Passer d’une idée à une entreprise qui tient dans la durée, c’est le défi des entrepreneurs accompagnés par Marseille Innovation. Depuis trente ans, plus de 1 500 structures ont poussé la porte de ces pépinières pour trouver des locaux, des conseils et un appui dans les premières années de leur activité.
À l’Hôtel Technologique de Château-Gombert, dans le 13e arrondissement de Marseille, des entrepreneurs travaillent à transformer leurs innovations en entreprises. C’est l’un des trois lieux d’accueil de Marseille Innovation, également implantée au Pôle Média de la Belle de Mai et sur l’allée Gambetta.
Chaque semaine, une nouvelle start-up rejoint le programme pour bénéficier d’un accompagnement de deux à quatre ans. Pour certains de ces entrepreneurs, l’aventure commence dans un laboratoire de recherche. Reste ensuite à franchir le pas de la création d’entreprise. « Sur le site de Château-Gombert, beaucoup d’innovations se développent dans les laboratoires, mais elles peinent à en sortir pour devenir des entreprises capables de se développer localement », observe Laurence Olivier, directrice générale de Marseille Innovation.
Arrivée dans la structure en 2007, elle en a pris la direction en 2018. Avec une équipe de dix personnes, elle accompagne ces premiers pas, avec l’objectif de voir les entreprises grandir et s’installer durablement dans la région.
De l’idée aux premiers clients
Une innovation ne suffit pas toujours à faire vivre une entreprise. Encore faut-il trouver des clients, comprendre leurs besoins et réunir les moyens de se lancer. C’est à cette étape que Marseille Innovation accompagne les porteurs de projets. Depuis sa création en décembre 1996, plus de 1 500 structures sont passées par ses programmes.
L’équipe aide les entrepreneurs à définir leur marché, à construire leur démarche commerciale et à rechercher des financements. Ils peuvent notamment bénéficier d’un prêt d’honneur innovation allant jusqu’à 30 000 euros, à taux zéro, remboursable sur quatre ans.
Lancé en 2022, le fonds de Marseille Innovation a ainsi soutenu 45 start-up. Les entreprises sont sélectionnées notamment pour le caractère innovant de leur projet et ses perspectives de commercialisation.
Mais se lancer suppose aussi de pouvoir se projeter, dans un contexte budgétaire qui peut compliquer les décisions. « La loi de finances, le budget de l’État et celui des collectivités pèsent sur les décisions des porteurs de projets et sur leur capacité à se projeter. C’est pour cela que nous intervenons 12 à 18 mois avant la création de l’entreprise », explique Laurence Olivier.
Santé, industrie… Quelles sont les filières porteuses ?
Naturellement, les entreprises accompagnées reflètent les secteurs qui structurent l’économie locale. La santé numérique représente environ 30% des porteurs de projets. D’autres travaillent sur les marchés industriels, l’environnement, la data et l’intelligence artificielle.
Les profils des entrepreneurs évoluent également. Les enseignants-chercheurs et les ingénieurs disposant d’une expérience professionnelle solide représentent toujours environ 60% des porteurs de projets. Mais de nouveaux profils émergent, notamment des diplômés en management ou en école de commerce qui se lancent dans la tech sans être eux-mêmes issus d’une formation scientifique.
À Château-Gombert, la proximité des laboratoires et des écoles, comme Centrale Méditerranée et Polytech Marseille, facilite les rencontres entre ces différents parcours. L’entrepreneuriat s’invite aussi dans les salles de cours. « La création d’entreprise fait d’ailleurs partie des sujets abordés dans les cursus », souligne Laurence Olivier.
Grandir et rester dans la région
Que deviennent ces entreprises une fois l’accompagnement terminé ? Selon Marseille Innovation, 90% sont toujours en activité à trois et cinq ans. Les entreprises passées par ses programmes représentent près de 6 000 emplois directs. Leur développement se poursuit à Marseille, notamment au technopôle de Château-Gombert, mais aussi ailleurs dans la métropole et la région.
Certaines ont depuis changé d’échelle. C’est le cas de Skeepers, dont l’histoire a commencé à Marseille sous le nom d’Avis Vérifiés, et qui est devenu un groupe international spécialisé dans l’expérience client et les avis en ligne.
D’autres répondent à des besoins très concrets dans les établissements de santé. Koord, anciennement TeleMediCare, a été accompagnée pendant quatre ans pour développer sa solution de télécoordination des soins. Elle s’adresse aux établissements médico-sociaux, notamment aux Ehpad qui manquent de médecins coordonnateurs. L’entreprise a depuis quitté l’incubateur pour poursuivre son développement.