Un projet de formation supérieure dédié aux métiers de la défense et de la sécurité est à l’étude dans la région. Il pourrait former plusieurs centaines d’étudiants par an.

Jusqu’à 700 étudiants par an, dont 250 futurs diplômés en ingénierie : c’est la taille que pourrait atteindre la future École supérieure de la défense (ESD) imaginée en Provence-Alpes-Côte d’Azur dès septembre 2028. Un volume conséquent alors que Polytech Marseille forme aujourd’hui environ 380 ingénieurs par an, pour quelque 1 600 étudiants.

Ce projet à plusieurs millions d’euros par an reste toutefois, à ce stade, encore à l’étude. Romain Laffont, directeur de Polytech Marseille et vice-président d’Aix-Marseille Université, avait dévoilé les grandes lignes du projet en avant-première lors de la soirée des partenaires de Polytech Marseille, le 2 juillet dernier, comme l’avait révélé Gomet’.

L’objectif est de créer une nouvelle offre de formation supérieure destinée à répondre aux besoins des industries de défense et de sécurité en région.

Un projet dans le cadre de l’OIR Défense et Sécurité

La démarche s’inscrit dans l’Opération d’intérêt régional (OIR) « Défense et Sécurité », lancée par Renaud Muselier en décembre 2025 avec le ministère des Armées et des Anciens combattants. Contactée par Made in Marseille, la Région Sud confirme avoir connaissance du projet de formation déposé au printemps 2026. Celui-ci sera étudié, sans qu’une date précise n’ait pour l’heure été communiquée.

Selon les chiffres du ministère des Armées pour 2025, l’industrie de défense représente près de 20 000 emplois en Provence-Alpes-Côte d’Azur. À l’échelle nationale, la tension sur les recrutements atteindrait environ 30 000 postes à l’horizon 2030.

« La région doit être capable d’accompagner les enjeux géopolitiques, de défense et de sécurité à venir, et pour cela, nous devons nous structurer en termes de formation. Aujourd’hui, nous n’avons pas de problème de compétences, nous savons produire et innover. La question est de savoir comment nous connectons les acteurs académiques avec les acteurs de l’industrie et de la défense pour créer des passerelles de l’emploi », explique Romain Laffont, directeur de Polytech Marseille.

Sept acteurs académiques autour de la table

Pour porter ce projet, un consortium de sept structures académiques s’est constitué : Polytech Marseille, l’Université de Toulon, l’École de l’Air et de l’Espace, l’école d’ingénieurs de Toulon, Arts et Métiers Aix-en-Provence, le Campus des métiers et des qualifications (CMQ) et la future École des industries avancées (EDEIA) de Toulon.

Le projet prévoit notamment une formation d’ingénieur accessible à partir d’un bac+2. Elle pourrait déboucher sur un diplôme généraliste ou permettre des parcours en passerelle avec d’autres écoles.

Au programme : cybersécurité, intelligence artificielle, énergie et systèmes autonomes, notamment autour des drones. « Le projet prévoit également un cycle préparatoire intégré, destiné à faciliter l’accès aux études d’ingénieurs pour des jeunes qui, pour des raisons financières, pourraient aujourd’hui ne pas envisager cette voie, dans une logique d’égalité des chances », ajoute Romain Laffont.

défense, La création d’une école supérieure de la défense en projet dans la région, Made in Marseille
© Polytech Marseille. Romain Laffont, directeur de l’école d’ingénieurs Polytech Marseille et vice-président d’Aix-Marseille Université.

Former aussi les militaires en reconversion

Le bachelor est le deuxième niveau de formation visé par la future école. Ce dernier serait exclusivement en formation continue, de manière à toucher des adultes en reconversion, et en particulier des militaires arrivant au terme de leur contrat.

L’objectif est de créer une passerelle vers les métiers civils de l’industrie de défense. Depuis 2023, les militaires du rang quittent en moyenne l’institution après un peu plus de quatre ans de service, ce qui rend leur reconversion d’autant plus importante.

Romain Laffont cite plusieurs exemples de débouchés possibles à l’issue de la formation, notamment chez de grands industriels de la défense, comme Airbus dans le domaine de la fabrication d’hélicoptères ou Naval Group autour du projet de porte-avions de nouvelle génération à Toulon.

Une facture de plusieurs millions d’euros

Le projet représente un investissement important. Pour la période 2026-2030, les porteurs évaluent à environ 3 millions d’euros par an les besoins liés à la construction des formations, au recrutement des équipes et aux équipements pédagogiques. Une fois l’école en régime de croisière, le coût de fonctionnement est estimé à environ 5 millions d’euros par an.

Mais aucun financement n’est encore arrêté. À ce stade, aucun dossier de financement n’a été monté. Une étude de faisabilité a été réalisée et les porteurs attendent notamment l’ouverture d’un guichet national, potentiellement dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt France 2030, ou d’un dispositif porté par la Région Sud.

Une première étape franchie auprès de la CTI

Le projet a néanmoins déjà franchi une étape importante. Il a reçu un avis favorable de la Commission des titres d’ingénieur (CTI) en juin 2026, permettant d’envisager le dépôt, en juin 2027, d’un dossier de création d’école d’ingénieurs et de demande d’habilitation du titre. Cette procédure sera indispensable pour que le futur diplôme d’ingénieur soit reconnu.

Reste une question centrale, celle de l’implantation. Le choix du site dépendra naturellement de la proximité avec les grands pôles industriels et militaires du territoire. « La ville n’a pas encore été identifiée. Marseille, Toulon, Marignane ou Salon ? Toutes les pistes sont étudiées à proximité des points d’activité industrielle, et de défense et de sécurité », confie Romain Laffont.

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