Au lendemain de la journée mondiale contre le cancer, Made in Marseille met en lumière un projet de recherche inédit pour étudier les liens entre la pollution environnementale et l’apparition de cancers dans le périmètre de l’Étang de Berre.

Un consortium de médecins, chercheurs et citoyens s’est constitué entre l’Institut Paoli-Calmettes (IPC), centre de lutte contre le cancer, le centre hospitalier de Martigues et l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions début 2025. Leur objectif : établir un projet de recherche sur les liens entre la pollution et les cancers sur le territoire spécifique de l’Étang de Berre.

Cette zone est en effet soumise depuis les années 50 aux rejets industriels qui se retrouvent dans l’air, les sols et l’eau. « On observe qu’il y aurait plus de cas de cancers autour de l’Étang de Berre qu’ailleurs mais cela reste à prouver », introduit le Dr. Chanez, oncologue à l’IPC et chercheur depuis 2019 sur les facteurs de risques du cancer du pancréas.

Étudier les facteurs de risques environnementaux

Aujourd’hui, les facteurs qui augmentent le risque d’avoir un cancer sont connus, comme le tabac (20%), l’obésité (5%) et l’alcool (8%) ou la génétique qui explique seulement 10% des cancers. Or, « nous n’avons pas encore identifié les facteurs de risques liés à l’environnement », rappelle Dr. Chanez.

Grâce à l’expertise de l’institut écocitoyen qui apportera sa méthode pour mesurer les expositions de la population aux pollutions, le consortium va établir un projet de recherche avec des médecins « observateurs privilégiés des cancers » et des chercheurs en épidémiologie et toxicologie, discipline scientifique qui étudie les effets néfastes d’une source sur des organismes ou des systèmes biologiques.

« Notre force, c’est de faire des ponts entre deux mondes, la santé et la recherche, qui ne se parlent pas d’habitude », résume Philippe Chamaret, directeur de l’institut écocitoyen.

Plusieurs polluants seront étudiés dans le projet de recherche, notamment les PFAS. Ce sont des substances chimiques dont les propriétés spécifiques sont mises à profit dans de nombreux produits de la vie courante. Comme les textiles, emballages alimentaires, mousses anti-incendie, gaz réfrigérants, revêtements antiadhésifs, cosmétiques, dispositifs médicaux, produits phytopharmaceutiques.

Créer des registres de cancers

Dr Chanez affiche également sa volonté de « créer des registres sur tous les cancers, ville par ville, ou par zone géographique réduite » afin d’avoir une connaissance plus fine de la recrudescence de cancers liés à l’environnement, en particulier celui du pancréas, souvent dépisté trop tard car asymptomatique, dont le taux d’incidence a été multiplié par quatre au cours des 30 dernières années.

Face aux inquiétudes des habitants, vivant proches de sites industriels ou sur des friches industrielles, l’ARS avait déjà fondé l’observatoire REVELA13 pour recenser les cancers du rein, de la vessie et les leucémies aiguës de l’adulte dans les Bouches-du-Rhône.

« Il faut une volonté politique »

Une fois la méthodologie écrite d’ici fin 2026, le consortium devra récolter des fonds pour faire financer son projet de recherche auprès de l’Ademe, la Ligue contre le cancer, et bien d’autres.

Si ce projet est une « avancée » pour Philippe Chamaret, « la question de la connaissance va encore se poser » concernant les « nouvelles » pollutions liées à la mutation industrielle en cours dans la zone Fos-Berre.

Pour assurer sa pérennité, ce projet aura donc « besoin d’un portage politique », poursuit l’expert. Les élections municipales de mars prochain pourraient être un tremplin, ou au contraire, être un fossoyeur.

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