Le programme de décarbonation industrielle Syrius entame une nouvelle phase pour financer 35 études sur les sites industriels de Fos-Berre. Son ambition est de se rapprocher de l’objectif national de réduire de 50% les émissions industrielles de carbone d’ici 2030.
Le programme Syrius a été initié en 2023 par Piicto, association de soixante acteurs du territoire pour soutenir la décarbonation de sites industriels de Fos-Berre. Ce territoire est la 2e zone industrielle la plus polluée de France avec 19,1 millions de tonnes d’émission de C02 et représente la moitié des émissions régionales.
Lors de sa phase de lancement, Syrius a d’abord réalisé 28 études pour huit millions d’euros afin d’établir un état des lieux fiable de la situation. « Nous avons dégagé des trajectoires de décarbonation pour aborder une seconde phase afin de guider les choix des acteurs privés et publics », assure Nicolas Mat, secrétaire général de Piicto.
Cette nouvelle étape, amorcée en février, consiste à accompagner les industriels dans le déploiement de nouveaux « leviers de décarbonation », différents selon leurs activités (chimie, pétrochimie, sidérurgie), comme le captage, stockage et valorisation du carbone ou l’avitaillement en hydrogène vert, entre 2026 et 2030. Une date clé pour la France qui s’est engagée à réduire les émissions de carbone des industries de 55% d’ici cinq ans.
35 études financées jusqu’en 2030
L’association a récolté 16 millions d’euros auprès d’acteurs privés (65%) et de l’Ademe (35%) pour valider le financement de 35 études jusqu’en 2030. Concrètement, ces enquêtes permettront d’assurer la cohérence entre chaque stratégie de décarbonation des industriels et des politiques publiques territoriales.
« Pour réduire ses émissions, chaque industriel a sa propre stratégie en interne. Mais parfois les enjeux sont communs, comme l’électrification (le projet de la ligne THT de RTE, Ndlr). C’est pourquoi il est nécessaire de créer une symbiose industrielle », détaille Nicolas Mat.
Syrius souhaite aussi accélérer les décisions finales d’investissements (FID) des entreprises pour engager la transformation physique de leurs sites. « Nous travaillons en étroite collaboration avec les services de l’État qui peuvent apporter des financements aux industriels », ajoute le spécialiste.
Une transition qui a déjà débuté
Mais Nicolas Mat rappelle que les industriels investissent déjà dans la réduction de leur bilan carbone. En septembre 2024, Arcelor Mittal a inauguré son « four poche » pour incorporer plus d’acier recyclé dans la fusion de la ferraille. Quant à sa voisine, l’usine chimique Kem One a aussi, elle a investi dans une nouvelle usine d’électrolyseurs pour produire de l’hydrogène vert début 2025.
Plusieurs nouveaux projets, consommateurs ou producteurs d’hydrogène vert, se sont d’ailleurs positionnés pour s’installer sur le foncier de la zone : le projet de méga-usine de production d’hydrogène H2V, le projet de production d’ecarburants Neocarb, mais aussi celui de l’usine de fer réduit bas-carbone Gravithy.
Des besoins en hydrogène à anticiper
Ces projets continuent de pousser pour s’installer à Fos, malgré un rétropédalage de l’État en 2025 sur l’investissement dans l’hydrogène notamment au regard de son coût. « Notre territoire produit 150 000 tonnes d’hydrogène par an. On sait aussi la transporter et la stocker, explique Nicolas Mat. Mais on va être amenés à devoir en produire beaucoup plus ».
Selon l’expert, l’apport en hydrogène peut devenir un savant mélange de production locale et d’importation via le futur pipeline BarMar, entre Barcelone et Marseille, qui devrait être opérationnel en 2032. L’acheminement de cette molécule via la Vallée du Rhône, hinterland du port, est aussi à envisager.
« Il ne peut pas y avoir une seule réponse, il faudra combiner les approches », conclut Nicolas Mat. Le tout, doit permettre d’atteindre l’objectif de réduire de 80% les émissions de gaz à effet de serre des industries d’ici 2050.
