Le tunnel Prado Carénage, propriété de la Métropole, est toujours plus rentable pour les actionnaires privés. Ils ont encore augmenté leurs dividendes pour atteindre 13,4 millions d’euros. La mairie dénonce les tarifs pratiqués et affirme ouvrir des discussions pour les renégocier.
Le tunnel Prado Carénage permet de traverser le centre de Marseille en évitant la circulation difficile en surface. Mais il est considéré comme l’une des chaussées les plus chères de l’Hexagone, autour de 1,31 euro le kilomètre. Et si le péage a augmenté ces dernières années, passant de 2,90 € en 2022 à 3,20 € aujourd’hui, cela n’a pas refroidi 14,3 millions de véhicules de l’emprunter l’an dernier.
Si le chiffre est impressionnant, il représente une très légère baisse de fréquentation (-0,8 %) par rapport à 2024. Mais paradoxalement, les « recettes de péages » ont augmenté pour rapporter 37,6 M€ en 2025, contre 36,7 M€ lors de l’exercice précédent. Soit près de 900 000 euros supplémentaires.
De quoi faire grimper encore les bons résultats financiers de la Société marseillaise du tunnel Prado-Carénage (SMTPC), qui a publié son bilan 2025 sur son site. Son chiffre d’affaires annuel est passé de 38 à 39,5 millions d’euros, « en hausse de 3,7 % par rapport à l’année 2024 », décrit le document.
13,4 millions d’euros pour les actionnaires, 600 000 de plus qu’en 2025
Au final, la société présente un résultat net de 10,5 millions d’euros, « en hausse de 11,4 % par rapport à l’exercice 2024 », où il atteignait 9,4 millions d’euros. Et ça se répercute dans le portefeuille de ses actionnaires, dont les principaux sont Eiffage et Vinci.
Ils prévoient ainsi d’augmenter encore leurs dividendes pour atteindre 13,4 millions d’euros, soit « un dividende brut de 2,30 euros par action ». C’est 600 000 euros de plus que l’année dernière, où les actionnaires s’étaient reversés 12,8 M€. Ce montant était déjà en augmentation continue les années précédentes.
Parmi les raisons principales de l’augmentation de son chiffre d’affaires, la SMTPC évoque « l’augmentation tarifaire appliquée en janvier 2025 ». De quoi peut-être faire grincer les dents des automobilistes.
« L’exploitation des infrastructures et la politique tarifaire de la SMTPC s’inscrivent dans le cadre du contrat qui la lie à la Métropole Aix-Marseille-Provence, justifie la société privée*. Les tarifs appliqués sont fixés selon les modalités prévues par ce cadre contractuel et reposent sur le principe de l’utilisateur-payeur, permettant de financer les infrastructures et les services associés par ceux qui les utilisent, plutôt que par l’ensemble des contribuables ».
Un équipement public à « forte rentabilité » pour le privé
De son côté, la Chambre régionale des comptes (CRC) pointait déjà l’année dernière la « forte rentabilité » de l’ouvrage public, propriété de la Métropole Aix-Marseille-Provence, pour le concessionnaire privé. La Société marseillaise du tunnel Prado-Carénage aurait reversé 184 millions de dividendes à ses actionnaires jusqu’en 2023.
La CRC relevait également que la société privée ne reversait aucune redevance d’occupation du domaine public à la Métropole, qui a renouvelé la concession jusqu’en 2033. La chambre pointait également la bienveillance de l’intercommunalité envers la SMTPC, qui transmettait des documents « incomplets » sans aucune pénalité.
Dans son bilan 2025, la société privée explique que ses bons résultats proviennent notamment « de l’augmentation des recettes générées par les prestations annexes », qui ont augmenté de 500 000 euros pour atteindre 1,8 M€. Celles-ci comprennent les prestations « de lavage pour les tunnels gérés par la Métropole Aix-Marseille-Provence ».
La mairie « ouvre des discussions » pour le tunnel à 1 euro
Période électorale oblige, les politiques locaux ont polémiqué sur ce sujet lors des municipales ces derniers mois. Parmi les plus critiques sur l’exploitation du tunnel Prado Carénage, Benoît Payan (divers gauche) promettait de revoir le contrat. Réélu maire, sa majorité a réagi vertement à cette nouvelle augmentation de revenus pour les concessionnaires de l’équipement public.
« Les Marseillaises et les Marseillais ne peuvent pas supporter d’une part la crise économique et voir leur pouvoir d’achat diminuer, tout en alimentant les dividendes de quelques actionnaires pratiquant des tarifs déraisonnables pour les traversées des tunnels », nous déclare le Printemps marseillais.
La majorité municipale, qui a fait son entrée dans la gouvernance de la Métropole, entend négocier directement avec la société privée pour qu’elle revoie sa politique tarifaire. « Nous ouvrons des discussions avec les opérateurs des tunnels pour en réduire le coût pour les habitants », affirment les élus marseillais.
« Notre objectif est l’instauration d’un nouveau système d’abonnement, moins coûteux pour les ménages, qui permettrait de fixer le prix de la traversée à 1 euro. Ces discussions sont une priorité pour le maire de Marseille », assure sa majorité. Sans préciser l’avancée de ces négociations, ni quand elles pourraient aboutir.
« La SMTPC et la Métropole échangent au quotidien et dans une logique partenariale », affirme de son côté la société du Prado Carénage*. Elle défend son action en faveur des infrastructures de mobilité. « Depuis sa création, la SMTPC réalise des investissements structurants au service du développement et de la mobilité du territoire. Dans la continuité de son engagement en tant qu’acteur de la mobilité urbaine, la SMTPC a également financé en 2023, sur ses fonds propres, la réalisation de la Bretelle Schlœsing, un projet majeur contribuant à l’amélioration des déplacements au sein de la métropole, au désengorgement de la ville, à l’arrivée du tramway dans les quartiers sud ainsi qu’au renforcement des connexions entre le nord et le sud de Marseille », estime-t-elle.
* Réponses apportées après publication de l’article. Ajoutées le 19 mai à 11h50.
