Les daurades royales de Méditerranée on été mises sur écoute pour étudier leurs déplacements et leur cycle de vie. Elle révèle que l’espèce se retrouve en grande majorité du côté de Marseille, dans les calanques, pour se reproduire chaque hiver.

À Marseille, on connaît bien les daurades. Mais principalement quand elles sont dans une assiette, à la provençale, bien grillées avec citron, tomates, marjolaine ou fenouil… Pour ce qui est des habitudes du poisson en liberté, ses migrations ou sa reproduction, le mystère restait grand.

Pour le résoudre, le projet CONNECT-MED a consisté à déployer un dispositif d’espionnage de grande ampleur des daurades royales en les plaçant… sur écoute. En effet, des centaines de spécimens ont été capturés et équipés d’émetteurs acoustiques. Les chercheurs ont aussi déployé plus de 180 récepteurs acoustiques sous-marins, appelés « stations d’écoute », de l’Espagne aux Calanques de Marseille, autour du golfe du Lion.

Au total, plus de 700 000 détections ont permis de retracer les déplacements de ces poissons sur près de 400 kilomètres de côte répartis sur les deux pays. Et révéler les habitudes de migration et les comportements de l’espèce.

Direction Marseille pour la grande reproduction annuelle des daurades

L’année dernière, cette étude a permis de percer « un mystère » entourant la daurade royale : les Calanques sont leur nid d’amour en Méditerranée. En effet, de la frontière espagnole jusqu’à la Provence, à l’automne, « un départ massif et synchronisé est observé ». Direction le Parc national.

Les données, affinées avec un deuxième projet, RESMED, permettent de préciser que deux tiers des poissons se retrouvent ainsi chaque année au large des Calanques pour leur grande reproduction annuelle. Un autre tiers préfèrerait rejoindre les contrées espagnoles pour faire naître leurs petits.

Avant de revenir chacune chez soi. Ainsi, d’avril à septembre, l’espèce reste principalement dans les lagunes et les zones côtières de la façade méditerranéenne pour s’alimenter. « Ce comportement se répète d’une année sur l’autre, signe d’une forte fidélité à leur site d’alimentation et de reproduction », interprète l’Ifremer.

daurades, Les daurades méditerranéennes plébiscitent Marseille pour se reproduire, Made in Marseille

L’étude soulève des enjeux cruciaux pour la gestion durable des daurades

Or, pour une espèce prisée des pêcheurs (et des gourmets), ces questions son centrales. Notamment en vue d’une gestion durable des populations, afin de réglementer la capture dans les zones et les périodes les plus sensibles.

« Nos résultats suggèrent que la très grande majorité des daurades du golfe du Lion se concentre d’octobre à début décembre dans la région de Marseille pour se reproduire. C’est une phase de leur cycle de vie essentielle pour le renouvellement de la population. Durant cette période, elles sont très vulnérables à la pêche professionnelle et récréative. Il faudrait par conséquent limiter les prélèvements dans cette zone et à cette période par la mise en place d’une gestion réfléchie à partir de ces nouvelles connaissances », estime Jérôme Bourjea, responsable du projet Connect-Med.

Et si le Parc national des Calanques joue déjà un rôle primordial, la règlementation « ne peut pas se limiter à un seul site ou à une seule saison. Il est essentiel de tenir compte de la connectivité des habitats utilisés par les poissons côtiers tout au long de l’année à l’échelle des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais aussi de l’Espagne et, probablement, de l’Italie. Pour élaborer des stratégies réfléchies de gestion des pêches de ces espèces migratrices côtières », conclut le chercheur.

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