Depuis plus d’un an, la professeure Laetitia Padovani mène une lutte acharnée pour faire financer une machine révolutionnaire de radiothérapie permettant de mieux traiter le cancer pédiatrique à la Timone. Portrait.

Le visage de Laetitia Padovani est de plus en plus familier des Marseillais. Conférences, vidéos, articles… La professeure et cheffe du service d’oncologie-radiothérapie de la Timone se démène depuis un an pour faire financer une « machine révolutionnaire » capable de mieux cibler le cancer chez l’enfant grâce à un IRM intégré.

Cet engagement, qu’elle n’aurait pas soupçonné devenir si central dans sa carrière, lui vient de son père, Patrick Padovani. Le médecin généraliste, décédé en juin dernier, était un fervent défenseur d’une halte soins addictions (HSA) à proximité de l’hôpital de la Conception, lorsqu’il était adjoint à la Santé du maire Jean-Claude Gaudin.

Laetitia Padovani, Laetitia Padovani, la radiothérapeute marseillaise au chevet des enfants atteints du cancer, Made in Marseille
Laetitia installe une machine dans l’actuelle salle de radiothérapie de la Timone.

D’étudiante en médecine à professeure émérite

Le parcours de la jeune Laetitia, née en 1974, débute sur les bancs de la faculté de médecine de Marseille. Mais elle se heurte à un échec pour le concours en 6e année. Le quota pour accéder à l’internat d’oncologie ferme « à seulement une place » de son rang. L’étudiante déménage donc à Lyon pour entamer sa spécialisation en oncologie.

Elle y rencontre le Dr Ardier, « pape de la Curiethérapie ORL », une forme de radiothérapie qui lui ouvre les portes de cette discipline dont les internes se détournaient à l’époque. Puis, c’est avec le Dr Christian Carrie, une « figure lyonnaise connue de l’oncologie radiothérapie pour son versant pédiatrique », que la Marseillaise se dirige vers une spécialisation dans ce domaine pour les enfants.

Laetitia Padovani se rappelle encore de ses gardes éreintantes. « On prenait la garde à 18h30, le bip commençait à sonner, puis on terminait à 6h30 du matin, 12 heures après. On enchaînait ensuite sur nos services parce qu’on n’avait pas de repos de garde… Ce qui était vraiment une aberration », raconte-t-elle.

Le retour à Marseille

La naissance de sa première fille, avant la fin de ses études, change la donne. Laetitia Padovani souhaite se rapprocher de sa famille à Marseille. « À cette époque, il y avait beaucoup moins de femmes en médecine. Plus j’avançais dans ma vie d’étudiante, plus je perdais confiance en moi. Un syndrome assez classique des femmes de ma génération », souligne la professeure.

Mais elle tient bon. Après avoir soutenu un mémoire au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Marseille, passé un master et avoir publié un article de recherche dans une revue internationale, Laetitia Padovani parvient à intégrer l’équipe du Pr Fabrice Barlesi, chef de service en oncologie multidisciplinaire de l’AP-HM, qui dirige aujourd’hui le campus Gustave Roussy, premier centre de lutte contre le cancer en Europe.

Elle gravit ensuite les échelons un à un pour finalement être nommée professeure des universités en 2020, un statut rare et difficile à obtenir auprès d’un collège de médecins. Malgré cette ascension fulgurante au sein des hôpitaux de Marseille, la cheffe de service conserve une humilité attachante.

Laetitia Padovani, Laetitia Padovani, la radiothérapeute marseillaise au chevet des enfants atteints du cancer, Made in Marseille
La machine de radiologie avec IRM intégré © Elekta (elekta.com)

Encore un million d’euros à récolter en 2026

Les projecteurs ne l’intéressent pas, comme beaucoup de médecins de sa trempe. Pourtant, elle enchaîne les prises de parole en entreprise et dans les médias depuis un an pour accélérer la récolte de fonds privés nécessaires au financement de la machine (Cf photo) et grâce au soutien de la fondation de l’AP-HM, Phoceo.

Cette machine coûte en effet 13 millions d’euros. « L’hôpital public ne peut pas soutenir un tel investissement seul », revendique Laetitia Padovani, consciente des difficultés des finances publiques et de la force du mécénat. « Il nous fallait trois millions d’euros pour que l’investissement de l’AP-HM soit quasi sans risque », ajoute-t-elle.

En un an, des entreprises comme Aroma-Zone, la Caisse d’Epargne Cepac, la Ligue contre le cancer, la Banque Populaire Méditerranée, Les Spartiates, Tempo One, Provepharm, et bien d’autres, ont participé à hauteur d’un million d’euros à l’amorçage du projet. Il faudra néanmoins encore doubler la somme pour atteindre l’objectif.

Mieux traiter le cancer chez l’enfant

Mais le combat de Laetitia est intact. Cette machine, qui serait la seule en France pour les enfants, permettra de suivre en direct la radiothérapie sur la tumeur et surtout « de ne pas irradier le reste du corps », explique la professeure. Car les rayons diffusés sur des cellules saines peuvent causer l’apparition d’autres cancers à l’âge adulte.

« Cette machine placera Marseille au premier rang du traitement des cancers pédiatriques en Europe », affirme Virginie Negri, déléguée générale de Phoceo. D’autant que le service de radiothérapie de la Timone est déjà reconnu pour sa gestion bienveillante du cancer chez l’enfant.

Chaque année, les médecins accueillent une centaine d’enfants et veillent à ce que leur traitement se déroule dans les meilleures conditions. Ils ont fabriqué un écran rétractable pour diffuser des dessins animés pendant les séances, collé des stickers rigolos sur la machine, et passent en moyenne trois fois plus de temps avec eux et leurs familles pour les rassurer que pour des patients à l’âge adulte.

Cette machine serait donc une avancée supplémentaire. « Je veux y croire », espère Laetitia Padovani. Le directeur général de l’AP-HM, François Crémieux, lui fait déjà confiance. Ce dernier vient de valider la commande pour une livraison courant 2027.

Pour faire un don cliquez ici
Bouton retour en haut de la page