Le débit de la Durance, principale source d’eau douce de Marseille, doit baisser de 30% les prochaines décennies. Sobriété et amélioration des infrastructures, le territoire a déjà amorcé son adaptation à ce changement environnemental majeur.

La ressource en eau, une question chaude à l’heure du changement climatique alors qu’un épisode caniculaire précoce frappe la France. Pourtant, en Provence et dans la région Sud, l’été 2026 débute sous de bons auspices. Avec « un mois de février particulièrement humide et le mois de mai déjà au-dessus de la normale, le bilan des cumuls est normal, voire légèrement excédentaire à l’ouest de la région », décrypte Zoé Mahé, directrice adjointe de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL).

De quoi espérer « pour l’instant » un été sans déclenchement du plan sécheresse, qui restreint l’usage de l’eau (piscines, golfs, nettoyage de voitures, etc.). Les réserves naturelles que sont les glaciers alpins ont tendance à s’épuiser plus vite avec le réchauffement climatique, mais « les nappes phréatiques ont un niveau plutôt haut sur l’ensemble de la région », poursuit la spécialiste.

Même constat pour les « deux grands réservoirs artificiels d’eau potable » que sont les lacs de Serre-Ponçon et Sainte-Croix. Le premier, avec 1,2 milliard de m3 alimente le canal de Marseille avec la Durance. Le second stocke les eaux du Verdon et irrigue toute la Provence jusqu’à Toulon et Saint-Maximin. Ces deux citernes, indispensables pour fournir en eau potable la population du littoral, présentent un taux de remplissage entre 85 et 90%. « Largement au dessus de la ligne rouge sécheresse. Mais c’est impossible aujourd’hui d’évaluer leur niveau en fin d’été », rappelle Zoé Mahé.

« L’agriculture a baissé sa consommation d’eau de 50% en 40 ans »

Cette situation hydraulique est plutôt rassurante pour 2026, mais reste fragile. Et le changement climatique entrainera inévitablement une réduction de la ressource d’eau potable à l’avenir. « Le débit de la Durance devrait baisser de 30 % d’ici 2100 », estime par exemple le directeur du développement de la société du Canal de Provence, Benoit Moreau. « Il y aura toujours de l’eau, mais beaucoup moins ».

C’est pourquoi « il faut travailler sur deux jambes : la sobriété d’un côté, et l’amélioration des ressources de l’autre », poursuit-il. Côté sobriété, il note déjà une grande amélioration. « L’agriculture a baissé sa consommation d’eau de 50% en 40 ans, en passant de 3 à 6000 m3 par hectare dans les années 1980, à 1 500 m3 aujourd’hui ». Le secteur est le plus gourmand en eau, « de 60 à 70% du total », même si une grande partie retourne au milieu naturel.

Juste derrière vient l’industrie, qui consommerait autour de 20% de l’eau en France. « Elle a réduit sa consommation de 25% les 10 dernières années », selon Benoit Moreau. Viennent enfin les particuliers, dont la consommation baisse depuis les années 1990 « de 0,5 à 1% par an », poursuit-il. Principalement grâce à l’amélioration des équipements électroménagers.

eau, Réchauffement climatique et sécheresses : la Provence s’adapte déjà au manque d’eau, Made in Marseille
Zoé Mahé, Bénédicte-Martin et Benoit Moreau ont fait un point de situation hydraulique et présenté le plan Or Bleu ce mardi 26 mai.

« Nous avons ainsi économisé 55 millions de mdepuis 2018 »

Reste l’amélioration des ressources, en travaillant sur les infrastructures pour les rendre plus efficaces et réduire les fuites. « Nous avons ainsi économisé 55 millions de mdepuis 2018 », vante Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en charge de l’agriculture, de la viticulture et de la ruralité et du terroir.

Elle suit de près le plan régional Or Bleu, lancé depuis 2018 et « doté de 751 millions d’euros pour préserver cette ressource ». Il se concentre sur « la modernisation des réseaux hydrauliques et leur extension », du Nord au Sud de la région. « On va arriver a 19 millions m3 économisés par an, en finançant deux appels à projets chaque année », assure-t-elle.

Autour de la Provence, des projets concernent par exemple l’étang de Berre, où l’apport de la Durance, via notamment la centrale hydroélectrique, a perturbé l’équilibre entre eau salée et eau douce. Des projets pourraient prochainement recanaliser ces rejets, ou rouvrir l’ancien tunnel du Rove pour retrouver la salinité du site. À suivre.

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