Depuis six ans, Bourlingue & Pacotille transporte des marchandises entre la Corse et Marseille à bord d’un voilier. Malgré une activité en plein développement, la coopérative alerte sur son modèle économique fragile et un risque de fermeture d’ici la fin de l’année.

Des agrumes et des avocats cultivés en Corse, chargés sur un voilier puis acheminés jusqu’à Marseille avant d’être vendus dans des épiceries, des restaurants ou sur les marchés. C’est le modèle développé par Bourlingue & Pacotille pour proposer une alternative moins polluante au transport maritime traditionnel.

Pour assurer ces traversées, la coopérative s’appuie sur le Barbaranova, un voilier de 18 mètres en acier capable de transporter jusqu’à cinq tonnes de marchandises. Le bateau effectue désormais un à deux voyages par mois entre la Corse et le continent, principalement grâce à la force du vent.

À Marseille, le projet s’est progressivement structuré. De nouveaux clients ont rejoint l’aventure et, depuis janvier 2025, Bourlingue & Pacotille dispose d’un espace sur le port de Saumaty (16e), où elle peut notamment stocker dans des chambres froides les fruits et légumes débarqués. « Cela change la vie du projet », estime son cofondateur Nicolas Rousson. À l’approche de la saison hivernale, cet espace facilite le stockage des produits avant leur distribution à Marseille.

Mais malgré la hausse des volumes transportés, les stocks s’écoulent trop lentement. Bourlingue & Pacotille doit donc trouver de nouveaux débouchés pour pérenniser son activité.

bourlingue, À Marseille, Bourlingue & Pacotille se bat pour développer le transport de marchandises à la voile, Made in Marseille
Un déchargement devant le Mucem en 2025.

Trouver de nouveaux débouchés pour les marchandises

Le réseau commercial de Bourlingue & Pacotille s’étoffe. En plus des épiceries clientes s’ajoutent désormais de plus en plus de restaurants, ainsi que les marchés de Saint-Victor et de la Friche. Entre janvier et avril derniers, quatre groupements d’achat ont aussi été expérimentés, jusque dans le sud de la Drôme. Des dizaines de particuliers regroupent ainsi leurs commandes.

Barbaranova ne transporte cependant pas que des fruits et légumes frais. Avec sa capacité de cinq tonnes, le voilier achemine des machines agricoles, du vin et de la farine biologique vers la Corse. « On a quand même réussi à atteindre une fréquence stable d’un à deux trajets par mois », souligne Nicolas Rousson. Fixé lors de l’achat du bateau, l’objectif de 30 tonnes de marchandises livrées par an a été atteint. Pour 2027, Bourlingue & Pacotille vise entre 40 et 50 tonnes. Cette dynamique n’assure pas pour autant l’avenir de la structure.

Un modèle qui repose sur le bénévolat

La coopérative fonctionne sur un système d’achat-revente et compte aujourd’hui 300 membres. Si la marge dégagée par la revente des marchandises permet de financer le transport et ses deux salariés, l’équilibre reste pourtant fragile.

L’équipe accueille depuis peu trois nouveaux membres chargés du développement commercial du projet. La coopérative pourrait théoriquement les salarier. Toutefois, « il faudrait vendre davantage », résume Nicolas Rousson. Bourlingue & Pacotille peine à écouler son stock évalué à 30 000 euros.

De plus, le projet n’a été soutenu par aucune subvention depuis son lancement. Arès six années d’engagement citoyen, « nos bénévoles sont fatigués », reconnaît le cofondateur. La situation devient urgente. Sans soutien financier ou nouvelle dynamique commerciale pour renforcer leur modèle, « ce serait la clé sous la porte d’ici fin 2026 », estime Nicolas Rousson.

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Avant janvier 2025, l’équipage déchargeait Barbaranova aux abords du Mucem. © Loïs Elziere

Le Barbaranova toujours en attente de certification

En janvier 2025, Bourlingue & Pacotille demande l’obtention d’une certification pour le Barbaranova, le reconnaissant comme navire de commerce. Les études de stabilité nécessaires ont été depuis menées. La coopérative espère une reconnaissance pour début 2027.

Une fois certifié, le voilier pourrait naviguer vers des destinations situées hors de l’Union européenne. La Tunisie figure parmi les premières routes envisagées. Lors d’un premier voyage, la coopérative y avait rencontré des producteurs locaux d’huile d’olive, d’harissa et de dattes. Pour poursuivre ainsi sa croissance, Bourlingue & Pacotille doit composer avec la concurrence « inéquitable » du transport maritime conventionnel.

Une petite voile face aux porte-conteneurs motorisés

Pour les liaisons avec la Corse, les navires classiques bénéficient notamment d’une détaxe du carburant, liée à la continuité territoriale. Un dispositif public avantageux dont la coopérative ne peut pas profiter sans sa certification. Pour Nicolas Rousson, la différence révèle une difficulté plus large.

« Les produits sont sélectionnés en fonction de leur prix ou de leur origine. Dans le calcul, le coût environnemental de leur acheminement reste largement absent », regrette-t-il. Si les voyages de Barbaranova restent symboliques face aux grands armateurs,  ils démontrent, selon le cofondateur, qu’une autre organisation du transport maritime est possible, avec une rémunération équitable des différents acteurs de la chaîne.

Bourlingue & Pacotille n’est pas seule à miser sur le vent. Plusieurs projets français, notamment en Bretagne, prennent forme sur de plus grandes échelles. Les deux cargos de Grain de Sail effectuent depuis 2020 des échanges transatlantiques de cacao et de café. L’entreprise morlaisienne travaille même sur la construction d’un porte-conteneur de 162 mètres doté de trois mâts. Un projet similaire porté par Windcoop, doit relier Marseille à Madagascar l’année prochaine.

Faire connaître un autre transport maritime

En attendant de pouvoir repartir vers la Corse à l’automne, Bourlingue & Pacotille renforce sa visibilité. Du 17 au 27 septembre, son voilier sillonne la côte, de la Ciotat à Marseille. La tournée mêle sensibilisation et musique, avec le chanteur belge Jonas Bassi.

La coopérative participera également le vendredi 18 septembre à la Fête de Low’tomne. Un de ses bénévoles y animera un atelier autour de la décarbonation du transport maritime.

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