Paul Poirier expose une maquette de son pont transbordeur à la consigne sanitaire jusqu’au 27 février. L’architecte nantais espère convaincre des candidats aux municipales de le faire construire.

Construit par Ferdinand Arpont en 1905, le pont transbordeur faisait partie du paysage marseillais jusqu’à sa destruction par les Allemands en 1944. Cet ouvrage imposant permettait de circuler d’une rive à l’autre du Vieux-Port sur son tablier perché à 52 mètres au-dessus de la mer.

Disparu il y a plus de 80 ans, peu de Marseillais s’en souviennent. Néanmoins, le pont transbordeur subsiste dans la mémoire collective. En 2000, ses deux immenses grues, posées à l’entrée du Vieux-Port, ont été reconstituées lors d’un événement festif. Depuis, le projet remonte régulièrement à la surface.

Un de ses plus fervents ambassadeurs, l’architecte nantais Paul Poirier propose un projet depuis 2008. Son nouveau pont transbordeur a été présenté au théâtre de la Criée en 2013, année de Marseille capitale européenne de la culture. « Un projet que Jean-Claude Gaudin soutenait avant les élections municipales de 2014 », rappelle Paul Poirier. Mais ce dernier a rétropédalé, martelant qu’« on ne toucherait pas à la carte postale de Marseille ».

En 2019, la Région Sud a repris le projet dans son giron. Le Comité régional de tourisme a même lancé une étude de faisabilité et d’impact afin de savoir si cette construction intéressait les Marseillais. « Cette étude a révélé qu’entre 75% à 80% des sondés y étaient favorables », assure Paul Poirier. Pour autant, cet ouvrage n’a pas émergé.

pont transbordeur, La reconstruction du pont transbordeur à Marseille ressurgit dans le débat des municipales, Made in Marseille
Les équipes montent la maquette du projet de pont transbordeur dans l’ancienne consigne sanitaire, à côté du Mucem, exposée jusqu’au 27 février.

« Ce n’est plus un rêve d’architecte »

Mais l’architecte nantais, amoureux des ponts, n’en démord pas. Habité par son ambition de voir renaître le pont métallique entre le Pharo et le Mucem, il a fabriqué une grande maquette de son pont transbordeur exposée du 14 au 27 février dans l’ancienne consigne sanitaire, actuellement investie par le tiers-lieu de la mer.

« Tout le monde sait maintenant qu’il y a une exposition sur le transbordeur. Tout le monde sait qu’il est à portée de main », lance Paul Poirier. Il a notamment réalisé les études avec Michel Virlojeux, ingénieur du Viaduc de Millau. « Vous voyez, ce n’est plus un rêve d’architecte », répète-t-il à l’envi.

Concrètement, l’ouvrage haut de 100 mètres et long de 260 mètres, accessible par quatre ascenseurs, pourrait accueillir des piétons et cyclistes sur le tablier (partie haute) et faire circuler un tramway et bus sur une nacelle suspendue pour relier les deux rives. Ce double moyen de transport, laissant passer les bateaux, en fait un réel pont transbordeur.

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Portrait de l’architecte Paul Poirier.

« Il est hors de question que les Marseillais payent »

Ce projet représente 100 millions d’euros d’investissement et deux millions d’euros de fonctionnement. « J’ai déjà les partenaires financiers, affirme l’architecte qui reste conscient que « la Ville de Marseille ne pourrait pas financer un tel ouvrage ».

« Le projet s’autofinancera avec les tickets vendus aux visiteurs », précise-t-il. Mais « il est hors de question que les Marseillais payent. Le ticket sera au même prix que le métro pour les habitants et pourra peut-être être inclus dans le pass RTM, comme la navette du Vieux-Port ». Ce sont donc les touristes qui devront payer si cette attraction voyait le jour.

Il faudra néanmoins que le futur maire accorde une concession de l’espace public, comme le Grand port maritime de Marseille-Fos qui détient une partie des parcelles côté Mucem. Ensuite, un appel d’offres devra être publié pour faire jouer la concurrence.

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Paul Poirier raconte son projet avec détermination.

Influencer les candidats aux municipales

Selon les plans de Paul Poirier, cet ouvrage devrait représenter un an et demi de travaux, après des mois de démarches administratives. Il a donc choisi le timing de cette exposition pour tenter de susciter l’intérêt d’un ou plusieurs candidats.

Contactés, les quatre principaux candidats ne semblent pas s’engouffrer dans le projet à ce stade. Poussée par la volonté de Renaud Muselier de voir le projet se concrétiser, Martine Vassal (DVD) nous précisait récemment que c’était « un rêve de pouvoir relier les deux rives. Mais je me dis qu’on n’aura pas les moyens de tout faire et il faut faire les choses dans l’ordre. Bien sûr que j’aimerais faire encore plus que ce qu’on peut faire mais c’est une vision à 10 ou 20 ans qu’il faut travailler ».

Pour son adversaire au Rassemblement national, Franck Allisio, « c’est un projet à discuter avec les Marseillais » mais il ne se prononce « pas complètement pour ».

De son côté, la liste Marseille Fière et Populaire, liste de LFI et de Vaï, est « contre la concession » et veut privilégier « plutôt à ce projet pharaonique, marronnier de chaque campagne, une liaison de navettes maritimes entre la future plage de la anse du Pharo et le J4 Mucem / Digue du large ».

Le maire sortant, Benoît Payan (Printemps Marseillais), assure quant à lui « ne pas avoir été sollicité ». Mais ajoute que « les projets de qualité permettent de mettre en lumière les capacités de notre ville et son potentiel architectural. Dans quelques jours, nous dévoilerons notre programme, qui comprend bien sûr un certain nombre de projets urbains pour Marseille ».

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