Le premier tour des élections municipales à Nice, dimanche 15 mars, a profondément rebattu les cartes politiques dans la cinquième ville de France. Au terme d’une campagne particulièrement tendue, Eric Ciotti, candidat UDR soutenu par le Rassemblement national, est arrivé largement en tête face au maire sortant Christian Estrosi.

Selon les résultats définitifs communiqués en fin de soirée par la Préfecture des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti recueille 43,43% des voix, devançant Christian Estrosi (Horizons) de plus de 12 points, ce dernier obtenant 30,92%. La candidate de gauche Juliette Chesnel-Le Roux se qualifie également pour le second tour avec 11,93 % des suffrages, ouvrant la voie à une triangulaire dimanche 22 mars.

Une campagne municipale à l’atmosphère particulièrement délétère

La campagne municipale niçoise s’est déroulée dans un climat extrêmement conflictuel entre les deux figures de la droite locale, autrefois alliées. Les tensions personnelles et politiques entre Eric Ciotti et Christian Estrosi ont largement dominé les débats.

Dimanche soir, l’atmosphère était particulièrement morose au quartier général du maire sortant. Malgré des sondages déjà défavorables, l’ampleur de l’écart a constitué une véritable désillusion pour l’équipe Estrosi, qui espérait limiter l’avance de son adversaire.

À l’inverse, dans la permanence de campagne d’Eric Ciotti, fermée à la presse, les soutiens du candidat affichaient leur satisfaction. Le candidat a appelé ses partisans à « continuer à se battre », promettant de devenir « le maire de tous » s’il remportait le second tour.

Christian Estrosi appelle à un front républicain

Face au risque d’une victoire du camp Ciotti, Christian Estrosi a rapidement adopté un ton grave et solennel dans sa réaction publique. Le maire sortant estime que « Nice est en danger » et appelle à un front républicain pour empêcher la prise de la ville par l’extrême droite.

« Pour la première fois de son histoire récente, notre ville peut basculer sous le contrôle de l’extrême droite », a-t-il déclaré. Christian Estrosi a également lancé un appel direct aux électeurs de gauche et aux forces progressistes pour se rassembler derrière sa liste Tous pour Nice : « Nice mérite un maire qui rassemble au lieu d’opposer les habitants les uns aux autres ».

Vers une triangulaire avec la gauche

De son côté, Juliette Chesnel-Le Roux, candidate de la gauche (hors La France insoumise), a annoncé son intention de se maintenir au second tour. Avec 11,93 % des voix, elle dépasse le seuil nécessaire pour rester en lice. Ce choix rend désormais probable une triangulaire dimanche 22 mars, un scénario qui pourrait compliquer la stratégie du maire sortant.

Au lendemain des résultats du premier tour, une question demeurait : une fusion était-elle possible entre la liste d’Union de la Gauche, des Écologistes et des Citoyens (Unis pour Nice) et la liste Viva/LFI ? Finalement, elle n’aura pas lieu.

Les deux listes ont discuté lundi matin d’une éventuelle fusion, mais les négociations n’ont pas abouti. Dans un communiqué, la liste Unis pour Nice affirme partager avec la liste Viva/LFI le constat que « la forte mobilisation des forces progressistes contre Éric Ciotti et Christian Estrosi ne peut en aucun cas incarner le rempart contre l’extrême droite ».

Mais ces discussions n’ont pas suffi à conclure un accord. Le communiqué précise : « Toutefois les demandes des colistiers de Mireille Damiano n’ont pas permis de parvenir à un accord malgré la proximité de nos projets respectifs pour les Niçois. Nous le regrettons et sommes contraints d’en prendre acte ».

Le maintien de la gauche pourrait ainsi fragmenter l’électorat opposé à Eric Ciotti, tout en empêchant une dynamique de rassemblement autour du maire sortant.

Nice, enjeu national des municipales 2026

Au-delà du cadre local, le scrutin niçois prend une dimension nationale. Une victoire d’Eric Ciotti constituerait une prise symbolique majeure pour l’extrême droite, dans l’une des plus grandes villes françaises.

Christian Estrosi l’a lui-même reconnu dans son discours : « Ce qui se joue à Nice, ce n’est pas simplement la bataille de Nice. C’est aussi la bataille de France ». Le second tour s’annonce donc particulièrement disputé. Entre stratégie de front républicain et dynamique électorale du premier tour, Nice pourrait devenir l’un des scrutins municipaux les plus observés du pays.

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