Les candidats aux municipales ne manquent pas d’imagination pour le Centre Bourse après le départ des Galeries Lafayette. Toits-terrasses, philharmonie, campus IA, métiers de bouche, cité de la mer, maison de la culture africaine… Découvrez leurs propositions.
C’est un sujet central à Marseille, géographiquement et économiquement. Fin 2025, les Galeries Lafayette ont fermé 22 000 m2 de surfaces commerciales (près de 30 000 m2 de locaux au total) au Centre Bourse. Un coup de tonnerre qui a résonné avec fracas dans le monde politique et économique.
D’abord en tant que symbole de la « perte de dynamique du centre-ville », sur toutes les lèvres depuis des années. Un sentiment toutefois relativisé par une étude récente considérant la vitalité commerciale de l’hypercentre marseillais comparable à d’autres communes françaises. Mais à l’approche des élections municipales, les politiques locaux se sont rués sur cette problématique avec des réponses sécuritaires, économiques, sociales ou culturelles.
Le départ des Galeries Lafayette a aussi posé la question du modèle des centres commerciaux urbains, qui se sont multipliés dans les années 2010. Enseignes discount, tiers-lieux et diversification des activités… Ces derniers ont déjà entamé une réflexion et misent sur la mixité pour retrouver du souffle.
En particulier le Centre Bourse. Mais avec des dizaines de milliers de m2 laissés vacants et sa place centrale à Marseille, ce centre commercial historique est l’objet de toutes les attentions politiques en pleine campagne électorale. Chaque candidat y va de son projet. Certains concernent les locaux vides des anciennes Galeries Lafayette, d’autres le Centre Bourse dans son ensemble. Tour d’horizon.
Pour Benoît Payan, une philharmonie, une cité de la mer et des loisirs
La majorité municipale actuelle et le maire candidat à sa succession, Benoît Payan (divers gauche), ont lancé leur projet moins d’un mois après le départ des Galeries Lafayette. Le conseil municipal a validé le « principe » de rachat des locaux de l’enseigne, estimé par le propriétaire entre 30 et 50 millions d’euros.
Cela n’engage ainsi en rien le futur maire. Mais si Benoît Payan reste aux manettes, il pourrait tenter d’aller au bout de son idée. À savoir : créer sur 30 000 m2 un pôle culturel, scientifique et de loisirs, comprenant une philharmonie, une cité de la mer et des sciences pour les enfants. « Il faut que les gens reviennent dans le centre-ville pour y trouver une offre commerciale, ludique et culturelle de qualité », argue le candidat dans notre grande interview.
LFI et Vaï : toit-terrasse végétal, foot en salle, réappropriation citoyenne
Le Centre Bourse est également un cheval de bataille pour l’adjoint à la transition écologique, Sébastien Barles, candidat à la mairie de secteur (1-7) sur la liste de Sébastien Delogu (LFI). L’élu écologiste envisage la transition du centre commercial avec un axe prioritaire : s’appuyer sur les initiatives citoyennes. Depuis des années, des collectifs d’habitants et associations voisines (Tours Labourdette, régie de quartier de Belsunce, À nous les toits !) souhaitent ouvrir le Centre Bourse sur son quartier. Notamment en réhabilitant les toitures pour en faire des espaces communs.
S’il est élu avec LFI, Sébastien Barles entend s’appuyer sur leur travail, dans l’esprit d’une « réappropriation citoyenne » concernant les Galeries Lafayette, mais aussi tout le Centre Bourse, autour de trois enjeux : « l’environnement, avec l’adaptation au réchauffement, en végétalisant les bâtiments. La démocratie sociale, en utilisant le site pour l’écosystème local. Mais aussi l’art et la culture ».
Concrètement, cette vision se décline avec la végétalisation des toitures, ouvertes aux habitants, la création d’ateliers et salle d’exposition pour les artistes marseillais, mais aussi le développement de divers services et équipements publics : « comme par exemple un terrain de foot en salle municipal ».
Formation aux métiers de bouche et extension du parc pour Martine Vassal
La candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, a également lancé une réflexion dès le départ des Galeries Lafayette. Avec des projections faites par intelligence artificielle, elle a soumis cinq projets dans une consultation publique qui a réuni « 6000 participants », indique-t-elle. « Ce qui est ressorti, c’est l’idée de faire une formation pour les métiers de bouche et un parc. Mais là, il faudrait travailler aussi avec l’ensemble des acteurs économiques. Et le faire avec du privé », pour financer et exploiter le projet.
Étendre le parc, dans la continuité du Jardin des Vestiges, en détruisant donc un bout du centre commercial ? « Oui », assure la candidate. « En conservant, bien sûr, le musée ».
La candidate souhaite donc transformer le Centre Bourse bien au-delà des anciens locaux des Galeries Lafayette. « Il faut tout re-imaginer », lance-t-elle, se projetant sur un temps long pour « travailler sur le projet ».
Halle gourmande, campus IA… Franck Allisio veut « rebâtir » le Centre Bourse
Le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio nous répond vouloir récupérer tout le centre commercial, « avec du privé », pour « rebâtir le projet du Centre Bourse autour du musée d’histoire de Marseille, autour des vestiges. Et à côté de ça, avoir, ce qu’on cherche à Marseille depuis longtemps : une véritable halle gourmande dans les anciennes Galeries Lafayette ».
L’enseigne avait déjà tenté l’aventure il y a des années avec « Lafayette Gourmet », sans succès. « La mienne marchera, parce que c’est un projet global. Il y aura aussi un village artisanal et local. Et il y aura, enfin, mon fameux campus de l’intelligence artificielle ». Si de nombreux projets de campus autour du numérique et de l’IA sont déjà en construction à Marseille, l’élu d’extrême droite envisage un site « où chaque Marseillais qui souhaite venir se familiariser, s’initier ou se former à l’intelligence artificielle pourra le faire ».
Erwan Davoux s’inspire de « l’institut du monde arabe » pour Marseille
Enfin, le candidat sans étiquette Erwan Davoux (Marseille pour tous) se concentre uniquement sur les anciennes Galeries Lafayette. Pour sa part, il mise sur « un centre culturel qui reflète la diversité de ce qu’est Marseille. C’est-à-dire avec des grands artistes marseillais, mais aussi une maison de la culture africaine. Il y a un institut du monde arabe à Paris. Pourquoi il n’y aurait pas un lieu similaire à Marseille ? ». Il table donc sur un complexe dédié à l’art local et méditerranéen.
De nombreux projets donc, et beaucoup d’inconnues financières et techniques quant à leur faisabilité. Reste à savoir qui remportera les élections municipales, alors que les sondages donnent Benoît Payan et Franck Allisio au coude-à-coude, et si l’heureux élu parviendra à mettre en œuvre son projet.
