Quand le vent se lève, la Méditerranée offre aux surfeurs marseillais des sessions aussi inattendues qu’intenses. De la plage de l’Huveaune à la Côte Bleue, la glisse s’est imposée comme une vraie culture locale, portée par une communauté toujours plus nombreuse et passionnée. Zoom sur une pratique méconnue qui fait de plus en plus de vagues.

À Marseille, malgré les idées reçues, les jours de vent transforment parfois la Méditerranée en terrain de jeu pour les amateurs de glisse. « C’est pas les vagues d’Hawaï, mais il y a largement de quoi faire, lance Florian Nicot, fondateur de l’école de surf itinérante La 13e Vague. Certaines peuvent atteindre jusqu’à 1,50, voire 2 mètres de hauteur. Il y a largement moyen de s’amuser ».

Au lendemain de la tempête Benjamin, ils sont plus d’une trentaine à attendre la bonne vague à la plage de l’Huveaune (affectueusement surnommée Épluchures Beach), l’un des spots les plus prisés avec celui de La Verrerie. Sur le littoral marseillais et jusqu’à la Côte Bleue, les séries peuvent surprendre, surtout en automne et en hiver.

Créée en 2009, La 13e Vague est la première école de surf à Marseille. Elle accueille chaque hiver une vingtaine d’élèves par session, matériel fourni, sur des créneaux d’environ deux heures. « Ici, on peut surfer environ 100 jours par an, d’octobre à mai », explique Florian Nicot.

Une pratique qui séduit de nouveaux profils

Florian, aixois, décrit un sport « qui vide la tête, qui fait du bien aux gens ». Et même l’hiver, malgré une eau froide, les pratiquants sont au rendez-vous. Jonas reconnaît qu’il ne s’attendait pas à trouver une telle scène locale. « J’avais entendu Brice de Nice, de base. Et j’ai découvert que ça surfait vraiment pas mal en hiver ». Habitué aux températures de l’Atlantique, son ami Gabriel n’est pas mécontent : « La température est meilleure, c’est pas plus mal ».

Et le sport séduit de plus en plus de profils. « Il y a beaucoup de filles qui s’y mettent depuis quelque temps, constate Margot, élève de l’école. C’est de plus en plus famille aussi, on voit de plus en plus de parents avec leurs enfants ».

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Une culture marseillaise du surf déjà ancienne

Si la pratique a gagné de nombreux adeptes ces dernières années, elle n’est pas un phénomène récent à Marseille. Hervé Amouyal, surfeur depuis 1983, raconte les débuts. « Les premiers surfeurs ici doivent dater de 1980 à peu près. Beaucoup venaient de la planche à voile et du funboard ».

Face au nombre croissant de pratiquants, il participe en 1992 à la création du club de La Sardine, une amicale qui comptait déjà plus de 100 adhérents. « On se prévenait de l’état des vagues entre ici et les Lecques à l’aide d’un répondeur téléphonique », se souvient Hervé. Il est aujourd’hui encore trésorier du club, qui propose notamment un accès aux planches via une adhésion annuelle de 80 euros.

Deux ans plus tard, en 1994, il ouvre le Massilia Surf Shop, premier magasin spécialisé de la ville, toujours situé à deux pas de la rue de Rome (6e). Une boutique devenue une référence locale, alors même que Marseille était très loin d’être reconnue comme une terre de surf. « Aujourd’hui, des champions locaux comme Antoine Delpero ont su s’imposer dans les championnats internationaux, rappelle Hervé. Des marques d’équipement spécialisées sont nées ici, comme Jonsen Island… ».

Apprendre à composer avec la Méditerranée

Si l’Atlantique garantit des vagues régulières, la Méditerranée impose de saisir l’instant. « Il faut être très mobile, savoir lire les prévisions climatiques », explique un surfeur venu récupérer son fils de 6 ans au cours pour enfants. L’orientation de la houle joue un rôle clé. « Parfois, elle vient du sud-est, et ça rentre sur la Côte Bleue. Des fois, elle est ouest, comme aujourd’hui, et là ça rentre ici », résume Florian Nicot.

Cette instabilité oblige les passionnés à s’organiser et à se déplacer vers différents spots dans un périmètre de 40 kilomètres autour de Marseille. « La vraie difficulté ici, c’est d’avoir les créneaux, d’être dans le bon timing et de pouvoir être libre. C’est une organisation à temps plein », reprend Florian. Une contrainte que les surfeurs locaux assument pour ne pas rater « la bonne vague… celle qui donnera le plus de plaisir ».

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