Chiens, rats, gabians… le centre de recherche vétérinaire sur les maladies transmissibles entre les animaux et les hommes multiplie les études scientifiques et affirme son rôle de surveillance pour limiter la propagation d’épidémies mondiales.

Malgré un lourd héritage laissé par la gestion controversée du professeur Didier Raoult, l’IHU Méditerranée Infection se restructure depuis 2022. Sans changer son nom, le nouveau directeur de l’établissement, Pierre-Edouard Fournier, a choisi un nouveau logo pour « lui donner une nouvelle image », assure le microbiologiste.

Craintif sur la communication ces dernières années, l’IHU profite du One Health Summit qui se déroulera à Lyon le 7 avril prochain pour ouvrir les portes de son centre de recherche vétérinaire. Ce salon mondial traite de la santé humaine, environnementale et animale dans son ensemble, sans les opposer.

Cette vision « qu’il existe une seule santé » est partagée par le centre de recherche vétérinaire de l’IHU. Ce dernier est spécialiste des zoonoses : « maladies ou une infections naturellement transmissibles des animaux vertébrés à l’homme »; selon l’OMS. Parmi elles : le Sida, Ebola, la variole du singe ou le Covid-19.

IHU, Le centre de recherche de l’IHU surveille le risque de nouvelles épidémies entre l’homme et l’animal, Made in Marseille
La devanture de l’IHU Méditerranée Infection à la Timone.

« Un centre inédit en France »

Après 40 ans de carrière comme vétérinaire militaire, spécialiste des chiens, Bernard Davoust a monté ce laboratoire en collaboration avec Didier Raoult en 2017. « C’est un centre inédit en France, car c’est le seul centre de recherche sur les animaux intégré à un IHU », vante le docteur.

Depuis sa création, le centre mène à la fois des enquêtes épidémiologiques de terrain sur les animaux vivant à proximité de cas humains en France et dans le monde. Mais aussi des études de surveillance épidémiologique sur les animaux réservoirs (participant à la reproduction d’un agent pathogène), vecteurs (transmettant la maladie) ou sentinelles (prévenant la maladie).

Bernard Davoust gère une équipe de trois professionnels, ses deux adjoints Younes Laidoudi et Samia Bedjaoui, et un docteur éthiopien Zerehun Asefa Dammessa. Leurs études, ayant fait l’objet de 45 000 échantillons et donné lieu à la publication d’une centaine d’articles scientifiques, participent donc à la renommée de l’IHU.

Ragondins de Borély, rats de Noailles : des cas concrets à Marseille

Les experts ne manquent pas d’exemples concrets à Marseille. Il y a trois ans, ils ont étudié le cadavre d’un ragondin au parc Borély porteur d’une maladie dont « la bactérie a muté pour pouvoir s’adapter à l’homme », affirme Younes. Néanmoins, elle n’a pas été transmise par des vecteurs (moustiques, moucherons…) à l’humain dans la région.

À Marseille, d’autres rongeurs sont spécifiquement étudiés comme les rats des rues. Le laboratoire a mis en évidence des cas de leptospires chez 54% des 132 surmulots étudiés. Cette zoonose, transmise par l’urine de rat, a fait plusieurs malades comme un éboueur marseillais et un sans-abri, ayant fait les poubelles à mains nues.

IHU, Le centre de recherche de l’IHU surveille le risque de nouvelles épidémies entre l’homme et l’animal, Made in Marseille
Les ragondins du parc Borély sont devenus une attraction pour les enfants.

Autre anecdote marquante : un adolescent de 15 ans hospitalisé une semaine pour une grosse grippe et une difficulté respiratoire après avoir « frôlé un rat à Noailles après un foot », raconte Bernard Davoust. « Mais cela reste très rare, le petit suait et la proximité avec l’animal a favorisé l’échange », précise le vétérinaire.

Ce dernier a également recensé des cas leishmaniose chez 5% de 672 chiens étudiés dans les cinq départements du Sud-Est, dont 7% à Marseille. Une patiente de Miramas a également présenté un petit ver dans un œil (filaire conjonctivale) qui se développe habituellement dans le cœur des canins.

IHU, Le centre de recherche de l’IHU surveille le risque de nouvelles épidémies entre l’homme et l’animal, Made in Marseille
Les gabians de Marseille sur les poubelles.

Les gabians au cœur d’un partenariat de l’IHU avec le vétérinaire municipal

Pour être réactive, agile et flexible, la structure marseillaise multiplie aussi les partenariats sur le terrain comme avec le nouveau vétérinaire de la Ville de Marseille, Gilbert Gault. Ce dernier fait de la surveillance urbaine, récupère les cadavres d’animaux pouvant propager les maladies chez l’homme, puis les dépose au laboratoire.

Il a récemment alerté l’IHU sur une zone où plusieurs gabians ont été retrouvés morts. « Sans qu’aucune maladie n’ait été détectée », confirme le vétérinaire. Une étude est actuellement menée sur ce colocataire des Marseillais sur les îles du Frioul, en prélevant des déjections dans leurs nids.

Le centre vétérinaire de pointe développe également des partenariats internationaux comme en Algérie où il étudie des dromadaires porteurs de la fièvre hémorragique Crimée-Congo. Des tiques ont notamment présenté des traces de la maladie en Corse et dans le Sud-Est « avec un risque de transmission chez l’homme », confie Younes qui reste toutefois optimiste sur la collaboration des acteurs sanitaires pour limiter sa propagation.

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