Enfants du nord de Marseille, les membres du collectif KGBS sillonnent quatre cités du 15e arrondissement pour lutter contre l’abstention qui a atteint 73% lors des dernières élections municipales. Reportage.

Kader et Salim, pochette cartonnée sous le bras, se retrouvent devant l’école Notre-Dame-Limite Jean Perrin de la cité Bourrely (15e), située juste en face des affiches électorales placardées au nom de la tête de liste du Printemps marseillais, Samia Ghali.

À trois semaines du scrutin des élections municipales, les deux compères entrent dans un premier bâtiment du bailleur social 13 Habitat. Une femme âgée entrouvre fébrilement sa porte. « Bonjour, c’est un voisin. On vient pour les élections. Vous allez voter le 15 mars ? », demande Kader, chevronné à l’exercice. Elle hoche la tête sans s’attarder.

Quelques étages en dessous, sa voisine confie du bout des lèvres ne pas pouvoir voter, en attente de ses papiers. « Vous direz à vos enfants d’y aller alors !, ajoute Salim, en lui tendant un prospectus sur les compétences d’une Ville (écoles, police municipale, jardins) et celles d’une Métropole (collecte des déchets, transports, développement économique). On veut que vous compreniez à quoi ça sert, c’est important ».

collectif KGBS, Ce collectif marseillais lutte contre l’abstention au contact des habitants dans les cités, Made in Marseille
Les panneaux électoraux en face de l’école.

Abstention record dans le 15e arrondissement

Les compagnons sillonnent chaque semaine quatre cités, Kalliste, Granière, Bourrely, Solidarité, d’où le nom de leur collectif « KGBS ». Ces derniers se sont notamment battus pour faire revenir le bus après 21h jusqu’à la Solidarité et ont contesté la fermeture des piscines municipales l’été dernier.

Depuis quelques mois, ils font de la lutte contre l’abstention un combat du quotidien. Lors des dernières élections municipales de 2020, le secteur a enregistré un taux d’abstention de 73%. Samia Ghali était arrivée en tête avec seulement 5025 voix, soit 10,48% des 47 000 inscrits, devant Sophie Grech (RN) et Jean-Marc Coppola (PC).

Ce niveau d’abstentionnisme était sensiblement le même pour les élections législatives de 2022, mais moins élevé en 2024. « Sébastien Delogu (LFI) s’est fait élire député dès le premier tour, mais il ne faut pas oublier que ce n’est qu’avec la moitié des votes », assume le binôme, rejoint par Zamir, chef d’entreprise.

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Zaïr explique les compétences de la Ville à une habitante.

« Vous votez pour qui vous voulez ! »

Engagés dans leurs vies professionnelles, Kader en tant que secrétaire général Sud Santé à l’hôpital Édouard Toulouse et Salim comme professeur dans un lycée professionnel, ces enfants du coin vivent désormais dans des résidences pavillonnaires alentour, et reviennent régulièrement visiter leurs proches.

Les habitants les reconnaissent, ce qui facilite le contact. « Les gens nous font tellement confiance qu’ils nous demandent pour qui voter », sourit Salim. Mais là n’est pas le but de la manœuvre. « Vous votez pour qui vous voulez ! », martèle Kader à un jeune père de famille kurde.

La petite troupe ne peut pourtant s’empêcher de débriefer le débat télévisé de la veille entre les quatre principaux candidats. Sans afficher de préférence, ils regrettent « le manque de sujets de fond » et ne cachent pas vouloir faire barrage à l’extrême droite. « Mon grand-père a libéré la France, mon père a libéré l’Algérie, et moi, je ne me verrais pas dire aux gens, votez Rassemblement national », glisse Kader.

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Les trois amis se retrouvent en bas d’un bâtiment de Bourrely.

Pour quels résultats ?

« On est apolitiques, mais on ne peut pas empêcher ceux qui veulent de s’engager », reprend Salim. Une des leur, Rabyata Boinaheri, a rejoint le candidat Sébastien Delogu (LFI) pour faire campagne. Le député en a fait sa tête de liste dans les 15-16, secteur qu’il compte bien arracher au Printemps marseillais, dont l’ex-maire de secteur, Nadia Boulainseur, ne figure pas en tête de liste.

Cependant, à part le Printemps marseillais, aucun autre parti ne figure sur les pancartes électorales. « Personne ne vient ici de toute façon », souffle Kader. Sa fierté sera d’avoir constaté une hausse des inscriptions sur les listes électorales. « On en a 200 de plus », se réjouit le syndicaliste, en faisant défiler un tableau Excel sur son portable.

Si les inscriptions sont terminées, il retournera frapper aux portes jusqu’à la veille du premier tour, puis dans l’entre-deux-tours. « C’est un travail de longue haleine. Les habitants ont besoin d’être pris par la main », assure le Marseillais.

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