À la tête d’Aroma-Zone depuis cinq ans, Sabrina Herlory Rouget a fait décoller la PME familiale provençale pour en faire un fleuron français de la cosmétique naturelle, en conservant son ancrage territorial. Portrait.
« La vie m’a amené par deux fois dans la région… C’est peut-être un signe », songe Sabrina Herlory Rouget, Pdg de l’entreprise de cosmétiques naturels Aroma-Zone. Avant de diriger la société vauclusienne en 2021, elle a passé dix ans chez l’Occitane Provence, dont le siège est basé à Manosque, comme directrice générale Europe.
Depuis l’ouverture des boutiques-ateliers à Aix-en-Provence et Marseille, Sabrina se réjouit de descendre plus souvent dans le sud. D’autant que les consommateurs suivent. « Les chiffres sont impressionnants », affirme même la Parisienne qui se fie aux prérogatives de sa communauté engagée pour ouvrir ses points de vente.
C’est avec cette écoute minutieuse que Sabrina Herlory Rouget a hissé la PME familiale reconnue au départ pour ses huiles essentielles et naturelles, fondée par les Vausselin en 1999, comme la deuxième marque préférée des Français.
Aujourd’hui, Aroma-Zone vend un sérum d’acide hyaluronique, son produit phare, toutes les 30 secondes. Avec 52 millions de produits vendus en 2025, l’entreprise compte désormais 4,5 millions de consommateurs dans l’hexagone. « Ce n’est pas rien de se dire qu’on est dans autant de foyers », souffle la dirigeante.
Une enfance paisible
Toujours vêtue d’un ensemble chic, le regard vert souligné par ses grandes lunettes bordeaux, Sabrina est consciente du chemin parcouru. Elle assume avoir su renifler tôt le potentiel de l’entreprise. « J’avais l’intuition féroce que ce serait l’une des plus grandes marques de ma génération », affirme-t-elle.
Sans palabrer ni se vanter, la cheffe d’entreprise assure tenir cette confiance de ses parents : « J’ai grandi dans une famille avec beaucoup d’amour. Maman m’a toujours dit que tout était possible et que je pouvais faire absolument tout ce que je voulais ».
Intégrer une grande école de commerce n’était pas son rêve, car Sabrina préférait l’histoire et la littérature. Mais l’obtention de son diplôme à HEC a été structurant pour sa carrière. Elle y a rencontré son mari, Vincent Rouget, le père de ses jumeaux de huit ans, dirigeant de la multinationale Unibail, propriétaire de centres commerciaux.
« C’est à l’étranger que j’ai compris que j’étais une femme »
Ce n’est que fraîchement diplômée qu’elle part sillonner l’Amérique Latine à 23 ans pour négocier des contrats de licence de parfums pour un entrepreneur. « Ça m’a forgé le cuir… parce que j’étais une femme dans des pays très machistes. C’est paradoxalement à l’étranger que j’ai compris que j’étais une femme », se souvient-elle.
Sabrina Herlory Rouget n’a pourtant jamais fait de sa condition féminine un frein. Au contraire, elle ne se définit pas par son genre. Elle dit d’ailleurs être tombée dans la marmite des cosmétiques « par hasard », un secteur qui concerne encore largement les femmes, même si 20% des clients sont aujourd’hui masculins.
Après son expérience latino-américaine, l’Occitane l’embauche à New-York, puis à Londres et Paris. Elle prend ensuite la direction générale de MAC Cosmetics, avant de devenir CEO de Aroma-Zone en 2021, quand le fonds d’investissement français Eurazeo rachète la société pour plus de 410 millions d’euros.
Un ancrage territorial fort
Au gré de ses différents postes, la Parisienne embarque une grande partie de ses équipes « qui me suivent depuis 12 ans », raconte-t-elle avec fierté. La directrice de la communication d’Aroma-Zone, Hannah Bervas, a commencé à ses côtés comme stagiaire chez l’Occitane.
Ensemble, elles participent à l’éclosion de cette marque qui réunissait déjà beaucoup d’ingrédients. « Il y avait une grande expertise scientifique avec des produits très innovants, performants, sains, sans gâchis, très écologiques et à un prix universel », énumère l’adepte de ces soins.
En moyenne, les produits coûtent moins de dix euros, notamment grâce aux packagings sans chichis et aux ingénieurs qui développent toutes les innovations en interne. Le laboratoire Aroma-Zone est d’ailleurs resté à Cabrières-d’Avignon, village de 1 600 habitants, malgré le succès. « C’est un acte militant », assure la dirigeante.
Des engagements pour les femmes et les enfants
Cet engagement prend ses racines dans d’autres causes : le bien-être des femmes et des enfants. La patronne soutient ainsi l’association Toutes à l’école, mais aussi la Maison des femmes de Saint-Denis et de Provence.
Son lien avec Marseille s’est intensifié lorsqu’elle rencontre le professeur Laetitia Padovani de La Timone qui cherche à faire financer sa machine révolutionnaire contre le cancer pédiatrique. « Je me suis dit que maintenant que je la connaissais, je n’allais plus pouvoir dormir si je ne l’aidais pas », explique Sabrina, les mains jointes.
Avec d’autres entreprises, Aroma-Zone a donc mis les bouchées doubles pour voir aboutir ce projet de la fondation de l’AP-HM, Phoceo, dont Sabrina est aujourd’hui membre du conseil d’administration. Début mars, l’hôpital public a annoncé avoir obtenu suffisamment de dons pour la commander. Une belle consécration.

