Le conseil métropolitain a enfin voté son budget 2026 en misant sur l’emprunt. Mais la crise budgétaire devrait être aussi rude en 2027. Les élus mettent la pression sur le gouvernement pour qu’il réduise ses coupes aux collectivités.

Fumée blanche. C’est la fin d’un interminable feuilleton, mais il ouvre un nouveau chapitre qui s’annonce tout aussi délicat. Les élus de la Métropole ont enfin adopté un budget 2026 à l’équilibre, ce jeudi 15 octobre. Cette copie budgétaire modifie celle qu’avait imposé le préfet suite au non vote du budget en avril.

Cela faisait six mois que les maires et conseillers métropolitains s’écharpaient sur les solutions pour résorber un trou de 144 millions d’euros. Après des économies et coupes budgétaires tous azimuts qui ont permis de dégager autour de 90 millions d’euros, il fallait encore trouver une cinquantaine de millions d’euros.

Les maires ont refusé la solution du préfet de baisser les attributions de compensation (AC) que la Métropole reverse aux communes, tout comme la réduction de la dotation de solidarité communautaire (DSC), chère à Marseille. Les élus se refusaient également à activer le levier fiscal avec des augmentations d’impôts.

L’endettement et une technique comptable pour sortir de l’impasse

L’exécutif métropolitain a fini par trouver une « solution technique », ou un « jeu d’écriture » comptable, décrit un spécialiste des finances de l’institution. Une solution qui se niche dans le complexe règlement financier des collectivités, du côté des amortissements d’investissements, que l’institution veut renflouer en fonds propres par un jeu de vases communicants.

Mais l’exercice se résumera au final à « recourir à l’emprunt », rappelle Nicolas Isnard (LR), président de la Métropole, tout en réduisant l’épargne de l’intercommunalité de 52 millions d’euros. Avec des conséquences sur les marchés financiers, une potentielle augmentation des taux d’emprunt et une capacité de désendettement qui passerait de 9,9 ans à 13,7 ans.

Métropole budget, La Métropole accouche enfin de son budget 2026, mais craint déjà l’exercice 2027, Made in Marseille

« Le plus dur reste à venir » en 2027

De quoi compliquer encore un peu les prochains exercices budgétaires, notamment celui de 2027. « Le plus dur reste à venir », prévient David Ytier, vice-président de la Métropole délégué aux finances. La majorité des élus vont dans son sens.

Surtout au regard du projet de loi de finances (PLF) 2027 présenté récemment par le gouvernement et examiné en ce moment par l’Assemblée nationale. Il prévoit encore un effort de près de 5 milliards d’euros des collectivités locales pour redresser les comptes publics.

« On a fait le calcul. En l’état, ce PLF, c’est 150 millions d’euros en moins pour la Métropole. Avec des pertes directes sur les budgets des communes de l’ordre de 100 millions », estime Nicolas Isnard.

« Pour Marseille, ce serait 46 millions d’euros », estime Joël Canicave, adjoint aux finances de Benoît Payan.

Le conseil métropolitain a ainsi voté à l’unanimité une motion spéciale au gouvernement pour dénoncer ces nouvelles coupes de l’État et lui demander de renoncer « à faire une nouvelle saignée sur nos communes ».

Ce que plaide Georges Cristiani, président de l’Union des maires des Bouches-du-Rhône. « On ne peut plus l’accepter. Il faut une thérapie de choc pour le gouvernement dépensier », lance le maire de Mimet.

La même motion devrait être votée par l’ensemble des communes et collectivités du territoire, dont les élus souhaitent mener « une action collective forte » auprès du gouvernement. Certains évoquent un refus d’organiser les élections présidentielles dans les communes.

Augmentation du versement mobilité, cheval de bataille de la Métropole

Mais quoi qu’il en soit, les conseillers métropolitains planchent déjà sur de nouvelles recettes pour le prochain budget. Les transports, auxquels la Métropole consacre près de 900 millions d’euros, sont au centre du viseur. Les élus ont adopté aujourd’hui la nouvelle grille tarifaire de la RTM. Elle supprime toutes les mesures de gratuité, notamment dans le pays d’Aubagne, au profit d’une « tarification sociale » qui permettrait de dégager autour de 20 millions d’euros de recettes supplémentaires chaque année.

Mais parmi les options fortes pour dégager les recettes, la Métropole mise sur l’augmentation du versement mobilité, contribution payée par les entreprises de plus de 11 salariés. « Aujourd’hui, elle est plafonnée à 2% ici, alors qu’à Paris c’est 3% », regrette Nicolas Isnard. « 1% de plus, ça représente 220 millions pour la Métropole », estime-t-il.

Mais l’augmentation du taux de versement mobilité doit être permis par une nouvelle loi. Les élus ont voté ce jeudi une deuxième motion spéciale dans ce sens, portée par Samia Ghali (divers gauche), présidente de la RTM. Elle précise que cette évolution de la contribution des entreprises pourrait être différenciée selon les territoires. « En tenant compte de la densité et de l’importance des réseaux, du niveau de service offert aux entreprises et aux salariés, ainsi que des investissements programmés ».

La motion confirme aussi les dernières déclarations de Nicolas Isnard, qui prévoit, en contrepartie de cet effort du monde économique, de l’associer aux décisions sur les projets de transports. Reste à voir si le gouvernement, comme les entreprises, y répondront favorablement.

Le gouvernement a lancé l’audit sur la Métropole

D’autre part, comme annoncé en juillet en plein milieu de la crise budgétaire de la Métropole, Nicolas Isnard confirme que le gouvernement a lancé « une mission d’analyse et de prospective sur la Métropole Aix-Marseille-Provence ».

Cet audit est confié à deux personnalités indépendantes : l’ancien ministre (budget et transports) Dominique Bussereau et le président du Comité des finances locales, Jean-François Debat.

Ils doivent décortiquer tout le fonctionnement de la Métropole : finances, gouvernance, et même son périmètre territorial.

Ils ont déjà entendu le maire de Marseille Benoît Payan (DVG) et la maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains (UDI). « Tous les autres seront reçus à la préfecture d’ici fin octobre, début novembre », avance Nicolas Isnard.

Les propositions de cet audit seront remises au gouvernement « en fin d’année », selon le ministère de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation.

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