La gauche remporte les élections municipales à Marseille sur un score net de 54% derrière la candidature de Benoît Payan, élu pour la première fois par le suffrage direct. Dans le même temps, le Rassemblement national réalise le meilleur résultat de son histoire dans la ville.
Un feu d’artifice, des fumigènes et des chants scandés sur des airs de supporters… Nous ne sommes pas devant le Vélodrome un soir de victoire de l’OM (qui a préféré perdre ce dimanche), mais devant l’hôtel de ville de Marseille pour fêter la victoire de Benoît Payan et son union de gauche.
Michèle Rubirola, élue en 2020 avant de lui céder la place, saute dans les bras de son successeur. Samia Ghali aussi. L’élue des quartiers Nord avait fait campagne seule il y a six ans avant de devenir maire-adjointe. Le jeune écologiste Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic, complète cette grande étreinte qui restera parmi les images marquantes de ces municipales 2026.
💥 Feu d’artifice sur le Vieux-Port de Marseille ce soir. #municipales2026 #municipales #marseille pic.twitter.com/hK9P1fLRZD
— Made in Marseille (@MadeMarseille) March 22, 2026
Le score est sans appel au second tour. Le Printemps marseillais remporte la mairie centrale avec 54,34% des voix, devant le Rassemblement national à 40,29%. La candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, termine la course loin derrière, à 5,33%.
L’union de la gauche remporte également six mairies de secteurs sur huit. Avec une victoire notable dans les 13e-14e, gagnés par l’extrême droite en 2014, puis la droite en 2020. Le Rassemblement national s’impose sur les quartiers Est. Il prend la main sur les 9e-10e et 11e-12e, laissant la droite locale orpheline de tout secteur.
Benoît Payan élu sur son nom
Pour ce qui est de la mairie centrale, la gauche marseillaise bonifie son score du 1er tour avec 60 000 voix de plus. Elle atteint un total de 163 586 voix. Benoît Payan a certainement bénéficié d’un report des voix de La France insoumise. Sébastien Delogu s’est retiré au second tour pour faire barrage au RN. L’institut de sondage Cluster 17 estimait que deux tiers des électeurs insoumis allaient voter pour le Printemps marseillais.
Sans oublier les reports probables des candidats éliminés. Comme Erwan Davoux (5 248 voix) qui a appelé à voter pour la gauche, ou les 2 727 voix de l’écologiste Christine Juste. Des électeurs de la droite et du centre ont peut-être également opté pour le vote utile « Payan » face à la défaite annoncée de Martine Vassal et au risque RN. Mais le maire sortant retiendra surtout « une participation plus importante au second tour, ce qui est rare à Marseille ».
Quoiqu’il en soit, il sera officiellement réélu ce samedi, lors du premier conseil municipal. Il y obtient une majorité absolue de 73 sièges sur 111. Et s’il préfère parler de « victoire collective » du Printemps marseillais, nul doute qu’il se réjouit de remporter pour la première fois les suffrages des Marseillais en son nom.
En effet, Michèle Rubirola était la tête de liste victorieuse en 2020 et lui avait cédé son siège six mois plus tard. Il a dû affronter les critiques de ce « switch » et parfois l’étiquette de « maire non élu » durant tout son mandat. Désormais, sa légitimité ne devrait plus faire débat.
Le RN réalise le meilleur score de son histoire à Marseille
Ni le report des voix de la droite marseillaise qui enregistre une défaite historique, ni l’élan de participation au second tour n’ont permis au candidat du Rassemblement national de gagner l’élection. Mais on retient que, pour la première fois, un candidat d’extrême droite s’est retrouvé en position de remporter Marseille. Avec un écart très faible au premier tour, quand seulement 3 000 voix séparaient Franck Allisio de Benoît Payan.
À l’issue du second tour, le RN réunit un total de 121 310 voix, soit 20 000 de plus. C’est moins que les 125 000 voix de Marine Le Pen à Marseille aux présidentielles de 2022. Mais bien supérieur aux dernières municipales pour l’extrême droite, avec 60 000 voix obtenues en 2014, quand le FN finissait troisième avec 26%. Et bien mieux qu’en 2020 : dans un contexte de forte abstention liée au Covid-19, le parti lepéniste réunissait 35 000 voix pour atteindre 20%.
« C’est un résultat sans précédent. Jamais depuis 1983, la droite ou le camp national n’avaient réuni autant de suffrages à Marseille », a déclaré par communiqué Franck Allisio. « Les Marseillais ne doivent jamais cesser d’espérer. Notre progression est continue et notre victoire inéluctable », estime le RN.
L’extrême droite s’installe ainsi fermement dans le paysage politique marseillais, avec 34 conseillers municipaux. Et ce, au détriment de la droite locale, alors que Martine Vassal confirme la chute qui s’est dessinée au fil de la campagne, dans les sondages d’abord, puis dans les urnes.
La candidate n’obtient que 5,35% des voix. La droite marseillaise frôle la disparition du conseil municipal, et ne comptera que 4 élus dans l’hémicycle. « Marseille apparaît aujourd’hui plus fracturée que jamais », analyse Martine Vassal. « Cette élection a été l’une des plus dures que nous ayons connues », admet la candidate avec « émotion » et « tristesse ».
La bataille de la Métropole se jouera sans Martine Vassal
« Je ne serai pas candidate à la présidence de la Métropole » a poursuivi celle qui dirige aujourd’hui Aix-Marseille-Provence. Elle continuera d’y siéger en tant que conseillère : « je resterai présente, engagée, vigilante », assure-t-elle, tout en précisant vouloir concentrer « toute mon énergie » au Conseil départemental, qu’elle préside toujours.
Mais qui lui succédera à la tête de la Métropole ? Les forces en présence ont changé au sein de l’intercommunalité, dont l’hémicycle apparaît plus éclaté, autour de quatre à cinq grands groupes, sans majorité nette.
Avec 50 sièges en 2020, la gauche marseillaise améliore nettement son poids dans le conseil métropolitain. Elle obtient 16 fauteuils de plus, pour atteindre 66 élus communautaires sur 238. La majorité de la ville-centre sera ainsi bien mieux représentée. D’autant qu’elle pourra certainement travailler avec les 27 élus de gauche du territoire, pour atteindre un groupe d’environ 93 sièges dans l’hémicycle, selon nos projections.
La droite marseillaise chute brutalement de 41 à 6 sièges métropolitains. Mais avec les autres communes du territoire, elle atteint 59 sièges. Les tractations seront intenses dans les prochains jours, avec les 19 élus sans étiquette, les 19 conseillers divers centre, ou encore les 13 sièges issus de la liste de Sophie Joissains (UDI) à Aix. La future présidence proviendra certainement d’un de ces groupes, estiment de nombreux observateurs. Pour sa part, l’extrême droite devrait obtenir 35 places.
Quoiqu’il en soit, la ou le futur(e) président(e) de la Métropole Aix-Marseille-Provence ne devrait pas jouir d’une majorité confortable. Elle aura certainement à composer avec les diverses sensibilités. En tentant d’instaurer un esprit de « coopération intercommunale », objet premier de cette institution. Pour en finir enfin avec les « chicayas » qui ont marqué la précédente mandature entre la Métropole de droite et sa ville-centre de gauche ?
