Les « pépites patrimoniales » visent à redonner vie au patrimoine municipal abandonné à Marseille. Sur le boulevard des Dames, un immense immeuble Art déco doit devenir un lieu totem du cinéma avec salle de projection et resto en rooftop.

Il y a tout juste un an, la mairie de Marseille lançait « les Pépites patrimoniales ». Un appel à projets ouvert à tous concernant des propriétés remarquables de la Ville, à valeur historique ou architecturale, mais à l’abandon depuis des années. Il s’agissait de proposer une vocation publique pour redonner vie à ces édifices.

Trois lauréats, fraîchement sélectionnés, ont été dévoilés ce lundi 23 février. Le premier concerne un immense bâtiment de plus de 4 000 m2 du quartier de la Joliette, au n°90 du boulevard des Dames. La compagnie Paquet, ancien fleuron de l’apogée du transport maritime marseillaise, a construit cet immeuble caractéristique de la période Art déco en 1938. Il a dernièrement accueilli des services de la Ville jusqu’en 2020 avant de fermer ses portes.

Pour lui donner un nouveau souffle tourné vers le cinéma, la mairie de Marseille a sélectionné le projet « Les Dames » porté en groupement par ADIM Provence avec, entre autres, les architectes de ROUGERIE+TANGRAM, l’entreprise spécialiste du patrimoine Girard (Bonne Mère, hôtel de Cabre, église des Réformés…) et le Collectif Marseille Devant ! qui doit exploiter le site.

cinéma, Resto en rooftop, salle de projection… Un bâtiment Art déco dédié au cinéma à la Joliette, Made in Marseille
Boulevard des Dames, le bâtiment actuel, vide, sert déjà aux professionnels du cinéma.

« Lieu totem du cinéma » avec un resto sur le toit-terrasse végétalisé

Le groupement va acheter ce bien immobilier à la Ville de Marseille pour un montant encore inconnu. Ensuite, le chantier d’ampleur, estimé à 8 millions d’euros, doit revaloriser le caractère Art déco de l’édifice. Mais surtout lui redonner vie en tant que nouveau « lieu totem du cinéma ». Il a l’ambition de devenir « la porte d’entrée des métiers de l’image et du son dans le sud de la France », selon Mathias Bernard, à la tête du collectif qui animera le site.

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Crédit : Rougerie + Tangram

Dans les faits, les 4 000 m2 de surface utile seront tournées vers les professionnels du cinéma et la population marseillaise. Des espaces serviront, comme c’est déjà le cas, de préparation aux tournages à Marseille (castings, stockage, post-production…). D’autres doivent proposer des formations aux métiers de l’audiovisuel.

Mais le grand public doit aussi y trouver son compte. D’abord avec une salle de cinéma pour des projections ou des festivals. Mais aussi, au quotidien, avec la création d’un bar en rez-de-chaussée et d’un restaurant sur le toit-terrasse. Un « véritable jardin suspendu, îlot de fraîcheur avec une végétation très dense », promettent les porteurs du projet.

À valider par la prochaine majorité municipale

Si les travaux doivent débuter en 2027, pour l’heure, il faudra d’abord attendre que le conseil municipal valide la vente de l’édifice aux lauréats. À trois semaines des élections municipales, ces projets sont donc suspendus au bon vouloir de la future majorité.

Le timing de l’annonce, dans le sprint final de la campagne électorale, en présence du candidat et maire sortant Benoît Payan (divers gauche), a d’ailleurs suscité des interrogations sur cette communication en période de réserve. « C’est un long processus qui vient d’arriver à son terme. Ça aurait été dommage de ne pas présenter les lauréats », nous glisse une élue de la Ville.

« On a fait des calendriers rétroactifs, de manière classique, et ça [aboutit] fin février… C’est [une explication] technique », décrit la directrice du service foncier et immobilier de la mairie, Géraldine Biau.

Une bâtisse de la Corniche devient lieu de culture et de restauration

La Ville de Marseille a annoncé deux autres lauréats des « pépites patrimoniales ». Sous la Corniche, entre le Vallon des Auffes et le Monument aux morts de l’Armée d’Orient, trône une bâtisse discrète et décrépie d’environ 150 m2.

La Ville doit la céder à un groupement* de restaurateurs, acteurs culturels et investisseurs, pour y créer « La Pointe ». Ce lieu culturel et de restauration tournée vers la mer doit « redonner une vie populaire à cet espace et à l’esplanade du monument au morts ». Les porteurs estiment leur projet à 2,5 millions d’euros et prévoient de l’ouvrir d’ici fin 2028.

*: Groupement porteur du projet « La Pointe » : Joseph Legrand, Stephen Grieves, Michel Athenour et La Confraglation, avec MOA Architecture, Marsxelles, Polymer, Pièce à part, BET Collet et Index Structures

Aux Chutes-Lavie, le Pavillon de partage des eaux s’anime

Enfin, du côté des Chutes-Lavie, l’emblématique pavillon de partage des eaux, « le Tore », inscrit au titre des monuments historiques, va également reprendre vie. Le collectif Objectif Tore doit y développer un « lieu culturel et convivial, à vocation patrimoniale et pédagogique. Il se déclinera autour de l’histoire de l’eau et des ouvrages hydrauliques du Canal de Marseille ».

Pour ce bâtiment, la Ville ne prévoit pas de vente mais un bail longue durée. L’animation du site, comme son réaménagement, doivent évoluer progressivement les prochaines années, et de manière participative avec la population. D’autres « pépites patrimoniales » sont à l’étude et attendent d’être dévoilées.

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Le pavillon de partage des eaux. Crédit : Ville de Marseille
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