Amarré au Vieux-Port, le catamaran zéro émission MODX70 lance depuis Marseille “Posidonia Connect”, une mission scientifique consacrée aux herbiers de posidonie. Chercheurs, ingénieurs et acteurs du maritime veulent mieux comprendre l’état de cette plante marine essentielle face au changement climatique et aux pressions humaines en Méditerranée.
Sous l’eau, la posidonie océanique forme de vastes herbiers parfois surnommés les « forêts » de la Méditerranée. Cette plante marine à fleurs, endémique du bassin méditerranéen, joue un rôle clé dans l’écosystème marin : elle produit de l’oxygène, abrite des centaines d’espèces, stabilise les fonds marins et ralentit l’érosion des plages. Elle agit aussi comme un important puits de carbone capable de stocker durablement du CO2 dans les sédiments marins.
« Elle a le pouvoir de pousser sous l’eau, de capter le carbone, de produire de l’oxygène, d’abriter le vivant, la biodiversité. Elle joue un rôle de nurserie », rappelle Hervé Menchon, adjoint au maire de Marseille délégué à l’environnement et à la biodiversité.
Mais cette plante pousse très lentement, seulement quelques centimètres par an. Pollution, urbanisation du littoral, ancres de bateaux ou encore réchauffement climatique fragilisent progressivement les herbiers méditerranéens. À Marseille, les études menées ces dernières années montrent notamment un recul de certaines zones profondes de posidonie sur plusieurs décennies.
« Notre constat, qui est assez généralisé sur la majorité des sites, c’est une régression », explique Patrick Astruch, ingénieur de recherche au GIS Posidonie. « Sur 30 à 40 ans, on observe un recul de cette limite inférieure de l’herbier. »
Un constat déjà présent depuis longtemps, puisque la Ville de Marseille avait adopté en décembre 2023 un « Plan Posidonie » doté de plus d’un million d’euros jusqu’en 2028. L’objectif : protéger les herbiers existants, restaurer certaines zones dégradées, limiter l’érosion du littoral et développer le suivi scientifique.
Une nouvelle étape après la mission de 2025
Le projet « Posidonia Connect » s’inscrit dans la continuité d’une première mission menée en 2025 par la fondation Race for Water et le GIS Posidonie. Cette campagne avait permis d’explorer treize sites le long du littoral méditerranéen français et de retrouver quinze anciennes balises scientifiques installées parfois depuis plus de trente ans.
L’objectif était de reprendre le suivi de zones étudiées depuis les années 1980 afin de mesurer l’évolution des herbiers dans le temps. « Il y a très peu d’études scientifiques qui ont ce temps de recul », souligne Patrick Astruch.
La nouvelle mission doit désormais permettre d’aller plus loin avec une coopération scientifique méditerranéenne. Le bateau quittera Marseille mercredi pour rejoindre le nord de la Sardaigne, traverser la mer Tyrrhénienne, faire une escale dans le golfe de Naples puis longer les côtes italiennes avant de s’arrêter à Toulon.
Des équipes françaises et italiennes travailleront ensemble pour harmoniser leurs méthodes de suivi écologique et partager des indicateurs communs d’évaluation environnementale. Parmi eux, l’EBQI (Ecosystem-Based Quality Index), un outil d’évaluation déjà utilisé en Méditerranée française pour mesurer l’état des écosystèmes marins, notamment les herbiers de posidonie.
« Il y a besoin de collaborer entre les pays européens, au niveau des scientifiques, au niveau des gestionnaires », rappelle Camille Rollin, coordinatrice de Race for Water.
Un catamaran, vitrine de la navigation décarbonée
Cette mission se déroule à bord du MODX70, un catamaran expérimental entièrement électrique pensé comme une vitrine des technologies maritimes décarbonées. Le navire fonctionne grâce à des panneaux solaires, une énergie hydrolienne et deux véliques rétractables automatisées qui remplacent les voiles traditionnelles.
« On n’a pas une seule goutte de fioul à bord du bateau », vante Jean-Marc Normand, responsable technique d’Océan Développement. « Quand on navigue sous aile, on produit de l’énergie ».
Le bateau embarque 250 kWh de capacité de stockage et fonctionne grâce à un système combinant énergie solaire, hydrogénération et ailes gonflables automatisées. Depuis sa mise en circulation il y a quatorze mois, le MODX70 a déjà parcouru près de 10 000 milles sans utiliser de carburant fossile.
Pour le MODX70, l’automatisation de la gestion énergétique permettrait d’éviter près de 126 tonnes d’émissions de CO2 par an. Un symbole fort aussi pour les scientifiques embarqués, qui peuvent « réaliser des missions et continuer des recherches avec un impact limité », souligne Camille Rollin. Grâce à sa propulsion électrique et sa navigation silencieuse, ce catamaran zéro émission réduit également les nuisances pour la biodiversité marine, en limitant bruit, fumées et pollution liée au fioul.

Conférences, ateliers et sensibilisation à Marseille
Avant le départ du bateau, plusieurs temps de sensibilisation sont organisés aujourd’hui et demain à Marseille. Des demi-journées pédagogiques doivent accueillir de 50 à 100 collégiens et lycéens autour des enjeux océaniques et climatiques.
Une conférence grand public ainsi qu’une table ronde consacrée à la décarbonation du transport maritime sont également prévues avec des chercheurs, industriels et acteurs du secteur maritime. L’objectif est de sensibiliser autant les professionnels que les habitants aux liens entre océan, climat et biodiversité.
« Nous sommes heureux d’être le point de départ, le port d’attache, le point de lancement de cette odyssée », a déclaré l’élu marseillais Hervé Menchon à bord du catamaran.

