Dans les quartiers Nord de Marseille, l’association Le Paysan Urbain cultive des plantes méditerranéennes issues de graines sauvages pour adapter la ville au climat de demain. Avec sa pépinière Nèrta, elle mise sur des espèces locales et résistantes pour réintroduire la biodiversité en milieu urbain.

Tout commence par une poignée de graines, récoltées sur les collines du 13e arrondissement de Marseille, à la lisière entre béton et garrigue. Celles de romarin, de thym ou de cistes, sont récoltées à la main pour être replantées en ville.

Avec Nèrta, sa pépinière, l’association Le Paysan Urbain fait le pari d’une végétalisation plus locale et plus durable. Elle cultive des plantes méditerranéennes capables de résister à la sécheresse afin de ramener la biodiversité au cœur des quartiers. Sur plusieurs itinéraires au pied du massif de l’Étoile qui surplombe la ville, les équipes collectent graines de romarin, thym, cistes ou chêne kermès sauvages.

Du massif à l’espace public

Une fois récoltées, les graines entament un long processus avant de retrouver la pleine terre. Elles sont d’abord passées au tamis, catégorisées, puis mises en dormance au froid, avant d’être semées sous serre. Après les premières pousses, les jeunes plants sont repiqués en pot pour poursuivre leur croissance à l’extérieur.

Alors que les plantes ornementales sont en grande partie importées, l’objectif est ici « de reproduire des espèces déjà adaptées aux conditions climatiques locales », moins gourmandes en eau puisqu’elles « survivent sans irrigation », explique Amal Froidevaux, responsable de la communication au Paysan Urbain.

Le label « Végétal Local », gage de qualité

Depuis sa création en 2023, la pépinière a obtenu le label « Végétal Local », qui garantit une traçabilité complète, de la graine à la plantation. Cette exigence demande un travail minutieux : séchage, stratification, reproduction des cycles naturels… « Chaque espèce a ses propres conditions », précise Victor Maniot. Cette marque impose également de ne jamais prélever plus d’un tiers des graines de chaque plant.

Aujourd’hui, 43 espèces recensées par le label sont cultivées sur place, de l’orpin à la lavande. Autant de plantes sobres en eau, pensées pour durer dans un contexte de réchauffement climatique. « Proposer cette végétation au centre-ville, c’est aussi permettre à toute la biodiversité de revenir », souligne le pépiniériste.

Les plants produits à Nèrta trouvent déjà leur place dans des écoles, des pieds d’immeubles ou des projets d’aménagement urbain. Paysagistes, collectivités et aménageurs s’y intéressent pour leurs qualités de résistance et leur ancrage local. En 2025, près de 10 000 plants ont été vendus, avec un objectif de 27 000 pour cette année.

pépinière, Vidéo | Cette pépinière des quartiers Nord mise sur les plantes locales pour végétaliser la ville, Made in Marseille
Sur l’un des itinéraires de récolte de Nèrta, à la Batarelle.

Une pépinière au service du lien social

Au-delà de la production, Nèrta s’inscrit dans le projet social du Paysan Urbain, chantier d’insertion implanté dans les quartiers Nord. Collecte des graines, entretien des plants, ateliers pédagogiques… la pépinière devient aussi un support d’apprentissage et de transmission.

« Nous proposons aussi des ateliers pour les enfants et les habitants, notamment des quartiers prioritaires de la ville, pour qu’ils puissent aussi revégétaliser et renaturer leurs espaces de vie », reprend Amal Froidevaux.

Après avoir renoncé à l’achat d’une parcelle au Vallon de Serre, l’association est toujours à la recherche d’un nouveau terrain. La fin de son bail au tiers-lieu du Cloître, où elle est historiquement basée, est actée pour 2028.

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