Le premier tour des élections municipales à Marseille donne Benoît Payan (divers gauche) en tête au coude-à-coude avec Franck Allisio (RN). Le maire sortant écarte toutefois l’idée d’une alliance à gauche, souhaitée par l’insoumis Sébastien Delogu face à l’extrême droite.

Drôle d’ambiance ce dimanche soir pour un premier tour d’élections municipales. Pas d’élan victorieux ni d’éclat de joie, mais des déclarations graves pour les uns, et du mutisme pour les autres. Il faut dire qu’avec les premières estimations, les scores sont plus serrés que prévu, ou moins élevés qu’espéré.

Alors que les résultats définitifs ne tombent qu’après 5h du matin, les candidats ne les attendent pas pour s’exprimer. Sur la Canebière où il a installé son local de campagne, le maire sortant Benoît Payan prend la parole peu après minuit. « Je voudrais remercier les Marseillaises et les Marseillais qui, ce soir, nous ont placé en tête […] Je veux aussi dire la gravité du moment, le RN est aux portes du pouvoir dans cette ville ».

En effet, il ne le sait pas encore, mais le dépouillement des derniers bulletins lui donnera 36,69% des voix, talonné par Franck Allisio (RN), qui atteint 35,02% des suffrages. Un score historique pour l’extrême droite à l’échelle de la commune.

Le candidat du Rassemblement national a rapidement pris la parole, vers 22h. « Le souffle du changement et de l’espoir a soufflé comme jamais sur notre ville. Vous avez déjà tourné la page de la gauche[…] Dimanche prochain, je serai votre maire », imagine-t-il déjà.

Martine Vassal ne répond plus

Pour cela, pourra-t-il compter sur un report de voix des électeurs de Martine Vassal, arrivée troisième à 12,41% malgré un rassemblement de la droite et du centre ? Un résultat historiquement faible pour sa famille politique à Marseille. De quoi la laisser sans voix. Les journalistes ont patienté en vain durant des heures devant son local de campagne : la candidate a d’abord reporté, puis finalement annulé sa prise de parole, ainsi que toute communication.

Nul ne sait donc, à cette heure, si elle se maintiendra au second tour, comme elle l’a affirmé ces dernières semaines. La droite marseillaise devrait vouloir continuer d’exister dans l’hémicycle municipal et user de sa place d’opposition pour faire émerger des personnalités en vue des prochaines élections. On pense notamment à Romain Simmarano, figure montante de la droite qui s’est particulièrement illustré durant la campagne.

benoît payan, Benoît Payan refuse le rassemblement à gauche et part seul au duel avec le RN, Made in Marseille
Les portes du local de Martine Vassal sont restées closes ce dimanche soir.

Benoît Payan écarte une alliance avec LFI et espère gagner seul

De son côté, le candidat de la France insoumise, Sébastien Delogu, a récolté 11,94% des suffrages. L’insoumis a tout de suite ouvert la porte à une fusion avec son concurrent de gauche. « Nous appelons dès ce soir à la constitution d’un front antifasciste pour empêcher le Rassemblement national de conquérir Marseille. Dans cet esprit, nous tendons la main à l’ensemble des composantes du Printemps marseillais et son candidat, Benoît Payan ».

Une main tendue, mais mal reçue. « Cette main m’a donné des coups de poing pendant des mois, et au soir de se partager les places, elle deviendrait tendue ? », a sèchement rétorqué le maire sortant. « Pas question pour moi de faire la moindre tambouille avec qui que ce soit », poursuit Benoît Payan, écartant l’hypothèse d’une alliance.

S’il n’appelle pas directement Sébastien Delogu à se retirer, il le suggère à demi mot : « quand on se dit antiraciste, il faut savoir jusqu’au bout allier conviction et démarche ». Et d’estimer qu’il n’y a désormais que « deux issues : soit le Printemps marseillais l’emporte, soit le RN l’emporte ».

« Une position irresponsable » pour Sébastien Delogu

« Une position irresponsable qui pourrait donner les clés de Marseille au Rassemblement national », s’insurge Sébastien Delogu, qui maintient l’espoir d’une alliance, en comptant sur un soutien des citoyens. « Nous appelons le peuple de Marseille à se mobiliser massivement pour créer les conditions d’un front antifasciste ».

Et de rappeler : « Les Marseillaises et les Marseillais nous ont qualifiés au second tour. Nous y serons d’une manière ou d’une autre avec la ferme intention de battre le RN ».

Il semble donc, pour l’heure, que les deux candidats de gauche qualifiés partiront chacun de leur côté au second tour. Mais il reste un temps de réflexion aux deux équipes pour entériner leurs positions. Jusqu’à mardi à 18h, date limite du dépôt des listes en préfecture.

Ce que ne pourront pas faire les quatre candidats malheureux, qui n’ont pas réuni le minimum de 5% des voix pour exister au second tour. Erwan Davoux (divers centre) avec 1,85%, ou Christine Juste (écologiste), Rémy Bazzali (Lutte ouvrière) et Coralie Raynaud (Parti des travailleurs) avec moins de 1%, sont éliminés.

Un premier tour entaché d’irrégularités ?

À Marseille, les soupçons de fraudes et irrégularités n’ont pas manqué d’émailler la journée d’élection. Dès les jours précédents, la présence de personnes décédées ou anormalement âgées sur les listes électorales a posé question.

Le matin du premier tour, des dizaines de bureaux de vote (sur 480) n’avaient pas pu ouvrir à 8h comme prévu, laissant craindre que certains électeurs matinaux n’aient pas voté.

Par la suite, les équipes de campagne ont émis divers signalements. Comme l’inversion entre les bulletins de secteur et de mairie centrale (signalée par l’insoumis Sébastien Delogu et Louis Grégoire du RN), pouvant invalider les votes. Mais aussi des bulletins endommagés, et donc voués à être considérés comme nuls lors du dépouillement. Ou encore, l’absence de bulletins (signalée par Christine Juste, Marseille Écologie) qui peut notamment provenir des candidats, censés les fournir.

Le Rassemblement national estime qu’une personne « de nationalité comorienne a été autorisée à voter en présentant un titre de séjour, sans présentation d’une carte nationale d’identité française ». Avant que la mairie précise : « La personne était de nationalité française (naturalisée en 2025). Le titre de séjour a simplement servi à confirmer l’identité du nouveau citoyen. Le vote serait donc parfaitement légal ».

L’équipe de campagne de la liste d’extrême droite a également signalé que des délégués auraient « montré aux électeurs les bulletins qu’ils devraient prendre avant de se rendre dans l’isoloir ».

Certains signalements ont été faits au procureur alors que des inspecteurs de la préfecture ont parcouru de nombreux bureaux de vote durant la journée pour observer la tenue du scrutin. Mais ni les services de l’État ni la justice ont pour habitude de communiquer rapidement leurs éléments et conclusions.

Loïs Elziere avec Margot Geay, Olivia Chaber, Mathieu Grapeloup et Julia Zecconi.

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