C’est au restaurant 100% végétarien de thecamp, qu’Olivier Mathiot a reçu Made in Marseille pour évoquer l’avenir du « campus du futur ». Après l’annonce de suppression d’effectifs, le président rassure : thecamp se restructure mais « se porte très bien ».

thecamp est un ovni dans le paysage local. Ce lieu unique en son genre, imaginé par Frédéric Chevalier, brutalement décédé en juillet 2017, est situé à la croisée d’une résidence pour start-up façon, « Villa Médicis » et d’un lieu dédié à l’événementiel et la formation. Niché sur le plateau de l’Arbois, à Aix-en-Provence, thecamp s’ancre dans « l’innovation for good » : toutes les formes d’innovation au service de l’intérêt général et du bien commun. Pour certains détracteurs, ce campus du futur souvent appelé « petite Silicon Valley provençale », peine à trouver son modèle économique et ne serait pas assez performant. Quand certains évoquent « un gaspillage de l’argent public », Olivier Mathiot, l’ancien P.-DG de Rakuten France et serial entrepreneur à succès, à la tête de thecamp depuis le 25 avril 2018, se défend. Selon lui, le chiffre d’affaires 2018 est conforme aux prévisions et les perspectives sont bonnes. Il nous a reçu dans cet écrin de nature au coeur du pays d’Aix. Entretien.

Made in Marseille. Après presque deux ans d’existence, l’avenir de thecamp est-il menacé ?
Olivier Mathiot. « Non, on va très bien. Nous avons fait une année 2018 sur les chapeaux de roue. On a quand même dépassé les 10 millions d’euros sur la première année, et nous prévoyons une croissance importante en 2019, par rapport à 2018. Déjà le premier trimestre 2019 est en phase avec le business plan. Plus de 30 000 personnes sont passées à thecamp sur la première année, 300 entreprises ont été accueillies en 2018, 17 500 nuitées enregistrées et plus de 60 000 repas végétariens. On a à la fois la confiance de nos actionnaires, de nos financiers, mais aussi de nos partenaires. Les taux de satisfaction de nos clients sur les prestations et les séjours à thecamp ont vraiment été très bons avec des ratios de score de fidélisation de 8/10. Et on a le même score sur le taux de recommandation. Donc thecamp se porte hyper-bien ».

, Interview – thecamp se restructure et maintient ses ambitions pour l’avenir, Made in Marseille
Olivier Mathiot, président de thecamp. © N.K.

Vous envisagez pourtant de réduire vos effectifs. Pourquoi ? 

O.M. « Nous avons changé la gouvernance de thecamp à la fin 2018. Comme chaque chef d’entreprise quand il arrive – ce que j’ai dû faire avec la nouvelle directrice générale – on doit regarder la structure de coût pour avoir les finances les plus saines possibles. On est en train de rationaliser les coûts, avec une diminution de 10 à 20% cette année et de restructurer l’entreprise. On a sept ou huit départs, parce qu’on a aussi des métiers qui changent. On est sur le métier de la transformation et de l’évolution. thecamp évolue aussi petit à petit.»

Vous dites « restructurer » thecamp. Au-delà des départs, sur quels volets intervenez-vous ?

O.M. « Nous allons intervenir sur le programme de formations, la gestion de projet… En quelque sorte sur nos différents « business unit ». La première année était une année d’expérimentation, on doit s’adapter désormais aux nouvelles demandes de nos clients. Je suis très rigoureux sur tout ce qui est gestion de coût. On renégocie tous les contrats car c’est une structure qui coûte forcément cher. On a quand même plus 10 000 m² construits, un hôtel, un restaurant, un accueil, de la sécurité, un personnel de ménage… On est sur 7 hectares dans la pinède, il y a donc un coût de maintenance du lieu. Renégocier les coûts, ça fait partie de la vie d’une entreprise, ça peut faire grincer des dents, mais ce n’est pas forcément un message négatif. Ça devrait, au contraire, rassurer et montrer que c’est bien géré.»

Cela suppose que vous ne comptez plus recruter ?

O.M. « On a quelques très gros clients qui arrivent et on s’adapte. Il y aura donc probablement des recrutements dans le courant de l’année en fonction des besoins. On est comme une structure de l’information, du consulting ou de la communication… en fonction de nos clients, on doit avoir une certaine flexibilité. »

Vous parlez de nouveaux clients. Lesquels par exemple ?

O.M. « On a des supers grands clients qui n’étaient pas là au début et qui reviennent souvent, car ils sont satisfaits, comme Gémalto ou encore Malakoff Médéric. Et puis des nouveaux que je préfère garder confidentiels parce qu’on est en discussions, sur des sujets très intéressants dans le domaine de la formation et de la transformation. »

Vous avez également décidé d’améliorer votre offre. C’était nécessaire ?

O.M. « Quand je suis arrivé, on m’a dit : « thecamp c’est trop orienté sur les grands groupes à Paris, ou à l’international et qu’est-ce qu’on fait pour le territoire ? ». Tout le monde pensait que ce n’était pas ouvert. Donc on a fait deux mesures importantes : on a lancé le Club Accès pour les entreprises du territoire, PME et ETI, pour qu’elles puissent profiter des infrastructures de thecamp, former leurs équipes ou pour recevoir leurs clients. Nous avons lancé « Le Pass », un programme de formations avec des sessions de deux jours et des programmes plus longs comme « Future of work », pour explorer des solutions pratiques et concrètes dans les entreprises et tester de nouvelles organisations de travail. On est aussi en train de lancer un programme culturel qui permet au grand public de venir pour des concerts, des expositions et profiter du lieu, y compris en soirée. »

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Crédit photo : N.K.

Vos ambitions pour thecamp restent-elles intactes ?

O.M. « Absolument. On veut faire une croissance à deux chiffres. C’est très ambitieux, puisqu’on vise les 30% de croissance d’une année sur l’autre. Ça ne veut pas dire que c’est évident, car nous sommes sur un nouveau marché, celui de l’impact positif, des transformations, de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), l’inclusion sociale, le rapport à l’écologie, l’environnement l’énergie, à la consommation mais aussi des tiers lieux. Je pense que thecamp est dans l’air du temps. Cette quête de sens se ressent chez les collaborateurs, les employés, mais aussi les consommateurs, les citoyens, et on le voit d’ailleurs avec la crise de gilets jaunes… et thecamp, c’est exactement ça :  l’accompagnement des grandes et des petites entreprises, du public et du privé, dans les transformations structurelles. C’est la nouvelle révolution industrielle. »

thecamp se positionne justement sur ce marché des tiers lieux…

O.M. « C’est, en effet, un tiers lieu à part entière. En entrepreneuriat, on appelle ça un « time to market », qui est parfait, puisque finalement nous sommes dans ce marché de la quête de sens, comme je disais. Il existe des tiers lieux comme la Singularity University en Californie, le MIT Lab… On a des concurrents dans le monde entier notamment aux Etats-Unis mais aussi en Europe, qui inventent des lieux avec du contenu inspirant et aucun de ses modèles n’a encore trouvé le Saint Graal. thecamp est comme une start-up, on doit pivoter, tester des choses…  C’est un tout nouveau business-modèle. On devrait atteindre l’équilibre en 2022. Il faut avoir de la patience, celle des médias et de nos partenaires. Nos partenaires publics* sont d’ailleurs très contents. Ils ont d’ailleurs réaffirmé leur fidélité à thecamp. C’est très important pour nous, car on a ce savoir-faire unique de mélanger les enjeux privés du business et les enjeux publics et politiques qui sont l’aménagement et l’attractivité du territoire. »

Vous n’envisagez pas de quitter la présidence de thecamp alors ?

O.M. « Ah non, pas du tout ! Je suis à fond ! » (rires).

🔎  A propos  de thecamp
thecamp est un projet public-privé avec un budget d’investissement de 80 M€. Le campus du futur a bénéficié du soutien de l’ensemble des collectivités locales : la Métropole Aix-Marseille Provence, la Région Sud, le Département des Bouches-du-Rhône et de la CCI Marseille Provence qui ont apporté un total de 19 millions d’euros d’avances remboursables, que la structure se prépare à rembourser.

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