Lancée le 8 mars depuis Marseille, la plateforme digitale et gratuite WeBlame recueille les témoignages de violences partout en France afin d’accompagner les victimes et de les aider à se pourvoir en justice. Une version pour les entreprises est en développement.

En France, 94% des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite. Un chiffre lourd de conséquences pour les victimes qui n’obtiennent pas réparation. Dans son cabinet marseillais, la chirurgien-dentiste Marline Garcia a entendu bon nombre d’histoires de ses patientes, dont une ayant été violée par un confrère.

Indignée par cette violence impunie, la soignante a souhaité agir pour rompre l’isolement des victimes qui alimente ce cercle vicieux. « Quand plusieurs récits désignent un même auteur ou système, la réalité devient une preuve matérielle incontestable », affirme-t-elle.

En 2024, elle réunit donc ses économies pour faire développer une plateforme digitale gratuite : WeBlame (Nous blâmons). Lancé deux ans plus tard à la date symbolique du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, cet outil a déjà recueilli une centaine de témoignages de violences sexistes, sexuelles, raciales ou homophobes, jusqu’au harcèlement au travail.

« Notre algorithme est ensuite capable de faire ‘matcher’ les profils en analysant les ressemblances de modes opératoires et les caractéristiques physiques des agresseurs dans un rayon géographique proche », explique Hélène Del Beato, cofondatrice ayant rejoint l’aventure en mars 2025.

Un tiers de confiance, sans verser dans la diffamation

Familière des structures sociales pour les femmes, Hélène s’appuie sur son expérience actuelle au sein du projet social Chez Marthe (1er) et la Maison des Femmes Marseille Provence pour « aller plus loin dans l’accompagnement des victimes » grâce à cet outil pensé comme un « tiers de confiance ultra-sécurisé et confidentiel ».

WeBlame a ainsi noué des synergies avec des experts de terrain, comme Solidarité femmes 13, la Maison des Femmes mais aussi le cluster #MeTooEcole fondé à Paris pour protéger les enfants. L’objectif étant d’orienter les victimes vers un accompagnement spécifique pour in fine les aider à se pourvoir en justice.

Les cofondatrices restent cependant vigilantes dans la sécurisation de leur outil avec « une bonne couche de cyber-sécurité ». La plateforme doit, en effet, rester confidentielle pour « ne pas verser dans la diffamation » et afficher gratuitement de potentiels innocents sur la place publique.

Développer une plateforme pour les entreprises

Actuellement portée par une association, WeBlame espère attirer des subventions publiques. Mais elle comprend aussi que « le contexte budgétaire des institutions ne permet pas aux associations de s’en sortir correctement ».

La Marseillaise regarde donc du côté du secteur privé pour assurer la pérennité de la plateforme. Aidée par son frère, directeur technique, elle est d’ailleurs en train de développer un outil RH similaire pour le vendre aux entreprises qui souhaiteraient offrir à leurs salariés un espace libre et sécurisé pour se confier sur des situations d’agressions morales et physiques survenues au bureau.

Afin de poursuivre ce chantier et monter une société en bonne et due forme, WeBlame envisage très prochainement de lever des fonds. La plateforme souhaite également s’exporter dans d’autres pays européens, d’où son nom anglais… Car les violences n’ont pas de frontières.

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