Après le second tour des municipales, la Métropole Aix-Marseille-Provence se retrouve sans majorité absolue. Alors que Martine Vassal a annoncé qu’elle ne se représentera pas, la désignation du prochain président s’annonce très ouverte avec plusieurs scénarios possibles.
À l’issue du second tour des élections municipales, ce dimanche 22 mars 2026, la composition du nouvel hémicycle de la Métropole Aix-Marseille-Provence peut désormais être projeté. Et aucune majorité claire ne se dessine pour l’instant.
C’est à partir de la liste des nouveaux conseillers municipaux, élus dans les 92 communes de l’intercommunalité, que les 238 élus communautaires ont été désignés. Le conseil métropolitain devrait se réunir le mardi 7 avril, selon nos informations, pour choisir son président ou sa présidente.
Lors du mandat précédent (2020-2026), la droite disposait d’une majorité confortable qui avait conduit à la réélection de Martine Vassal (DVD) à la présidence de la Métropole, malgré sa défaite face à Michèle Rubirola (DVG) aux élections municipales à Marseille. Cette fois-ci, alors que Martine Vassal, a annoncé hier soir qu’elle ne se représentera pas, une pluralité de scénarios est envisageable.
Aucun « camp » majoritaire
L’hémicycle recomposé n’est pas sans rappeler celui de l’Assemblée nationale, une configuration qui a plongé le pays dans une instabilité politique depuis presque deux ans. À la lecture des résultats, aucun « camp » politique ne semble effectivement en mesure de franchir le seuil des 120 sièges pour prétendre à la majorité absolue.
Avec sa large victoire à Marseille, qui dispose de 101 sièges, Benoît Payan devrait en décrocher 67 pour la gauche selon nos projections. Les villes de Martigues, Vitrolles et Aubagne, qui voit la gauche revenir au pouvoir pour la première fois depuis 2014, viennent également renforcer le contingent, portant à 93 le nombre total d’élus de gauche.
Les élus étiquetés « divers centre » et « divers droite » remportent quant à eux respectivement 19 et 59 sièges, portés par leurs victoires à Salon-de-Provence, La Ciotat, Allauch et de nombreuses petites communes, où les maires ont souvent été élus dès le premier tour.
Aix-en-Provence, qui dispose de 17 sièges dans l’hémicycle métropolitain, va aussi envoyer 13 élus étiquetés UDI au Pharo. Mais ces derniers pourraient constituer un groupe aixois indépendant, comme lors de la précédente mandature. Le RN, dopé par son score élevé à Marseille, aura quant à lui 35 représentants. Enfin, 19 conseillers métropolitains ont été élus sur des listes sans étiquette.
« Pas de bouleversement majeur » selon Renaud Muselier
Dans ce paysage politique très hétéroclite, les discussions devraient être intenses ces prochains jours pour tenter de bâtir une majorité stable. La droite, si elle souhaite conserver la présidence de la Métropole, n’aura que deux options : trouver un accord de gouvernance avec la gauche ou bien avec l’extrême droite.
Benoît Payan, qui a martelé pendant sa campagne que « rien ne se ferait plus sans Marseille à la Métropole », va certainement vouloir peser dans la désignation du président de l’intercommunalité, fort de sa large victoire dans la cité phocéenne. Sonnée par sa lourde défaite ce dimanche soir, Martine Vassal a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne briguerait pas une réélection.
Le président de la Région Sud, Renaud Muselier, présent aux côtés de Sophie Joissains pour célébrer sa victoire à Aix-en-Provence, estime pour sa part qu’il n’y aura « pas de bouleversement majeur. La métropole restera vraisemblablement dans notre sensibilité politique ».
Un pacte de gouvernance inédit ?
Le maire de Marseille pourrait être tenté de nouer un pacte avec Nicolas Isnard (LR), réélu triomphalement dès le premier tour à Salon-de-Provence (74,71%) pour un troisième mandat, et dont le nom revient avec insistance depuis plusieurs semaines. Son profil consensuel, loin des batailles politiques de la cité phocéenne, pourrait rassurer la gauche marseillaise.
Le nom de Georges Cristiani, maire divers centre de Mimet, réélu à 73,90% dès le premier tour, est également cité. Il est à l’origine de la création du rassemblement apolitique des Maires de Provence. Il en a quitté récemment la présidence mais devrait pouvoir compter sur le soutien de nombreux édiles.
Enfin, une alliance marseillo-aixoise n’est pas non plus à exclure. Les relations apaisées entre le maire de Marseille et Sophie Joissains, largement réélue à Aix-en-Provence (47,35%) pourrait conduire cette dernière à accepter la présidence ou une cogestion avec la majorité marseillaise. Un passage de flambeau qui serait hautement symbolique pour cette métropole souvent décrite comme « mal née » et qui n’est pas parvenue jusque là à rapprocher ses deux villes principales, que tout oppose.
Mais pour l’instant, l’édile aixoise se refuse à toute projection. « J’attends de voir les équilibres politiques pour voir ce qu’il faut faire et comment se positionner, et ce n’est pas encore le cas ce soir » a-t-elle commenté lors de la soirée à l’Hôtel de Ville. Affirmant à plusieurs reprises que les conseillers métropolitains trouveront « un terrain d’entente ».
