Après avoir annoncé son futur départ pour le Sénat, le président de la Région Sud, Renaud Muselier, défend son choix. Avec des stratégies multiples : unir la droite et le centre pour la présidentielle et préparer sa succession pour les régionales de 2028.
Un nouveau séisme pour les figures marseillaises de la politique locale ? Après que Martine Vassal a perdu son siège de présidente de la Métropole, Renaud Muselier décide de se présenter aux sénatoriales de septembre et d’abandonner, s’il est élu, son siège de président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Un coup de tonnerre inattendu pour sa majorité régionale, qui rassemble de la droite au centre en passant par des écolos raisonnables. Certains parlent de « fuite » face aux régionales de 2028 qui s’annoncent compliquées face à un RN fort.
Lui, minimise la percée du parti d’extrême droite dans la région aux municipales. « Le plafond de verre est encore très solide. Ils ont moins de 2,5% des communes de la région. Ce n’est pas un raz-de-marée, c’est la victoire de la stabilité : 600 maires sortants sont réélus. Dans ma majorité, 29 maires sortants étaient candidats, 28 sont réélus ». Seul Christian Estrosi a perdu à Nice face à Éric Ciotti.
Un élu « couvert de plaies, de bosses et de fatigue »
Et de rappeler que les pronostics ont déjà été déjoués les deux dernières fois, quand ils étaient favorables au Rassemblement national aux régionales en 2015, puis en 2021, lorsqu’il est devenu président en son nom dans une logique d’union qu’il qualifie de « responsable ». Et suite au désistement de la gauche. Mais il ne masque pas la « poussée importante du RN » et le match difficile qui s’annonce en 2028.
Il admet aussi, à bientôt 68 ans, être « couvert de plaies, de bosses et de fatigue ». Des plaies qui proviennent notamment de son passé politique, lorsque pressenti pour succéder à Jean-Claude Gaudin ou prendre la tête de l’ancienne communauté urbaine MPM, il a été « éliminé » par son camp.
« J’ai assisté à toutes les éliminations des dauphins », retrace-t-il. Et d’analyser qu’elles ont abouti aux défaites de son camp. Il se pose ainsi comme celui qui veut rompre ce schéma. « J’aimerais faire ce qu’on n’a jamais fait pour moi : transmettre ».
François de Canson : « portrait robot » d’un rassembleur pour lui succéder ?
C’est pourquoi, toujours selon son narratif, Renaud Muselier anticipe et pose les bases d’une succession solide et stable, capable de lui survivre. C’est aussi le tableau que peignent certains de ses proches collaborateurs.
Et dans cette optique, le nom de son vice-président au tourisme, François de Canson, apparait comme une évidence pour prendre la tête de la Région. « Il faut savoir comment fonctionne l’institution, il faut avoir été élu et réélu (80% à la Londe-les-Maures), être plus jeune que moi. Avoir la compétence et l’expérience. Il est en charge du Comité régional de tourisme, c’est la plus grosse activité économique de la région », argumente Renaud Muselier.
En creux, on peut aussi lire une autre stratégie, celle de placer rapidement un leader de la majorité régionale ni trop clivant, ni trop partisan. Objectif : rassembler le plus largement possible face aux extrêmes montantes, « le RN et LFI ».
Comme un certain Nicolas Isnard, nouveau président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, élu largement par la droite et la gauche du territoire. « Vous croyez que je n’ai pas pesé de tout mon poids pour sa candidature ? » lâche Renaud Muselier. Il estime que François de Canson est de la même veine, un « portrait robot qui correspond assez bien à ce profil de compétences ».
Renaud Muselier veut garder les rênes des Jeux olympiques à la Région
Quoiqu’il en soit, Renaud Muselier se défend de l’accusation de prendre sa « pré-retraite » politique au Sénat. Se présentant comme un vieux sage de la politique française, il veut monter au palais du Luxembourg pour peser sur la présidentielle de 2027. Et plaide pour « un candidat unique » de la droite et du centre pour éviter que le pays ne tombe entre les mains du Rassemblement national ou de la France insoumise. « Personne ne m’entend du Sud. On me craint, on me respecte, mais en bas, je suis loin », résume-t-il.
Admettant toutefois que le mandat de sénateur est « moins chronophage et harassant » que celui de président de Région. Mais il n’entend pas lâcher la collectivité pour autant. « Je resterai conseiller régional, expert spécial dédié aux Jeux olympiques » d’hiver en 2030, « mon bébé ». « Pour ne pas déstabiliser l’organisation, le comité olympique », alors que la préparation de l’événement rencontre de nombreuses embûches. « Je resterai au sein de la structure, en ayant plus de temps ».
Mais avant ça, il lui faudra être désigné par « les grands électeurs » qui votent pour les sénateurs. 95% sont issus des conseils municipaux. Le mathématicien Muselier estime que la liste dont il prendra la tête dans les Bouches-du-Rhône pourrait gagner trois sièges au palais du Luxembourg. Les noms des sénatrices sortantes Brigitte Devésa et Valérie Boyer circulent pour être ses colistières. Les tractations ne font que commencer. Renaud Muselier présentera sa liste « fin juin », et vient de démontrer sa capacité à créer la surprise.