Depuis le 4 mai, tous les étudiants peuvent désormais bénéficier d’un repas à un euro dans leur restaurant universitaire. Une « bonne solution », mais jugée encore insuffisante face à l’aggravation de la précarité étudiante selon Eric Berton, président d’amU.
« Un étudiant qui est en précarité alimentaire, psychologique, en précarité menstruelle, en isolement, c’est un étudiant qui n’est pas bien dans sa vie, mais qui est surtout en difficulté pour ses études », rappelle Nicolas Mascret, en charge des sujets de précarité à Aix Marseille Université (amU).
Adoptée dans le cadre de la loi de Finances 2026, la généralisation des repas à un euro dans toutes les universités françaises fait en effet suite à un constat préoccupant : un étudiant sur trois vit avec moins de 50 euros par mois, une fois les charges fixes (loyer, factures et courses) acquittées, selon une enquête publiée en janvier 2026 par l’Union étudiante.
Jusqu’à présent réservé aux étudiants boursiers et à ceux en situation de précarité, ce tarif est désormais étendu à tous. Etudiants, doctorants, apprentis, alternants et volontaires en service civique, le prix du repas passe de 3,30 euros à un euro sans condition de ressource.
Une baisse du prix qui permettra à un étudiant déjeunant cinq jours par semaine au restaurant universitaire pendant un mois d’économiser 46 euros par mois, soit 460 euros sur une année universitaire.
Un impact mesurable à la rentrée prochaine
« Une bonne solution » pour les 84 500 étudiants de l’amU, estime Eric Berton à laquelle l’État a alloué un budget de 50 millions d’euros pour l’ensemble des CROUS.
Une enveloppe nécessaire pour compenser le prix du repas, estimé à 8 euros, adapter les infrastructures de restauration, recruter du personnel supplémentaire et investir dans du matériel de restauration.
Pour l’académie Aix-Marseille, dont 52% des 2 millions de repas servis l’année dernière était à un euro, « il est encore compliqué d’évaluer la hausse de fréquentation des lieux induite par cette mesure », précise Marc Bruant directeur général du CROUS Aix-Marseille Avignon « l’impact se mesurera réellement en octobre 2026 ».
Pour autant, la mesure concernerait « entre 15 000 et 20 000 étudiants en plus chaque jour » sur le territoire, estime Marc Bruant, dont les équipes préparent déjà l’adaptation des infrastructures pour faire face à l’afflux attendu à la rentrée.
Une précarité étudiante en accélération depuis le Covid
Cette généralisation des repas à un euro pour tous les étudiants s’inscrit dans un contexte de fragilisation croissante pour les étudiants, que « le Covid n’a fait qu’accélérer » analyse Eric Berton.
Une étude menée en 2023 par l’université révélait en effet que « 37% des étudiants d’amU sont dans une difficulté financière telle qu’ils ont du mal à subvenir à leurs besoins fondamentaux : se loger, se nourrir » précise Nicolas Mascret.
Une situation qui pourrait bien s’être dégradée trois ans plus tard, commente Eric Berton. Ce dernier préfère d’ailleurs parler de « pauvreté étudiante » plutôt que de précarité étudiante, précisant que les chiffres observés à Marseille sont plus élevés que la moyenne nationale.
Ainsi, amU n’a pas attendu cette nouvelle mesure pour essayer d’améliorer la vie de ses étudiants, dont 23% sont boursiers. L’université a notamment mis en place des épiceries solidaires proposant des produits jusqu’à 90% moins chers que dans les commerces, ainsi que des centres médicaux permettant aux étudiants et aux personnels de se faire soigner gratuitement. « Un rôle social qui n’entre pas dans les missions de formation et de recherche des universités », précise Eric Berton.
Malgré cette avancée, l’avenir de ce dispositif reste incertain. Inscrite dans la loi de Finances 2026, la mesure devra être reconduite chaque année lors du vote du budget. Et si elle devrait prendre toute son ampleur à la rentrée prochaine, le chemin reste long pour garantir une meilleure vie aux étudiants.