À Marseille, deux élections se jouent : pour les mairies de secteurs et la mairie centrale. Et les électeurs ne votent pas forcément pour le même camp de l’une à l’autre. Décryptage.
Un double scrutin. Pour la première fois à Marseille, les électeurs ont dû voter deux fois, dans deux urnes différentes : une pour la mairie centrale de la ville, et une pour leur mairie de secteur. La cité phocéenne compte en effet huit mairies de proximité, regroupant chacune deux arrondissements.
Auparavant, les Marseillais votaient une seule fois : pour la liste de leur secteur. Cette élection fléchait des élus vers le conseil municipal de Marseille. Ces « grands électeurs » élisaient ensuite le maire de la ville. Avec le jeu des primes aux gagnants et la taille différente des secteurs, le maire de Marseille ne représentait pas toujours la majorité des voix à l’échelle de la commune.
Désormais, avec la réforme du mode de scrutin, l’élection du maire est plus « directe » puisque les électeurs votent directement pour la liste de la mairie centrale, indépendamment de leur secteur.
L’extrême droite en tête du 1er tour dans les secteurs à Marseille
Premier enseignement sur ces deux scrutins : les Marseillais trouvent plus importante la mairie centrale. 2 452 électeurs n’ont voté que pour ce scrutin, délaissant le vote pour leur mairie de secteur. Un manque d’intérêt pour la municipalité de proximité et ses compétences limitées ?
Concentrons-nous sur les listes qualifiées au second tour : celles de Benoît Payan (Printemps marseillais), Franck Allisio (Rassemblement national), Martine Vassal (droite et centre) et Sébastien Delogu (LFI). Concernant ces quatre listes, 26 133 électeurs ont voté différemment d’une urne à l’autre. Soit presque 10% d’entre eux. De quoi produire des différences notables de résultats entre l’élection centrale et d’arrondissements.
Par exemple, le Rassemblement national arrive en tête du premier tour pour les mairies de secteurs. L’extrême droite a récolté plus de voix (94 900) que le Printemps marseillais (94 012). C’est l’inverse pour la mairie centrale qui voit Benoît Payan en tête avec 103 883 voix, devant Franck Allisio et ses 99 137 voix.
Martine Vassal perd un cinquième de ses voix entre les secteurs et le central
Avec 35 131 voix récoltées au premier tour pour la mairie centrale, Martine Vassal a réalisé un score historiquement faible pour sa famille politique. Mais les électeurs ont été plus indulgents pour les candidats de sa liste dans les secteurs, en leur accordant presque 10 000 voix de plus, pour atteindre un total cumulé de 44 300 voix. La candidate enregistre ainsi une baisse de 20,7% au central par rapport à ses listes des secteurs.
On note un écart important dans les 11e-12e, où Sylvain Souvestre (LR) réalise le meilleur score de la droite avec 10 931 voix, et se place troisième avec 23,57% des suffrages. Dans le scrutin central du même secteur, Martine Vassal récolte un peu plus de 7 000 voix pour 15,78% des votes. Un écart significatif qui démontre l’ancrage du maire sortant.
On retrouve la même dynamique tout à gauche de l’échiquier. Les électeurs de la France insoumise ont privilégié les listes de secteur (36 533 voix), plutôt que leur candidat à la mairie centrale (33 808 voix). Sébastien Delogu perd 2 725 bulletins, soit 7,46% des votes insoumis dans les arrondissements.
Sa tête de liste pour les 2e-3e, Alladine Abdallah Salim obtient le meilleur score insoumis dans les arrondissements de Marseille, avec 27,62%. Dans ce secteur, Sébastien Delogu fait 24,65%.
Benoît Payan et Franck Allisio bénéficient du vote utile ?
Les électeurs ont-ils fait le choix du vote utile pour la mairie de Marseille ? On pourrait le croire, avec une dynamique inverse pour les deux candidats arrivés en tête, Benoît Payan et Franck Allisio. Ils font de meilleurs scores pour la mairie centrale que pour les mairies de secteurs.
À gauche, Benoît Payan est celui qui profite le plus de cette logique. Les listes du Printemps marseillais obtiennent 94 012 voix dans les arrondissements, quand le maire sortant fait 9 871 voix de plus à la mairie centrale, soit une augmentation de 10,5%. Le maire sortant a semble-t-il capitalisé sur sa position favorable dans les sondages, l’effet « vote utile » ainsi que le barrage à l’extrême droite.
Le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio, suit la même tendance à droite, mais de manière moins prononcée. Sa liste a aussi eu moins de succès dans les secteurs que pour la mairie centrale (99 137 voix), soit une évolution de 4,46%.
La bataille des secteurs : Marseille coupée en deux entre gauche et extrême droite
Bien sûr, tous les chiffres évoqués plus haut sont des cumuls à l’échelle de la commune, alors que les élections de secteurs se jouent… par secteur. Ainsi, il faut zoomer dans les arrondissements pour déterminer les enjeux des huit mairies de proximité.
Au premier tour, le Printemps marseillais est arrivé en tête de cinq secteurs, et le Rassemblement national de trois secteurs, marquant un clivage Est-Ouest, quand il était plutôt Nord-Sud sous l’ère Gaudin. Mais rien ne semble joué, avec des écarts parfois ténus, et le retrait de la France insoumise dans les secteurs où l’extrême droite peut l’emporter.
C’est le cas des 13e-14e. Face à Sandrine d’Angio (RN), Tina Biard Sansonetti (Printemps marseillais) a encore une maigre chance de l’emporter en cumulant les voix des insoumis et des candidats de gauche éliminés. C’est moins évident dans les 9e-10e et 11e-12e où les écarts à l’avantage de l’extrême droite semblent difficiles à rattraper.
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À l’inverse, le Printemps marseillais semble dans une situation confortable dans le 1er-7e, le 2e-3e, le 4e-5e et le 15e-16e. Le match est plus serré pour les 6e-8e où la maire de gauche sortante, Olivia Fortin, est en tête à 36,6%, talonnée de près par Jean-Baptiste Rivoallan (RN) à 32,18%. Rendez-vous dimanche soir pour les résultats définitifs.