Le cabinet marseillais One Avocats, spécialisé en droit des affaires, fête ses 20 ans cette année. Émilie Allegrini, avocate associée depuis 2022, revient sur l’histoire du cabinet, son ADN et ses ambitions.
Avant de s’appeler One, le cabinet portait le nom de ses deux fondateurs Prieur et Stuckey. « Après, on a eu une première évolution de Prieur-Stuckey et Associés, et puis en 2019, on s’est appelé One, puisqu’il y a eu encore de nouveaux associés. On a voulu fusionner comme une seule et même équipe ».
Le nom fait aussi écho à l’adresse du cabinet à Marseille. « On est au 1 de la place Félix Baret, donc ça fait sens ». Mais le choix répondait avant tout à une contrainte pratique : « Il nous fallait rechercher un nom qui soit disponible pour l’ensemble de nos clients, donc aussi nos clients internationaux, facilement prononçable ».
Une forte portée internationale
Car l’ouverture à l’international constitue l’un des marqueurs forts du cabinet. « On est tous bilingues » souligne l’avocate. « On est tous capables de prendre un dossier en anglais », pour la clientèle internationale qui veut s’implanter en France, ou à l’inverse pour « des clients qui sont autour de nous, et il y en a plein, de belles sociétés françaises dans le bassin méditerranéen (…) qui ont une volonté d’aller à l’export ».
Le cabinet est également fondateur du réseau international « International Legal Team », qui lui permet de réagir dans l’urgence. Émilie Allegrini en donne un exemple concret : « Si j’ai un client qui a besoin d’un avocat en droit des sociétés au Maroc. Dans la demi-heure, j’arrive à lui trouver quelqu’un de complémentaire à Marrakech ». En France, ce réseau ne compte que deux autres cabinets basés à Paris.
Du fax à l’intelligence artificielle
Interrogée sur ce qui a le plus changé depuis ses débuts, Émilie Allegrini situe d’emblée le métier dans son époque. « Je dirais que le métier reflète la société, réellement. Quand j’ai commencé, on envoyait des courriers et des fax, aujourd’hui on vit avec notre ordinateur ». L’avocate décrit une profession désormais soumise à l’urgence permanente et à la disponibilité continue : « On est très joignable sur nos téléphones. Et il y a cette notion d’urgence, de facilité ».
Conséquence directe : « Toutes les petites missions qui sont sans valeur ajoutée intellectuelle commencent à disparaître un petit peu. Et c’est là que l’IA joue, dans le sens où on ne fait que des prestations à forte valeur ajoutée. Toute ma journée n’est dédiée qu’à de la prestation intellectuelle pure et des prises de décisions ».
L’IA, « un outil qu’il faut dominer »
Le cabinet a adopté l’IA très tôt, portée par plusieurs associés « très moteurs sur tout ce qui est nouvelles technologies ». Mais Émilie Allegrini insiste sur une limite claire posée en interne : l’outil est volontairement tenu à distance des plus jeunes. « On essaye de l’éviter pour les jeunes avocats ou les jeunes stagiaires qui pourraient passer par notre cabinet, pour leur apprendre à réfléchir par eux-mêmes ».
L’IA fait gagner du temps, à condition de savoir précisément ce qu’on lui demande. « L’IA est un formidable outil pour gagner du temps, mais il faut connaître le résultat. Il faut connaître ce qu’on cherche pour lui demander de le faire exactement. On peut s’en servir pour faire un tableau Excel plus efficace (…) pour faire une analyse ou un récapitulatif d’une page dont on connaît déjà la lecture mais pour laquelle on a besoin d’un sommaire… ».
En revanche, sur une mission inédite, l’outil reste écarté : « On n’utilise pas l’IA si c’est une nouvelle mission puisqu’il faut qu’on se perfectionne par nous-mêmes et qu’on apprenne, qu’on vérifie les textes, qu’on vérifie la jurisprudence ». Le cabinet a déjà changé deux fois de solution technologique en quelques années. « On a notre troisième IA (…) Tous les trois, quatre, six mois ça évolue et on se doit d’être aussi à jour ».
Marseille, Aubagne, Paris : une implantation pensée par étapes
Le développement géographique du cabinet répond à des besoins très concrets. L’ouverture du bureau d’Aubagne en 2024 est née d’un impératif. « On était très à l’étroit à Marseille, on avait développé le cabinet suffisamment et il manquait des bureaux ». Mais surtout, l’accessibilité posait problème pour une partie de la clientèle. « Beaucoup de clients qui sont dans les bassins professionnels qui sont autour de Marseille nous disaient qu’ils ne venaient plus ».
Le Covid a accéléré la réflexion : « On ne faisait plus que des visios. Donc on s’est posé la question de sortir le bureau de Marseille, de ne plus avoir le prestige d’une adresse mais d’éviter les problématiques de notre monde actuel qui sont le parking et l’accès autoroutier. Donc Aubagne coche parfaitement tout ça », avec sa position stratégique « à 20 minutes d’Aix, une demi-heure de Marseille et de Toulon, c’est vraiment bien placé. Le parking est juste en dessous ».
Le bureau parisien, lui, répondait initialement à un besoin différent : éviter à la clientèle du nord de la France ou de l’étranger un déplacement dans le sud. « La logique initiale était celle-là, d’avoir un bureau sur Paris pour accueillir les clients ». Mais depuis trois ans, une associée s’y est installée à titre permanent, pour des raisons personnelles, ce qui a renforcé l’ancrage parisien du cabinet.
Malgré cette dispersion géographique, Émilie Allegrini insiste sur la cohésion d’équipe entretenue au quotidien. « On a des réunions ici deux fois par mois, on a un déjeuner tous ensemble une fois par mois. On a des activités d’équipe, on a deux jours d’équipe par an ». Et de résumer l’esprit du cabinet : « On est 17, ça fait une grande famille quand même, mais on fait tout en famille ».
Une croissance maîtrisée, pas une course à la taille
Pour l’avenir, le cabinet ne ferme aucune porte mais revendique une logique d’ouverture plutôt que d’opportunisme. Les futures associations, à l’image de celle de Marie Anglade, naîtront de rencontres plutôt que d’une stratégie d’expansion à tout prix. « On ne veut pas créer 10 bureaux par an », précise Émilie Allegrini, qui met en avant une dimension quasi familiale entre les associés historiques.
L’ambition affichée reste de continuer à renforcer les expertises existantes et de répondre aux besoins des clients avec sérieux, sans rechercher la surperformance. Dans les années à venir, Émilie Allegrini anticipe notamment une vague importante de transmissions d’entreprises, un enjeu central pour son activité de droit des sociétés.
Quant à l’évolution du métier sur le temps long, l’avocate associée reste prudente : « Il y a 4 ans, vous m’auriez posé la question, je n’aurais même pas imaginé l’IA ». Elle anticipe toutefois une spécialisation croissante de la profession, tournée vers davantage de conseil et de prestation intellectuelle pointue.