Du 22 mai au 30 mai prochain, l’exposition « Hors Cellule » aux Docks Village (2e) dévoile d’anciennes portes de prison des Baumettes transformées par différents artistes. Mc Solaar, Robert Combas, Pascal Obispo et d’autres encore ont fait de ce patrimoine carcéral des oeuvres d’art.
Il faut être sacrément visionnaire pour voir un avenir dans une porte de prison vieille de cent ans. Pourtant, lorsque les galeristes Alexis Pentcheff et sa femme Giulia apprennent que l’ancienne prison des Baumettes va être détruite et ses portes mises en vente, ils n’hésitent pas à en acquérir une cinquantaine.
S’en suit une réflexion sur la manière dont ces portes pourraient aider leur prison d’origine. Le couple s’intéresse alors à l’association Festin qui gère, entre autres, le restaurant des Beaux Mets. L’établissement, installé au cœur de la prison des Baumettes, permet aux détenus de découvrir les métiers de la cuisine et du service en y travaillant chaque midi.
Pour ces originaires de Marseille, le déclic se fait. « On s’est dit que ces objets ne pouvaient pas être considérés comme des déchets issus de la démolition d’un bâtiment, et qu’on pouvait sûrement être capable de leur donner une seconde vie au travers de notre métier », explique Alexis Pentcheff. L’idée leur vient alors de transformer ces portes afin de les vendre puis de répartir les fonds collectés : un tiers pour leur galerie, un tiers pour l’association et le reste pour les artistes, même si certains ont déjà annoncé verser leur part à l’association.
De l’upcycling à l’état brut
Pour ériger ces portes au rang d’œuvres d’art, le couple sollicite différents artistes. « Avec mon épouse, on a choisi des rappeurs qui ont marqué notre génération, et dont les paroles pouvaient avoir un sens par rapport aux portes de prison ». Passy, Akhenaton, Shurik’n et Mc Solaar notamment répondent présents.
Mais aussi d’autres artistes dont les marchands d’art apprécient le travail : Ben, Hervé Dirosa, Robert Combas, Philippe Geluck, Eric Cantona, Doriane Malige. « C’est un projet qui, même humainement, a été super, avec des gens qui ont vraiment joué le jeu », résume Alexis Pentcheff.
Le couple leur laisse ensuite carte blanche pour transformer seize de ces portes en bois et en acier. Le véritable défi est logistique puisqu’il a fallu acheminer une de ces portes de 140 kilos à Bruxelles ou attendre que ces artistes viennent en concert ou en tournage à Marseille pour peindre les portes dans les jardins de la galerie. Au final, cinq années se sont écoulées entre l’achat des portes et l’exposition « Hors Cellule ».
Des prix variés
Cette dernière semaine de mai, amateurs d’art et promeneurs pourront admirer les portes décorées ou transformées aux Docks Villages, et peut-être même repartir avec.
Car ces œuvres ont un prix. Fixé soit en fonction de la cote de l’artiste, comme « celle de Robert Combas à 90 000 euros », indique le galeriste, soit directement par l’artiste, comme celles à 5 000 euros pièce de Passy, Mc Solaar, Akhenaton et Shurik’n.
Mais le coût réel pourrait être inférieur au prix affiché. En effet, « avec les déductions d’impôts que l’acheteur va pouvoir récupérer, puisque une partie des fonds vont à l’association, ou alors si l’achat se fait via une entreprise d’art contemporain, ces investissements seront beaucoup moins lourds que le prix qui est annoncé au départ », explique le galeriste. De quoi peut-être convaincre des amateurs d’art de changer de porte ?