tombé pour la première fois sur les traces de Kid Francis. En travaillant sur l’histoire oubliée de la rafle du Vieux-Port, un collègue lui fait part de l’histoire de ce boxeur, enlevé durant cette rafle. « Je découvre alors l’ascension incroyable de ce petit cireur de chaussures devenu l’un des boxeurs les plus talentueux de sa génération ».

L’auteur a choisi de romancer certains aspects, ajoutant des personnages et comblant des zones d’ombre historique. Toutefois, il s’agit d’un travail d’archive. Et pour cause : Marius Rivière a « retracé la généalogie de sa famille, reconstitué sa carrière en épluchant les comptes rendus de ses combats publiés dans la presse de l’époque, lu des livres d’enquête ou de témoignages, retrouvé des descendants ».

Cette bande dessinée remet sous la lumière une figure oubliée du sport marseillais et offre une poignante biographie, entre la gloire sur le ring et la barbarie des camps.

Kid Francis est disponible en librairie. Des mêmes auteurs, Votez le Teckel.
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