Gestionnaire de l’aérodrome d’Aix-les-Milles depuis 2018, Edeis se positionne comme un pionnier de l’aviation électrique avec l’école FlyProvence. Cet engagement de décarbonation doit également permettre de mieux cohabiter avec les riverains et la biodiversité alentours. Reportage.
Son hélice tourne à plein régime sur l’aérodrome d’Aix-les-Milles. Pourtant, aucun bruit n’émane du Velis Electro : un petit avion électrique léger fabriqué par l’entreprise slovène Pipistrel. Depuis 2021, l’école FlyProvence loue quatre de ces engins de pointe pour former ses futurs pilotes sur le tarmac aixois.
Propulsés à l’électricité solaire, produite directement par une petite centrale installée sur l’ancien site militaire, ces avions sont capables de voler durant une heure. « Ce qui correspond au premier volet de formation pour une licence de pilote privé (PPL) afin que l’élève soit en bonne condition mentale », précise Bruno Bouchard, directeur commercial de l’école.
Cependant, la batterie pèse encore lourd : 30% du poids total de l’avion, soit 140kg sur les 430kg de l’appareil, limitant la charge du pilote et du co-pilote à bord jusqu’à 170kg. Cette contrainte technique rend ainsi la technologie encore « impossible pour l’aviation commerciale à ce stade », affirme le spécialiste.
Un simulateur de vol pour les pilotes
Mais Hervé Berardi, pilote de ligne fondateur de FlyProvence et formateur à l’École nationale de l’aviation civile (Enac) de Montpellier, a fait le pari d’impulser ce mouvement de décarbonation dans l’aviation loisir, alors que seulement une trentaine de ces avions-école circulent en France, contre une soixantaine en Europe.
Pour le reste de sa flotte, l’école ne dispose que d’avions classés dans les catégories A+, A et B de la certification de bruit Calipso, un outil visant à favoriser le dialogue entre les riverains des aérodromes, comme les 2 800 habitants du village des Milles, et les milliers d’usagers de l’aviation légère.
Pour aller au bout de sa démarche, FlyProvence a aussi investi dans un simulateur de vol pour former les futurs pilotes professionnels comme Romy Gérard, actuellement en contrat avec une compagnie aérienne sur l’aéroport Charles-de-Gaulle, afin « de réduire le nombre de mouvements (décollages et atterrissages, NDLR) sur l’aérodrome », évoque la directrice générale, Alizée Kolau.
Réduire la pollution sonore de l’aviation
L’aérodrome d’Aix-les-Milles, géré en délégation de service public par Edeis depuis 2018 pour l’État, a facilité l’installation de FlyProvence dans le but de réduire la pollution atmosphérique et sonore : deux enjeux majeurs pour assurer son développement.
D’autant qu’un projet d’arrêté ministériel souhaite désormais limiter les tours de pistes des aéronefs (avions, hélicoptères, ULM) sur le site entre le 1er juin et le 15 septembre, les samedis, dimanches et jours fériés. Seuls les avions électriques et légers classés dans les catégories A+, A et B de Calispo pourraient ainsi voler.
Depuis sa prise de fonction en 2024, Louis Loras, directeur général de l’aérodrome, confie en effet être confronté au « dialogue permanent mais pas toujours facile avec les riverains » autant sur les nuisances sonores que sur la préservation des espèces.
Une cohabitation parfois complexe
Edeis compose en effet avec d’autres habitants : les Outardes. Ces oiseaux terrestres au col noir de la taille d’une poule, classés espèces protégées, ont élu domicile sur le domaine de 114 hectares, avec vue sur la Sainte-Victoire, car elles n’y rencontrent pas de prédateurs.
Les Outardes vivent ici parmi les goélands et les renards à proximité des nombreuses friches de l’ancienne base militaire française, dont la vocation industrielle tente de renaître ces dernières années aux côtés des activités de loisirs comme le parachutisme.
Dans ce secteur, en 2026, Airbus Helicopters s’est engagé à produire une commande de l’État de six drones de surveillance militaire, le VSR 700, en collaboration avec Hélicoptères Guimbal, le deuxième fleuron industriel de la région fondé sur l’aérodrome d’Aix-les-Milles.
Depuis plusieurs années, Guimbal a aussi dans les cartons un projet d’extension et de rénovation de ses locaux vieillissants pour mieux accueillir ses 80 salariés. « Mais il y a actuellement un recours d’une association sur le permis », note Louis Loras. Une cohabitation parfois complexe donc, qui tend à s’améliorer au gré des efforts portés par le secteur.