« Halte soins addictions » pour les uns, « salle de shoot » pour les autres, la création à Marseille d’une salle de consommation de drogue fait débattre. Quelles sont les positions des candidats aux municipales ?
Expérimentées depuis 2016 en France, à Paris et Strasbourg, les Haltes soins addictions (HSA) sont « des espaces de consommation supervisée de drogues », rappelle le gouvernement. Ce dernier estime qu’elles apportent une solution à la fois sanitaire et sécuritaire face à la toxicomanie.
« Les HSA contribuent à améliorer la tranquillité publique […] en diminuant les consommations de rue ; l’aide sanitaire qu’elles proposent est complémentaire aux mesures de lutte contre la consommation et les trafics de drogues ». Pour résumer : une partie du volet sanitaire et social, en face du volet sécuritaire et répressif.
À Marseille, depuis 2020 et son arrivée à la mairie, le Printemps marseillais (rassemblement de gauche) a souhaité développer une HSA en centre-ville. D’abord du côté du boulevard de la Libération, suscitant un soulèvement d’habitants et de la droite locale, voyant d’un mauvais œil ce qu’ils nomment « une salle de shoot ».
Alors qu’un accord avec l’État n’a pas été trouvé, ce projet a été enterré. Ce qui a engendré la colère de professionnels de santé, de travailleurs sociaux et d’associations engagées sur les problèmes de toxicomanie à Marseille.
HSA : la gauche vise le centre-ville, la droite préfère le milieu hospitalier
Mais la maire des 1er et 7e arrondissements, Sophie Camard (GRS), membre de la majorité municipale, a relancé les hostilités ces derniers jours. Longtemps réfractaire à l’implantation d’une salle de consommation dans son secteur, elle a annoncé lors d’un débat sur BFM Marseille être en faveur de sa création du côté de la gare Saint-Charles, considérant que la toxicomanie dans ce périmètre est une « crise sanitaire majeure », largement documentée ces dernières années.
De quoi faire réagir la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, qui a invité la presse ce vendredi 20 février. « J’y suis complètement opposée. La toxicomanie est une addiction, une maladie, à soigner en milieu hospitalier. Il faut faire une HSA à l’hôpital et pas dans l’espace public. Pas à Saint-Charles, où il y a des habitants, une école, un collège ».
Au cœur de la bataille électorale pour le secteur des 1-7
À ses côtés, son colistier Romain Simmarano (Renaissance), candidat pour la mairie des 1-7 face à Sophie Camard, en fait une bataille de campagne pour le secteur. « Le centre-ville de Marseille est déjà dans un état déplorable. Il subira l’effet systématique de toutes les salles de shoot en milieu urbain : un effet aimant avec attractivité (de la toxicomanie, Ndlr) pour cette zone-là ». Il annonce le lancement d’une pétition contre ce projet.
Si Sophie Camard a fait des émois en envisageant une HSA dans le secteur Saint-Charles, le programme du Printemps marseillais est plus mesuré concernant le site d’implantation. Il devra faire l’objet d’un « dialogue avec l’État » et d’une « concertation avec les riverains ».
Sébastien Delogu (LFI) vise une halte soins addictions à Belsunce
De son côté, le candidat de la France insoumise Sébastien Delogu prône également la création d’une halte soins addictions. « Il faut mettre un médecin derrière les malades », clame-t-il au sujet de la toxicomanie.
Son programme prévoit de l’implanter dans l’hypercentre de Marseille, à Belsunce. Et de « soutenir la mobilisation citoyenne pour modifier la loi et ouvrir enfin une Halte soins addictions (HSA) à Belsunce. Conformément aux demandes des collectifs d’habitants ».
Pour Franck Allisio (RN) aucune « salle de shoot » à Marseille
Sur ce sujet, il s’est écharpé avec son adversaire du Rassemblement national, Franck Allisio, lors du débat télévisé du jeudi 19 février. Le candidat d’extrême droite ne souhaite plus entendre parler « des salles de shoot ». Ni dans le centre, ni ailleurs. « Je ne distribue pas du poison aux gens », clame-t-il, écartant le volet sanitaire de la problématique de la drogue. Au profit du seul volet sécuritaire : il compte créer « une brigade anti stup » au sein de la police municipale.
Quoiqu’il en soit, la question d’une halte soins addiction devrait animer la campagne dans les prochains jours, en particulier pour le secteur des 1er et 7e arrondissements.